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Expéditeur Conversation
BOUCHARBA
Envoyé sur :  21-09-2024 22:37
Plume de platine
Inscrit le: 01-10-2007
De:
L'aventurier
À la rentrée sociale de l’année suivante, je suis admis sur concours à l’institut agronomique. Ce n’était véritablement pas pour moi un choix délibéré mais une opportunité pour partir vivre ailleurs, voir d’autres horizons, tenter une vie nouvelle. Ma mère, la pauvre, a déboursé toutes ses économies pour me fournir le trousseau exigé. J’ai pris l’autocar à destination de Khemis-Miliana, une ville moyenne, située à une centaine de kilomètres d’El Asnam, lieu de ma résidence familiale.
Khemis-Miliana est plutôt une ville carrefour par où l’on se dirige vers Alger, Miliana, l’antique cité, Médéa et le Sud-est du pays. C’est une ancienne agglomération coloniale, par son architecture, ses entrepôts, son stade de football, sa gare ferroviaire et sa mairie. Elle a conservé ses bistrots alcoolisés, son marché couvert et ses mystérieuses maisons closes. Seuls, leurs propriétaires ont changé. De nouvelles cités sont venues s’incruster ingénieusement dans cet ensemble sans nuire à sa beauté. La région fait partie géographiquement de la plaine fertile du Cheliff. Un oued passe par là et, sur sa rive s’étend un bidonville. Encore un ! Semblable au mien mais mieux entretenu. Il avait son puits et sa mosquée. Il s’appelait : Dardara. Au risque de me tromper, il devait être un ancien marécage asséché, selon sa connotation.
L’institut en préfabriqué est bâti à son extrémité sud, sur un terrain vague entouré d’oliviers, face à un parc de maintenance de matériel agricole et une station de recherche agronomique. Alentour, de grandes parcelles cultivées et des fermes d’élevage bovin. Son portail est grand ouvert à mon arrivée, je m’introduis à l’intérieur et me dirige à l’improviste vers le plus grand des chalets où j’entends des voix et des chants. C’est le dortoir. On m’accueillit. Ce sont les premiers arrivés. Une bonne vingtaine d’étudiants de la première promotion, venus certainement la veille de différentes régions de l’Algérie. Je suis de la deuxième. Ils sont reconnaissables à leurs accents, à leurs costumes et à leurs chansons populaires. Je me rends compte que je suis le premier nouveau venu parmi eux. Des heures plus tard, l’établissement s’emplit peu à peu, le surveillant général intervient pour nous caser. Des jours durant, des stagiaires arrivent et s’installent peu convenablement. Il me donne une impression d’improvisation, d’un retard de réalisation, cet établissement. En effet, un autre bloc pédagogique sera construit plus tard.
La semaine qui suit, c’est au tour des formateurs de se présenter. Ce sont de jeunes ingénieurs agronomes français fraîchement sortis des universités, encadrés par des experts, plus âgés, rompus aux techniques agricoles. Les cours préliminaires du tronc commun ont vite commencé sans aucune difficulté. Ils étaient suivis par ceux de la spécialité, entrecoupés de stages pratiques.
À la différence du lycée, l’enseignement était plus attrayant, plus objectif et de qualité. On étudiait par groupes réduits. On nous distribuait les cours polycopiés pour nous éviter l’écriture inutile. Les figures et schémas relatifs aux cours étaient projetés sur écran pour être clairement expliqués. Les étudiants formaient un cercle et le formateur ne disposait pas de bureau particulier. Chaque fin de semaine le directeur des études évaluait notre savoir acquis. On faisait périodiquement des sorties sur le terrain de la pratique. L’institut disposait d’une exploitation de quatorze hectares où l’on pratiquait des cultures industrielles et fourragères. On faisait beaucoup plus d’exposés et de comptes-rendus qu’on recevait de leçons. Le but était de nous imprégner du monde agraire. On disposait d’une petite bibliothèque riche en livres techniques, d’un foyer, d’un labo-photo et d’équipements de cinéma.

Déjà, dès le premier jour de mon arrivée, je me suis rendu en ville avec Rabah, un algérois avec qui j’ai tout de suite noué une relation amicale. J’ai repéré la place principale, le cercle sportif, le lycée et certains immeubles d’habitation et commerces. La cité réputée violente me paraissait calme et même sympathique. Le regard de ses filles, quelques unes, celles que nous croisions, n’avait pas l’air innocent. Parfois, il était presque parlant, souriant. Sur le trajet aller ou retour du ou vers l’institut, nous passions près d’un ilot de bâtiments à étages avec balcons, et là, elles nous saluaient de la main. J’avais mis du temps pour deviner : Nous étions étrangers à la ville, jeunes étudiants, c’était cela à quoi pensaient les jeunes demoiselles ! Rabah ne tarda pas à répondre aux sirènes. Les soirs, au dortoir, il me racontait ses scènes amoureuses. Puis, des jours plus tard, nous nous sommes retrouvés, je ne sais plus comment, au sein des maisons de prostitution réglementées pour assouvir notre désir sexuel. En ces temps là, ce genre d’établissements existaient encore, un peu partout en Algérie.
Une autre destination plus agréable à laquelle nous nous rendions les weekends est Miliana. Une charmante vieille cité datant d’avant la colonisation. Bâtie sur les flancs du Zaccar, un mont de la chaîne du Dahra, elle garde à la fois l’empreinte de la présence ottomane et française. C’est une ville touristique par excellence. Elle offre une vue panoramique sur la vallée verdoyante du Cheliff. Sa rue principale est ombragée complètement par des platanes dont elle porte le nom. On y trouve des commerces, particulièrement une crémerie et un café. Un petit jardin magnifiquement entretenu, qui se transforme le soir en un cinéma à ciel ouvert, lui ajoute un charme particulier. Son relief ne permet qu’une agriculture vivrière et des vergers en pente et par endroits on peut remarquer des vanniers en activité. Souvent, nous faisions le trajet sinueux à pied depuis la plaine, en empruntant d’agréables raccourcis en suivant de petits canaux d’irrigation canalisant l’eau par gravité.

Ma dernière année de formation s’était déroulée dans une exploitation agricole. C’était une ancienne ferme coloniale soumise au régime d’autogestion établi suite au départ des colons. Elle s’étalait sur un millier d’hectares où l’on pratiquait les grandes cultures et un élevage bovin. Elle disposait d’un bloc administratif et d’un grand entrepôt. Un atelier mécanique faisait face à un immense dépotoir envahi par les herbes où l’on distinguait différents matériels hors d’usage et certaines curiosités datant certainement du début de la colonisation. Deux tracteurs et des machines agricoles récemment acquis occupaient une place prépondérante dans la cour de la ferme et affirmaient la volonté politique des responsables de donner un essor à l’agriculture moderne. Objet de notre formation.
La gestion était confiée à un directeur rarement présent à cause de ses nombreuses démarches auprès des organismes fournisseurs et financiers. Un agent technique et un ouvrier spécialisé formé sur le tas, géraient l’exploitation et appliquaient le plan de culture décidé par leur hiérarchie. Le président du collectif des ouvriers, militant révolutionnaire et syndical, exerçait une fonction beaucoup plus politique. C’était un notable ! Le jour de notre affectation vers ce lieu, moi et mon collègue Rabah, c’est ce Monsieur qui nous prit en charge. Il nous hébergea dans la classe d’une école délabrée pendant toute la durée du stage, seul bâtiment disponible dans l’immédiat.
Hormis notre installation déplorable, les conditions de l’exercice de notre stage étaient acceptables. Nous avions toute la latitude de visiter et d’étudier la gestion de l’exploitation et de ses techniques culturales.
Au bout de deux mois, une lassitude morale s’empara de moi. Je devenais lugubre et taciturne. De nouveau je désertais l’endroit et séchais les stages durant des périodes de plus en plus longues. Je fuyais cette situation d’isolement social, cette qualité de vie champêtre routinière et cet environnement global où je pataugeais sans grande conviction, sans véritable vocation. Je n’étais pas ce technicien que l’état voulait former.
J’allais abandonner si ce n’était mon encadrant, un français respectable, qui parvint à me faire raisonner si je peux dire. Tu ne dois pas t’arrêter à quelques pas de la fin, ne cessait-il de me répéter. J’ai suivi son conseil.
Je considère cette partie de ma vie estudiantine, loin de ma famille, comme une échappatoire contre le désarroi qui m’a terriblement terrassé. Je n’ai rien choisi et en réalité que peu réfléchi. J’ai pris au hasard, une voie qui m’avait mené là où je suis. J’aurais pu évoluer autrement, positivement peut-être, ou pas. Encore une fois, les études n’étaient pas pour moi une fin en soi. Certes, elles garantiraient logiquement un emploi stable et une carrière professionnelle. C’est ce que dirait mon père défunt avec une ferme conviction, se référant à sa condition matérielle et à son métier pénible sujet à moult incertitudes. Malheureusement ce ne fut pas le cas, j’ai trahi son noble vœu. Ma vocation était le nomadisme professionnel, la polyvalence, et c’est le cas de le dire ! J’ai déambulé aléatoirement d’une boite à l’autre, d’un secteur d’activité à l’autre. Je suis instable et curieux de nature. Le terrain m’a appris ce que j’aurais pu totalement ignorer. Je suis pleinement satisfait de ce détour aléatoire. Je m’en suis fait une idée profonde sur l’Algérie économique et culturelle. Je pense avoir compris ses lacunes grâce à mes missions professionnelles.
Amine, lui, a réussi son baccalauréat en qualité de candidat libre à la deuxième tentative. Il a dû travailler auparavant par nécessité comme agent technique dans l’industrie après formation à l’étranger, sans grande motivation. Il quitta ensuite l’usine pour l’école normale de professeurs de collèges. C’était finalement son choix et sa vocation me semble-t-il. Il avait le physique et le moral de l’emploi. On en a parlé une fois.
Je l’ai croisé un jour à la gare routière alors qu’il revenait de son établissement scolaire. Costumé, cravaté, les souliers bien cirés, tenant à la main un cartable bien garni, la même démarche mais avec un peu plus de sérieux. Le sérieux professoral exige. Cela faisait une belle lurette qu’on s’était perdus de vue. C’était un peu par ma faute, comme souvent d’ailleurs.
Après les sourires et les salutations d’usage nous nous sommes attablés sur la terrasse d’un café peu fréquenté pour mieux profiter de la rencontre fortuite, tellement qu’on avait tant de choses à se raconter. Une interminable discussion s’est engagée entre nous. Nous avons passé en revue la liste de nos camarades de classes et voisins que nous nous sommes remémorés, sans omettre les blagues et les anecdotes les concernant dans un esprit joyeux et amical. Finalement, c’est le garçon de café qui est venu nous rappeler que c’était l’heure de la fermeture. Il faisait sombre déjà. Nous nous sommes donné rendez-vous, même jour, même lieu, même heure. Cela convenait parfaitement à son emploi du temps.
J’ai su par son biais que notre ami commun Bachir s’est incorporé dans la police nationale, qu’il a interrompu ses études secondaires pour se consacrer à la noble mission de l’ordre publique. D’autres lycéens, très nombreux, ont rejoint les administrations locales facilement accessibles en ce temps, les assurances, les banques et particulièrement la zone industrielle, produit d’une des politiques nationales infructueuses, voire même désastreuses. Une petite poignée, les plus studieux d’entre-nous, ceux-là, ont fait l’université et se sont vite retrouvés forcément reconvertis en bureaucrates par manque de cadres dirigeants. Voilà en gros ce que sont devenus les enfants de l’indépendance, ceux qui sont restés au pays.
Nous nous retrouvions comme prévu, moi et Amine, plusieurs fois. Mais nous ne sommes plus que nous deux. Le cercle des anciens amis du Lycée s’est agrandi. Nous avons changé de lieu de rencontre tellement que notre nombre a augmenté. Il nous fallait un café avec grande terrasse, plus distante de la salle, pour ne plus déranger les consommateurs avec nos discussions houleuses. Le père d’un ancien ami nous accueillit dans son café avec un espace privé vaste, attenant à un semblant de terrasse couverte. La nouvelle a couru. Bachir nous a rejoints. D’autres fonctionnaires aussi. Les rencontres sont devenues presque quotidiennes. On parlait de football, le sport préféré des algériens, de l’actualité, de culture parfois mais la tension atteint son comble lorsqu’on parlait de politique par manque de culture démocratique d’autant plus que notre pays déclinait dangereusement pour de nombreuses raisons. Personnellement je pressentais un désastre. Je suis de nature pessimiste et rigoriste. Mais j’ai vu juste.


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Sybilla
Envoyé sur :  22-09-2024 20:18
Administratrice
Inscrit le: 27-05-2014
De:
Re: L'aventurier
Bonsoir Cher Ami poète BOUCHARBA,

La suite de tes études extrêmement bien esquissée avec des émotions diverses !

Merci pour ce très beau récit en attendant la suite !



Belle soirée Cher Ami poète BOUCHARBA !
Toutes mes amitiés à Leïla et toi
Sybilla


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Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)

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