Les vieux serres de la Cévenne réalisent le tour de force de donner une idée à peu près exacte de ce qu’on nomme l’immensité. Seuls les marins qui parcourent sur leurs voiliers solitaires les vastes océans peuvent approcher une semblable idée de l’infini. Ou bien quelques alpinistes himalayens perchés sur les cimes titanesques où trône le toit du monde. Les vastes étendues sibériennes, les grandes plaines nord-américaines, le grand plateau anatolien ne sont que monotones. Les Cévennes, sans aller aussi loin, donnent seules, à la fois, de semblables sensations de grandiose, de cosmique et de retour sur soi. Pour peu qu'on y joigne la dimension des souvenirs ancestraux, alors, elles deviennent des montagnes... de poésie ! Mais, qu’on ne s’y trompe pas. Si la montagne y parait quelquefois plus proche, plus humaine, elle n’en est pas moins austère et sévère. Môle de sérénité au milieu d’espaces voués aux multitudes, la Cévenne peut être un lieu de solitude impitoyable. Il n’existe plus guère, en Europe tout au moins, de mondes aussi isolés, silencieux, et, vers les cimes, aussi désertiques. Même dans les étés de canicule et de sécheresse, il suffit de grimper assez haut sur les serres et les roncarèdes, vers les hautes sources des valats, pour atteindre rapidement le véritable silence de la nature. Mais, dans les hivers glacés de neiges et de brumes, de vents sibériens hurlant sur les landes immenses des genêts, desséchés par la froidure, les serres de la Cévenne distillent bien plus que de la solitude. Ils deviennent l’antichambre des espaces infinis et inimaginables. Ils diffusent, avec les vertiges de l’air pur et des sommets, les vertiges de l’éternité. Bien des gens de chez nous, ou d’ailleurs, l’ont ressenti. Bien des Cévenols y ont cherché refuge aux siècles écoulés. Ils sont venus, pour la plupart, y écouter, dans le silence de ces espaces, les réponses aux questions éternelles, convaincus que seulement de ces montagnes-là pouvaient émaner à la fois les principes de l’humanité et ceux de la divinité.
Même si je vivais... Même si je vivais jusqu'à la fin des temps J'ai le coeur trop petit pour un pays si grand. Sur la montagne au loin où murmure le vent Quand je grimpe là-haut sur les routes du temps A travers les rochers, les schistes des chemins J'ai l'esprit trop étroit pour aller aussi loin. Même si je vivais jusqu'à la fin des temps J'ai le coeur trop petit, pour un amour si grand. Là bas dans le valat où se cache la paix, Le silence et l'amour, enterrés à jamais, L'eau claire a consolé tes souvenirs chagrins Et ton coeur trop étroit pour aller aussi loin. Même si je vivais jusqu'à la fin des temps J'ai le coeur trop petit, pour un pays si grand. Pauvres clèdes blotties au flanc du serre obscur Qui veillent les vieux mas écroulés sous leurs murs Aux effluves gonflés de souvenirs vivaces Et mon coeur trop étroit n'a pas assez de place. Même si je vivais jusqu'à la fin des temps J'ai le coeur trop petit, pour un amour si grand. Dans les soirées d'été ou les nuits de l'hiver, Quand le serre endormi veille un beau matin clair Quand la lune s'enfuit aux brises du matin J'ai l'esprit trop petit pour monter aussi loin. Même si je vivais jusqu'à la fin des temps J'ai le coeur trop petit, pour un amour si grand. Même quand elle dort sous sa gangue de neige La Cévenne me berce avec de doux arpèges Comme un enfant perdu qu'elle tient par la main J'ai le coeur trop étroit pour partir aussi loin. Même si je vivais jusqu'à la fin des temps J'ai le coeur trop petit, pour un pays si grand. Même si je vivais jusqu'à la fin des temps J'ai le coeur trop petit, pour un amour si grand.
Sentir son coeur trop petit pour contenir la splendeur de la nature...et de l'Amour..comme je connais bien ! Merci d'avoir si bien poétisé ce sentiment si intense pour lequel on n'a parfois plus de mots..
---------------- "Le monde regarde...le poète voit"