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     Raizes, racines ou le chant du silence ...Suite 6 épilogue et fin
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Expéditeur Conversation
vinicius
Envoyé sur :  18-12-2025 09:45
Plume de platine
Inscrit le: 02-05-2006
De: Chaville (IDF) et Rio de Janeiro (Br?sil)
Raizes, racines ou le chant du silence ...Suite 6 épilogue et fin
...Le matin du départ, Salvador semblait me retenir. Le vent soufflait doucement sur les rues pavées, les palmiers frémissaient comme s’ils murmuraient des adieux, et les tambours, quelque part, battaient encore mais cette fois, pour moi.
Mateus m’accompagna jusqu’à la gare routière. Il ne portait pas son tambour, mais son silence était aussi dense que ses rythmes. Nous ne parlions pas. Nous savions. Ce qui devait être dit l’avait été, non pas avec des mots, mais avec musique, regards, gestes. Il me tendit le carnet, celui que nous avions rempli ensemble. Il avait ajouté une dernière page, écrite à l’encre bleue :
“Ce que nous avons commencé, tu dois le continuer. Pas pour nous. Pour ceux qui viendront.”
Je le serrais contre moi. Ce carnet n’était plus un objet. C’était une mémoire vivante. Une racine nouvelle.
Le bus démarra. Salvador s’éloigna lentement, mais en moi, elle restait entière. Je ne revenais pas chez moi comme je l’avais quitté. J’étais devenu le lien. Le témoin. Le passeur.
À mon arrivée, la maison familiale m’accueillit dans son silence habituel. Mais cette fois, je le comprenais. Je posai le carnet sur la table du salon, entre les photos d’Isadora et les partitions de Joaquim. Ma mère le vit. Elle s’approcha. Elle lut. Et elle pleura.
"Tu as ramené ce qu’on croyait perdu," dit-elle.
Ce soir-là, je jouais dans le jardin. Pour la première fois, je chantais Raízes devant ceux qui m’avaient vu grandir. Les voisins s’arrêtèrent. Les enfants dansèrent. Et dans le ciel, je crus entendre les tambours de Mateus répondre. Le passé ne s’était pas effacé. Il s’était transformé. Et moi, je n’étais plus seulement le petit-fils de Joaquim. J’étais devenu la voix de notre histoire.

Des années ont passé depuis ce soir à Itapúa. Le carnet de Joaquim, enrichi par Mateus et moi, repose désormais dans une vitrine du centre culturel de Salvador, entouré de tambours, de photos, et de fleurs séchées. Mais Raízes ne vit pas dans les pages. Elle vit dans les voix.
Elle est chantée dans les écoles, fredonnée dans les marchés, jouée au bord des plages. Elle a traversé les frontières, portée par ceux qui cherchent à comprendre d’où ils viennent, et ce qu’ils portent en eux. Elle est devenue un chant de racines, un chant de liens, un chant de vérité. Et moi, je continue à la chanter. À chaque fois, elle change un peu. Elle s’adapte à ceux qui l’écoutent. Mais son cœur reste le même.
Voici les paroles telles qu’elles furent chantées pour la première fois, au bord de la mer, sous les étoiles :

« Sous la terre, le tambour bat
Sous la peau, le passé chante
Et dans le vent, les voix reviennent
Pour dire ce qui n’a pas été dit
Je suis le fruit de vos silences
Le souffle de vos mémoires
Et je viens pour relier les fils
Que le temps a voulu défaire
Raízes que não se veem
Mas que sustentam o céu
Historias que não morrem
Mesmo quando o corpo é véu
Chante avec moi, même sans mots
Danse avec moi, même sans pas
Car nos racines parlent encore
Même quand le monde oublie leur voix »

Ainsi, Raízes continue. Elle ne se termine jamais. Elle se transmet.
Car les racines ne sont pas ce qui nous retient. Elles sont ce qui nous élève.
Dans ce que Vinicius m’a raconté, j’ai compris que la nostalgie n'est pas juste un sentiment mais un lien qui nous attache à notre passé, à notre histoire.
Et ce lien, loin d’être une chaîne, devient un fil d’or. Il relie les générations, les souvenirs, les gestes répétés sans qu’on sache pourquoi, les chansons fredonnées dans une langue qu’on ne parle plus, les recettes transmises sans mesure, juste au goût. C’est dans ce tissage invisible que Raízes prend toute sa force.
Vinicius m’a parlé de son grand-père, qui plantait des arbres en murmurant des prières. Il ne savait pas à qui il s’adressait, mais il savait pourquoi il le faisait. Pour que la terre se souvienne. Pour que les enfants aient de l’ombre. Pour que les racines trouvent leur chemin.
Et moi, l’écoutant, j’ai senti mes propres racines vibrer. Celles que je croyais oubliées. Celles que je n’avais jamais nommées. Elles sont remontées doucement, comme une sève ancienne, pour me rappeler que je ne suis pas seul. Que nous ne sommes jamais seuls quand nous savons d’où nous venons. Racines, Raízes, ce n’est pas un retour en arrière. C’est un élan vers l’avant, nourri par ce qui nous a précédés. C’est une mémoire vivante, qui pousse en nous comme une forêt intérieure. Et chaque fois que nous racontons, que nous chantons, que nous partageons, nous plantons un arbre de plus.

En épilogue

Il y a peu de temps je suis retourné à Tavira. Le ciel avait la même teinte douce qu’autrefois, ce bleu lavé par le sel et le vent. Les ruelles pavées semblaient m’accueillir sans surprise, comme si elles avaient gardé en mémoire mes pas d’antan. Je me suis installé à la terrasse de l’auberge où j’avais rencontré Vinicius il y a quelques années.
Soudain, comme surgie d’un souvenir trop précis pour être réel, la vieille femme que j’avais rencontrée jadis sur le chemin perdu dans les collines, là où des arbres tordus dessinent des ombres de légende était là. Elle portait le même châle, avait le même regard ourlé de brume. Je ne saurais dire si elle m’avait reconnu cependant elle m’a souri, comme on sourit à ce qui revient sans qu’on l’ait appelé. Elle s’est levée puis approchée lentement et tout en posant sa main sur le dossier de ma chaise. « Vous êtes revenu », a-t-elle dit, comme une évidence. J’ai hoché la tête, incapable de répondre quoi que ce soit d’autre.
Hasard, coïncidence, ou encore un signe que la vie m’envoyait ?
Elle s’est assise à côté de moi. Nous avons parlé de choses simples : du pain, des oiseaux, des jours qui passent. Mais dans ses silences, il y avait des échos. Des fragments de ce que j’avais cherché, fui, ou oublié. Elle m’a raconté que la colline avait changé, que les pierres avaient bougé, que les vents portaient d’autres chants.
Et puis, elle s’est levée. « Il est temps », a-t-elle murmuré.
Je ne savais pas temps à quoi ? pour quoi, pour qui.
Mais je savais que nous continuerons à transmettre. Car les racines, même invisibles, dessinent le paysage de demain.

© Jacques BASCHIERI


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"Ce qui a le moins vieilli en moi c'est ma jeunesse"...Et il escaladait l'échelle qu'il avait appuyée ? rien pour aller marier une girouette au vent .

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Sujet :  Expéditeur Date
 » Raizes, racines ou le chant du silence ...Suite 6 épilogue et fin vinicius 18-12-2025 09:45
     Re: Raizes, racines ou le chant du silence ...Suite 6 épilogue et fin Sybilla 18-12-2025 22:25
       Re: Raizes, racines ou le chant du silence ...Suite 6 épilogue et fin vinicius 21-12-2025 16:03

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