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     Sous l’arbre du verbe
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Expéditeur Conversation
guepard
Envoyé sur :  04-02-2025 21:12
Plume de platine
Inscrit le: 23-09-2007
De: ALGERIE
Sous l’arbre du verbe


Sous l’arbre du verbe

La nuit s’étire doucement sur la place, une vaste esplanade bordée de platanes et de jasmins sauvages. L’odeur sucrée des fleurs se mêle aux volutes de café noir qui fument dans des verres ambrés. Ici, sous les lampadaires fatigués, le temps s’écoule au rythme des rires légers et des tintements de cuillères contre la porcelaine.

Des tables en bois, bancales mais fidèles, sont éparpillées sous la frondaison. On y trouve des vieillards à la moustache frémissante, des amoureux discrets, des enfants trop éveillés pour l’heure tardive. L’air est tiède, parcouru de brises fugaces qui viennent caresser les épaules. Ce soir, le café-théâtre a l’odeur des soirées d’antan, où les contes s’emmêlent aux murmures du vent et aux battements des cœurs.

Une scène improvisée, un simple tapis de laine étalé sur le sol, encadre un homme vêtu d’une gandoura couleur de sable. Il se tient debout, le regard vif, une grenade mûre dans une main, une feuille séchée dans l’autre. Lorsqu’il parle, sa voix chaude et rocailleuse, roule comme un tambour, une voix qui semble avoir goûté à la poussière des chemins et à l’amertume du temps.
Il s’éclaircit la gorge et entonne d’un ton solennel :

On juge l’arbre à ses fruits dorés,
Non aux ramées prêtes à tomber,
Que reste-t-il d’un vent volage ?
Rien qu’une feuille au gré des âges…

Il lève la feuille séchée, la laisse s’effriter entre ses doigts.
— Voyez-vous, mes amis, ceci est une feuille. Comme toutes les autres, elle a vécu attachée, suspendue à son arbre, bercée par le vent, caressée par la pluie. Mais qui se souvient d’elle ? Qui, parmi nous, pourrait dire qu’une feuille a marqué l’histoire ?

L’acteur sourit, prend une inspiration et laisse rouler entre ses doigts la grenade écarlate.
— Et ceci… Ceci est un fruit. Un fruit dont la saveur éclate, dont la pulpe saigne le souvenir de l’été. Un fruit qui s’offre aux mains et aux lèvres, et dont le nom traverse le temps.

Il marque un silence, puis d’un geste théâtral, il ouvre le fruit, révélant l’intérieur gorgé de grains rouges.
— Ainsi en est-il des hommes. On peut briller comme mille feuilles sous le soleil, agité par le moindre courant d’air, ou bien mûrir en silence, le cœur gorgé d’un nectar qui nourrira d’autres âmes.
Il laisse tomber la feuille et la regarde disparaître dans la poussière.

Peu importe la richesse ou la célébrité,
Seules les bonnes actions définissent votre nom...

Un sourire énigmatique éclaire son visage.
— Il y avait un homme, il y a longtemps, qui croyait que son ombre suffisait à nourrir le monde. Il se promenait dans la ville, lançant ses discours comme on jette des graines sur du marbre. Il s’était fait un trône de paroles, un empire d’apparences.
Il marque un temps, regarde le public.
— Mais voilà, le vent s’est levé. Et quand la tempête est passée, il n’en restait que des feuilles mortes. Pendant ce temps, un vieil homme plantait en silence des orangers. Il ne parlait pas beaucoup, mais il arrosait la terre avec patience.

Le public, happé par le jeu, écoute dans un silence attentif. Des serveurs ralentissent leurs pas, des passants s’arrêtent à la lisière de la scène. Un marchand de figues, son panier en équilibre sur la hanche, laisse tomber une pièce en guise d’offrande.
L’acteur, savourant cet instant suspendu, balance la feuille morte entre ses doigts.

Que vaut l’or, que vaut l’orgueil,
Si nul ne boit l’eau de ta source,
Les vents emportent tout mensonge,
Mais l’arbre, lui, veille et repousse.

Il laisse tomber la feuille, qui tournoie un instant avant de disparaître dans la poussière. Puis, dans un éclat de rire franc, il croque un grain de grenade, exagérant le bruit du jus éclatant.
Il tend un doigt vers le public.
— Aujourd’hui, nous mangeons ses fruits. Mais de l’autre, du vent et de la vanité… que reste-t-il ?
— Ah, mes amis, on reconnaît un arbre à son fruit…

Un roi parlait, et sa voix pesait,
Comme un nuage prêt à pleuvoir,
Mais la parole est un miroir,
Qui ne nourrit pas le blé coupé.

Écoute le vent, il porte le nom,
Non pas des ombres, mais des moissons.
Ceux qui nourrissent la terre et l’âme,
Ne meurent jamais, ils sèment leur flamme.

Il éclate d’un rire franc, se lève et disparaît dans la foule, laissant derrière lui une grenade ouverte et une feuille fanée.

Copyright©2025 Charef Berkani

Sybilla
Envoyé sur :  11-02-2025 02:19
Administratrice
Inscrit le: 27-05-2014
De:
Re: Sous l’arbre du verbe
Bonsoir Cher Ami Charef,

Merveilleux récit empli d'une profonde sagesse !



Belle nuit Cher Ami poète Charef !
Toutes mes amitiés
Sybilla


----------------
Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)

cyrael
Envoyé sur :  12-02-2025 15:50
Plume de diamant
Inscrit le: 30-10-2005
De: ****
Re: Sous l’arbre du verbe

la plume du sage,

nous invite à le lire..

c'est un chef d'oeuvre .. qui mérite toute notre attention



Merci pour cet arbre du verbe, que de belles métaphores

comment ne pas aimer le fruit de l'arbre de la sagesse?


**

Que vaut l’or, que vaut l’orgueil,
Si nul ne boit l’eau de ta source,
Les vents emportent tout mensonge,
Mais l’arbre, lui, veille et repousse.

Il laisse tomber la feuille, qui tournoie un instant avant de disparaître dans la poussière. Puis, dans un éclat de rire franc, il croque un grain de grenade, exagérant le bruit du jus éclatant.
Il tend un doigt vers le public.
— Aujourd’hui, nous mangeons ses fruits. Mais de l’autre, du vent et de la vanité… que reste-t-il ?
— Ah, mes amis, on reconnaît un arbre à son fruit…




je vous souhaite un heureux jour, Poète Guépard

*
Écoute le vent, il porte le nom,
Non pas des ombres, mais des moissons.
Ceux qui nourrissent la terre et l’âme,
Ne meurent jamais, ils sèment leur flamme.

Il éclate d’un rire franc, se lève et disparaît dans la foule, laissant derrière lui une grenade ouverte et une feuille fanée.



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l'Amour rayonne quand l'Ame s'?l?ve, citation maryjo
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