Plume de platine   Inscrit le: 14-08-2010 De: Orl?ans |
Le déchirement de ma rétine
Le déchirement de ma rétine
Il vous restera un œil ! Mars 1992, en plein travail de changement de piles des horodateurs, je traversais tranquillement l’avenue de Paris, devant la gare, une pile sous le bras. Presque arrivé sur le trottoir d’en face, je sentis une douleur vive dans l’œil. Comme une brûlure. Sans y prêter grande attention, je terminais mon travail. En revenant vers la voiture, pour rentrer à l’atelier, je repensais à cette douleur dans l’œil, et me le frottais fortement. Le mal était toujours présent et, en plus je voyais, en regardant le ciel, comme une tache dans ma vision. Je frottais encore plus fort, pensant à une goutte de sang venue de je ne sais où. Plus je frottais, plus la douleur était grande, et plus la tache augmentait. Ce n’était pas normal. Au lieu de rentrer à l’atelier, je passais chez mon oculiste pour, pensais-je me faire enlever ce sang qui me gênais maintenant de plus en plus. Il était tard, presque dix-huit heures, le docteur promis de me prendre en consultation à la fin de ses visites sur rendez-vous. J’étais rassuré, en lieu sur, et d’ailleurs la douleur se dissipait. Quand ce fut mon tour enfin, j’expliquais la brûlure soudaine et la tache de sang qui me gênait la vision. Avec un appareil il regarda dans mon œil, et calmement, il me déclara : -« Le point noir que vous voyez n’est pas une goutte de sang, mais vous avez un déchirement de la rétine, pas un décollement que l’on pourrait traiter au laser non, un bon déchirement d’au moins 15/100. Et, poursuivant calmement : Il faut que vous soyez opéré dans les 48 heures. Si le déchirement atteint 30/100, se sera irréversible, et vous perdrez votre œil ». J’étais sidéré, il me parlait si facilement, comme s’il m’apprenait que j’avais une bonne grippe, et que quelques médicaments allaient me remettre sur pied rapidement. Je lui fis part quand même de mes inquiétudes sur cet œil que je risquais de perdre. Sa réponse me sidéra encore plus : -« De toute façon il vous reste un œil ! » Ben voyons, ce n’est pas grave, avec un œil, on pourra toujours y voir un peu. Je ne su jamais s’il plaisantait, en tout cas il s’occupa bien de moi : -« Je vais téléphoner à un collègue sur Paris, spécialiste de la rétine pour qu’il vous opère rapidement. Rentrez chez vous, restez au calme, allongé, écoutez de la musique pour vous détendre ». Comme il avait téléphoné à son collègue de Paris devant moi, je ressortis de son cabinet avec mon rendez-vous en poche. Mis en congé maladie, je me retrouvais le surlendemain dans cet hôpital parisien, spécialiste des yeux. Le chirurgien qui devait m’opérer m’expliqua : -« Votre rétine se déchire, c’est comme un papier peint qui se décolle dans une pièce, l'’inconvénient, c’est que cette pièce n’a ni porte ni fenêtre pour y rentrer. Alors, comment fais-t-on ? Tout simplement, on rapproche le mur sur le papier. Cette opération se fait par ordinateur. Pour pousser le mur (votre enveloppe de l’œil), je vais insérer un petit morceau de chair que je vais prélever sur vous, et le placer à l’endroit adéquate dans le globe oculaire. Quand je verrais sur l’écran que le contact entre la paroi de l’œil et la rétine sera atteint, il ne restera plus qu’à souder le au laser ». Pour lui, ce n’était rien, juste une soudure sur un morceau de bidoche. Ils m’ont gardé quand même une petite semaine. Deux jours pour me préparer à l’opération, et le reste du séjour, pour être sûr que je ne fasse pas de rejet du corps étranger. Semaine pleine de petites anecdotes. Il y avait dans ce service, une aide-soignante, charmante petite black. Loin d’être farouche, elle discutait avec moi dès qu’elle était libre. Je lui racontais mes aventures d’ancien marin. Apprenant que j’avais effectué trois tours du monde, elle voulut me piéger par une petite devinette. -« Tiens me lança t’elle un beau matin, toi qui a tant voyagé, dis moi de quel pays je viens ? (le tutoiement avait été instauré entre nous dès les premières discutions, pas du tout farouche vous voyez) Piqué au jeu, je voulus lui faire plaisir. Je la regardais des pieds à la tète, lui demandant même de tourner sur elle, pour voir ses mollets, la courbure de ses fesses … Elle se prêtait gentiment à mes exigences, en riant. J’avais bien sur une petite idée, ayant, durant ces huit années de navigation,… côtoyé (restons poli) de nombreuses filles de couleur. Elle attendait mon verdict patiemment : -« Je ne pourrais pas te le dire du premier coup, je vais faire un petit tiercé. Je te vois soit : de Madagascar, de la Réunion où de l’île Maurice. Elle était sidérée. – «Hé bien ça alors, tu es fort, je suis Mauricienne » Non mais ! Son parlé, ses attitudes, la forme de son corps m’avait quelque peu aidé. Depuis ce jour, elle se rapprocha encore un peu plus de moi. Je lui demandais de me faire quelques courses en ville. Elle m’achetait des timbres, postait mon courrier, elle s’arrangeait pour que mes rations de nourriture soit plus copieuses…. Je n’étais plus marin depuis longtemps… cela s’arrêtait à ces menus petits services. Toujours alité, elle me voyait constamment en pyjama. C’est même elle qui, au retour de l’opération, alors que j’étais encore dans les vapes, me fis ma toilette intime, et me mettais et retirais le pistolet (urinoir individuel). C’est vous dire si elle connaissait bien mon corps. En fin de semaine, alors que j’étais prévu sortir bientôt, je risquais une promenade dans la cour. Par-dessus mon pyjama, j’avais enfilé un manteau, car il ne faisait pas bien chaud, nous étions en mars. Au loin, j’aperçu ma petite black qui venais prendre son service. Elle passa près de moi, à me toucher. Je l’interpellais : - « Dis donc, il faut que je sois presque nu pour voir que c’est Maurice ? ». Elle fut surprise et confuse car effectivement, elle ne m’avait pas reconnu. A poil, oui, mais habillé non. Toutes les bonnes choses ayant une fin, je dû quitter ce lieu et cette fille si gentille et accueillante. Seize ans après, parfois, je repense encore à elle. Je ne sais plus son prénom, mais je revois toujours son visage penché sur le mien, pour voir si tout allait bien, juste après l’opération. Quelle beauté ! Elle me plaisait, je devais surement lui plaire En d’autres lieux, d’autres moments, qui sait ? Rêve pas momo me dirait Baba (une amie du net qui se reconnaitra) cela te fait du mal. Oui petite fleur d’amour, mais il y a quelquefois du mal qui fait du bien.
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