Ce récit, pour tous ceux qui se demandent comment les nouvelles étaient reçues à bord, comment nous écrivions à nos proches. En effet, dans les années soixante, pas de portable, de satellite ou d'autres moyens sophistiqués pour joindre la famille au bout du monde. Les urgences étaient transmise par radio par contre. A bord, dans la coursive principale, se trouvait une immense boîte aux lettres pour que chacun, du mousse au Commandant puisse y glisser sa missive dès que l'envie lui prenait d'écrire à sa famille ou à ses proches. Cette boite n'était vidée qu'à chaque escale par le lieutenant-pont désigné pour ce travail. Le tout était remis à l'agent de la compagnie qui se chargeait de le faire parvenir. Il lui remettait en échange le sac de lettres qu'il avait reçu pour l'équipage. Chaque marin quittant la France savait la destination du navire et prévenait la famille pour dire sans trop de certitudes que, vers telle date, il pourrait être dans tel port. Mais tout ceci sans aucune précision, ce qui fait que, quelquefois, à une journée près, on manquait le courrier qui ne devait arriver que le lendemain. Il nous fallait attendre alors la prochaine escale pour avoir le courrier parti de France un ou deux mois avant. Les nouvelles graves, urgentes, officielles étaient transmises par Saint-Liz-radio*, seul lien entre le bord et la terre. Seuls les vieux marins connaissant bien la ligne, le nombre de jours de traversées de tel à tel port, risquaient de se faire envoyer leur courrier directement à bord, sinon le plus sûr était de dire à la famille qu'elle expédie le courrier à la compagnie en France, qui elle, se chargeait de nous réexpédier les lettres en même temps que le courrier de la compagnie. Une petite anecdote au sujet de cet acheminement très lent de nos écrits entre proches parents. Un jeune novice-pont est embarqué pour son premier voyage au long- court, au port du Havre. Nous partons directement pour Tahiti livrer entre autres une cargaison de chaussures que nous avions été chargé en Italie, quelques jours auparavant. La traversée dure environ trente jours, d'une seule traite. Par hasard, la veille d'arrivée à Papeete, le nono se trouve dans la coursive en même temps que le lieutenant qui vient ramasser le courrier pour l'acheminer. Il assiste au vidage de la boîte, et tout surpris, dit à l'officier : -"Cela ne m'étonne pas que ma mère ne m'ait pas répondu, toutes mes lettres sont restées la !". Pauvre petit, il n'avait pas tout compris