Plume de platine   Inscrit le: 14-08-2010 De: Orl?ans |
Récit de voyage / Hambourg Hambourg
La rue barrée Un lieu de visite pour tous les marins du monde passant par Hambourg. Imaginez une rue dans un quartier de la ville, une rue entière, achetée par tous les maquereaux de la cité. Petit à petit, on expatrie les derniers habitants en les relogeant ailleurs, puis quand cette rue est entièrement vide, on bouche l'entrée d'un côté, on installe un passage unique, un contrôle par des vigiles musclés et incorruptibles, interdisant l'entrée aux mineurs et aux femmes non accompagnées, et vous avez la fameuse rue barrée de Hambourg. Que des vitrines avec des rideaux, les filles à l'intérieur font le spectacle pour les passants, à poil ou presque. Quand un rideau est tiré, c'est que l'occupante se fait également tirer. Plus loin, ce sont des bars à hôtesses où les prostituées font le nu intégral sur une musique endiablée. Au premier, au-dessus de la rue, des filles nues dans des cages dansent pour aguicher le futur client; c'est tordant de voir les vieux qui tendent le cou pour apercevoir ce qu'ils ne peuvent plus consommer. Plus loin encore, des boîtes à spectacle ou pour quelques marks, vous avez droit à une soirée inoubliable. On m'avait prévenu de ne pas me mettre aux premiers rangs, pour ne pas subir le sort des gens à lunettes. En effet, les filles dans leurs exhibitions, prenaient les lunettes des spectateurs du premier rang, pour se les enfouir où je pense, mais oui vous m'avez bien compris, aussi bien devant que derrière d'ailleurs, pour la grande joie des autres clients. D'autres demandaient de mettre des pièces de monnaie sur le bord des tables, et en se contorsionnant, elles arrivaient à se les mettre dans... une tirelire improvisée. Une a même eu l'audace d'emprunter la pipe d'un spectateur, et se l'engouffrant là où nous autres les hommes, nous mettons autre chose, toute l'assistance a pu constater que la pipe se consumait. Quelquefois, le spectacle manquait de figurants, la direction mettait une affiche à l'extérieur pour demander des volontaires. Ce travail (si on peut appeler cela un travail) n'était pas rémunéré, seul le droit d'entrée était offert aux participants bénévoles. Un sou- donc, un matelot de notre bord monte sur scène pour agrémenter le spectacle. Le numéro est une fille à la plage, qui se fait draguer par un garçon très entreprenant, car voyant que la fille n'est pas farouche, il se met en quête de la mettre complètement à poil et de lui faire l'amour, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Pour exciter davantage la fille, on entend dans les coulisses le patron dire: -"Donne-toi à fond, c'est un Français". Et elle se donne vraiment à fond la petite, comme si elle voulait nous en donner pour notre argent, et justifier son cachet. Comme par hasard, ce soir-là notre Commandant en personne faisait partie des clients. Quel ne fut pas son étonnement de voir un de ses hommes nu besogner une artiste à poil sur scène. Il n'en fut nullement choqué, mais seulement amusé, et heureusement que le matelot ne vit pas son pacha, car il en aurait certainement perdu ses moyens, et nous aurions assisté à un numéro moins épicé si je puis dire, car ce soir, la fille eut droit à une séance plus que complète. Notre matelot voulait sans doute prouver au patron de rétablissement que les Français n'avaient pas que la renommée d'être les meilleurs du monde en amour, mais également en pratique. D'ailleurs il se fit applaudir à tout rompre dès son numéro terminé, et s'il n'avait pas été naviguant mais au chômage, je suis certain que la direction lui aurait proposé une place en or dans la maison.
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