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     Raizes, racines ou le chant du silence ...suite 4
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Expéditeur Conversation
vinicius
Envoyé sur :  15-12-2025 13:12
Plume de platine
Inscrit le: 02-05-2006
De: Chaville (IDF) et Rio de Janeiro (Br?sil)
Raizes, racines ou le chant du silence ...suite 4
Salvador s’éveillait lentement sous un ciel de brume dorée. Les rues s’animaient, les voix s’élevaient, les tambours résonnaient déjà quelque part, comme un appel ancien. Je marchais dans le quartier de Santo Antônio, guidé par les mots de Mariana, par les fragments de la lettre de Mateus, par une intuition que je ne pouvais expliquer.
J’ai suivi les sons. Pas ceux des radios ou des fêtes, mais ceux plus discrets, plus profonds des battements d’un tambour qui semblait dialoguer avec le vent. Ils me menèrent à une petite école de musique, cachée derrière une église aux murs écaillés. Là, des enfants répétaient des rythmes, concentrés, habités. Et au fond de la salle, un homme aux cheveux gris, au regard intense, frappait doucement sur un atabaque.
J’ai reconnu Mateus sans l’avoir jamais vu. Il avait la même intensité que Joaquim, mais dans ses gestes, il y avait une tension, une retenue. Il m’a regardé a posé ses mains sur le tambour, et installé un silence court mais profond qu’il a rompu en me disant : « Tu es son petit-fils, » et ce n’était pas une question.
J’ai hoché la tête, incapable de parler. Il s’est levé, s’est approché, et m’a tendu une photo. Elle représentait Joaquim et lui, jeunes, souriants, un tambour entre eux. « Avant que tout change, » murmura-t-il.
Nous nous sommes assis dans le patio, entourés de plantes et de souvenirs. Il parla peu, mais chaque mot était une pierre posée sur le chemin de la vérité. Il me raconta leur enfance, leur musique, leur pacte de ne jamais se séparer. Puis d’Isadora. Le silence et enfin fuite. Il a baissé les yeux et dit : « Joaquim n’a jamais su que je lui avais pardonné, mais je l’ai fait. Parce que l’amour ne se mesure pas à ce qu’on garde, mais à ce qu’on laisse partir ».
Je lui tendis la lettre, celle que Joaquim n’avait jamais envoyée. Il la lut, les yeux brillants, puis la plia avec soin. « Tu as fait ce que lui n’a pas pu. Tu es le lien. »

Ce soir-là, Mateus a joué pour moi, pour Joaquim, pour Isadora. Pour tous les silences et dans chaque battement, j’ai senti le passé se réconcilier avec le présent.
J’ai marché sans hâte, mes pieds s’enfonçaient légèrement dans le sable tiède. Le tambour battait comme un cœur ancien, comme une voix sans mots qui m’appelait. Je pensais à Mateus, à sa musique, à cette nuit où les silences avaient enfin trouvé leur mélodie. Depuis, quelque chose en moi s’était déplacé, une pierre, peut-être, comme celles qu’il avait posées sur le chemin de la vérité.
Chaque souvenir revenait, non pas comme une douleur, mais comme une lumière tamisée. Joaquim, Isadora, les lettres jamais envoyées, les pardons murmurés trop tard. Et moi, au milieu, lien fragile mais tenace, tissé entre les absences et les présences.
La dune se dressait devant moi, douce et dorée. Le tambour semblait battre juste derrière. Je gravis lentement, porté par une certitude tranquille. Au sommet, le vent me caressa le visage, et je compris : ce n’était pas un appel, c’était une offrande. Le passé ne me retenait plus, il m’accompagnait.
J’ai laissé le sable me parler. Chaque grain semblait murmurer une histoire, non pas pour être déchiffrée, mais simplement pour être ressentie. Le tumulte intérieur s’était apaisé. Ce lieu, autrefois chargé d’attente, devenait un espace de présence, j’étais là, entier, avec le passé en filigrane et l’instant comme seul horizon.

Je n’étais plus en quête de quoi que ce soit quand, quelques jours plus tard je retournai plage d’Itapúa, je ne cherchais pas. J’avais pris du temps, non pas par peur, mais parce qu’il fallait que le silence fasse son œuvre. Ce délai n’était pas une fuite, mais une maturation. Je me suis assis, simplement, et regardai. Le ciel se teintait de rose, les vagues s’étiraient comme des bras fatigués. Je fermai les yeux et là, dans le silence, j’ai entendu un tambour lointain, lent, profond. Pas un rythme de fête, un rythme de mémoire. Il venait de l’intérieur, ou peut-être de l’autre côté de la dune. Je me levai, sans précipitation, et je marchai vers le son. Chaque pas semblait me rapprocher de quelque chose que je portais en moi depuis toujours.
Derrière les dunes, dans une clairière bordée de manguiers, un homme était assis. Il jouait seul, entouré de bougies et de fleurs séchées. Son visage était tourné vers le sol, ses mains frappaient le tambour avec une douceur presque sacrée. Je n’ai rien dit, me suis assis à distance, et j’ai écouté. L’homme n’a pas levé les yeux mais Il a parlé. « Tu es venu, tu peux rester. »
Il ne m’avait pas regardé, mais il m’avait reconnu. Sa voix était grave, comme un vent ancien qui traverse les montagnes. Il ne m’avait pas demandé qui j’étais, il savait. Et moi, je savais que j’étais face à Mateus, que le silence venait de lui et que mon histoire venait de franchir une porte.
Le tambour entre ses mains semblait respirer. Chaque frappe était une parole, chaque silence une confession. Il ne jouait pas pour moi. Il jouait pour Joaquim. Pour Isadora. Pour lui-même. Pour ce lien invisible qui nous unissait tous, malgré les années, malgré les blessures.
Je restai là, sans bouger, pendant ce qui sembla une éternité. Le soleil descendait lentement, et la lumière dorée enveloppait la clairière comme une bénédiction. Puis, il s’arrêta. Il leva enfin les yeux vers moi. Son regard était intense, mais calme. Il ne portait ni colère, ni tristesse, juste une fatigue douce, celle de ceux qui ont trop attendu.
« Tu es venu, » dit-il. « Et tu as entendu. C’est tout ce que je demandais. »
Je me suis approché lentement, comme on approche un feu sacré. J’ai sorti de mon sac le carnet de Joaquim, celui que j’avais emporté depuis le début. Je le lui ai tendu. Il l’a pris avec précaution, comme on prend un objet fragile, et l’a ouvert à la dernière page.
Là, une chanson inachevée, des notes éparses, des mots suspendus.
Mateus m’a souri. « S’il n’a jamais su comment finir c’est parce qu’il attendait que je l’écoute. »
Il s’est levé a pris son tambour, et m’a fait signe de le suivre. Nous avons marché jusqu’à la plage, là où la mer chantait doucement. Il s’est assis sur le sable a posé le carnet devant lui, et a recommencé à jouer. Mais cette fois, il chantait aussi. Des mots simples, des mots vrais. Des mots qui venaient du fond de lui.
J’ai compris que la chanson n’était pas à finir. Elle était à vivre.


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"Ce qui a le moins vieilli en moi c'est ma jeunesse"...Et il escaladait l'échelle qu'il avait appuyée ? rien pour aller marier une girouette au vent .

Sybilla
Envoyé sur :  15-12-2025 20:36
Administratrice
Inscrit le: 27-05-2014
De:
Re: Raizes, racines ou le chant du silence ...suite 4

Bonsoir Cher Ami poète Jacques,

Quelle merveilleuse histoire narrée avec grand talent !

J'aime beaucoup la moralité de ce récit.



Belle soirée Cher Ami poète Jacques !
Toutes mes amitiés
Sybilla


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Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)

vinicius
Envoyé sur :  16-12-2025 11:19
Plume de platine
Inscrit le: 02-05-2006
De: Chaville (IDF) et Rio de Janeiro (Br?sil)
Re: Raizes, racines ou le chant du silence ...suite 4
Bonjour,
Merci Chère Sybilla,

amitiés


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"Ce qui a le moins vieilli en moi c'est ma jeunesse"...Et il escaladait l'échelle qu'il avait appuyée ? rien pour aller marier une girouette au vent .

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