Vinicius…
…Il était assis seul à la terrasse de l’auberge où nous avions trouvé refuge dans l’attente d’un nouvel autocar. Il était là un carnet ouvert devant lui, un stylo-plume à la main.
Ce détail m’a frappé. Qui écrit encore avec une plume aujourd’hui ? Il avait l’air absorbé comme s’il était en transe, griffonnant des mots que le vent tentait d’emporter. Je me suis installé à la table voisine, sans intention particulière, juste attiré par cette aura de calme qu’il dégageait.
Ce n’est qu’au deuxième jour que nous avons échangé nos premiers mots. Je l’avais vu remplir les pages blanches d’un cahier, et je n’avais pu m’empêcher de lui faire part de mon admiration. Il m’avait regardé, surpris, puis avait souri. Ce sourire, je l’ai revu des dizaines de fois depuis, mais jamais avec la même intensité que ce jour-là. C’était le sourire de quelqu’un qui reconnaît une âme sœur sans l’avoir cherchée.
Il se prénommait Vinicius était franco-brésilien et venait du Brésil, de Recife précisément. Il voyageait seul, en quête de silence, disait-il. Il fuyait quelque chose, ou quelqu’un, je ne savais pas encore quoi. Mais il ne s’agissait pas d’un exil triste. Plutôt d’une suspension volontaire du tumulte. Il m’a parlé de ses lectures, de Pessoa, Clarice Lispector, Drummond de Andrade, de ses nuits passées à écouter les fados dans les tavernes de Lisbonne. Comme moi il semblait avoir eu le privilège d’observer les choses, les gens de les comprendre et de les aimer. Je lui ai parlé de mes voyages, de mes carnets remplis de phrases inachevées, de mon obsession pour les visages croisés dans les gares, les ports et les aéroports.
Nous avons partagé des repas, des balades, des silences. Et puis, un soir, sur la plage de Cabanas, il m’a raconté une histoire. Celle qui allait devenir le cœur de ce récit. Il m’a parlé d’un homme, d’un amour, d’un secret enfoui sous les couches du temps. Il m’a confié les premières pages, écrites à la main, tremblantes, presque sacrées. Et il m’a dit : « Je ne peux pas l’écrire seul. »
La nostalgie semblant l'envahir comme un crépuscule qui s'étend, il ferme les yeux et sent le parfum des fleurs du jardin, entend les sons de la musique qui l'entoure et les souvenirs lui reviennent.
Il se souvient du Brésil, terre de ses ancêtres où les rythmes saccadés du samba lui font revivre les souvenirs d'un passé qui ne cesse de l'appeler. Cependant, comme un voile jeté pour cacher un défaut, un secret, un mystère plane sur les moments de vérité qu'il a vécus et qu'il cherche à percer. Vinicius raconte…
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"Ce qui a le moins vieilli en moi c'est ma jeunesse"...Et il escaladait l'échelle qu'il avait appuyée ? rien pour aller marier une girouette au vent .