La dernière fureur à la mode est de tout féminiser. Les métiers, le sport, ma foi, pourquoi pas ! Cela ne me dérange pas le moins du monde et pour tout dire, ça m’est égal. Mais là où ça devient ridicule c’est quand on veut féminiser les mots. Je le comprends quand cette féminisation est le produit de l’évolution culturelle d’une langue, comme au Canada québécois de langue française. Mais, chez nous, cela vous a un air tellement artificiel que l’on a de la peine à prendre une « pompière » au sérieux. Surtout quand il s’agit d’une profession, par définition asexuée… Une femme exerçant la profession de pompier est un pompier, comme un homme ! Point. Evidemment, on a avocate et doctoresse. Ces mots sont affreux mais on s’y est habitué. Il est vrai qu’on s’habitue à tout avec du temps. Cependant rien ne nous oblige à féminiser des mots jusqu’à ce qu’ils en soient risibles. Une infirmière, ça passe, une plombière, non. Les exemples ridicules sont légions : une maçonne, une électricienne, une jardinière (…de légumes ?),,. une kinésithérapeuthesse, une notairesse, etc.. Le féminisme a inventé le mot « féminicide » pour indiquer qu’il s’agit du meurtre d’une femme par son mari. Pourquoi pas hominicide pour celui d’un homme par son épouse ? Alors qu’on a le mot homicide qui couvre les deux cas. Je sais, il y a infanticide, mais on pourrait ajouter « fillicide » et « garçonnicide » ? Ce serait coquet ! Un jour, j’ai peur qu’on en arrive (par souci des droits de la femme) à féminiser les mots déjà au féminin. Pour ainsi dire afin d’accentuer la féminisation du féminin. Exemple pour la barbe de la femme à barbe de chez Bouglione, ou le fin duvet ornant quelquefois malencontreusement le visage de ces dames, ou pourrait dire la « barbette » (ou la « barbesse » ?) Pour le sein masculin, on garde sein. Mais pour la femme, on dira une « seinne », avec deux « n ». Elle lui donnait la seinne pour la tétée (mot naturellement féminin). Une paire de seinnes, c’est du féminisme… Les seins resteront tristement stériles côté mâle, incapables de donner la tétée, ça prend la tête. Mais les fabricants de mots n’en sont pas à cela près. Si on ajoute tout cela dans une phrase entière, on obtient des effets surprenants. Je vous propose donc, dans le cadre de mon action féminisatrice de féminisation féminisante, cette phrase exemplaire : « La pompière dont le visage s’ornait d’une délicate barbesse blonde, donnait la seinne à sa bébésse (bébé fille) », d’après abbé, abbesse… C’est superbement ahurissant. Je me suis même posé la question de savoir si, après tout, les hommes, jaloux de la féminisation à outrance, ne pourraient pas aussi masculiniser des mots qui le mériteraient. Je prends un exemple exemplaire : La mite est un insecte mangeur de laine. Mais la mite doit forcément avoir un mâle. Donc on devrait dire une mite pour la femelle et un mite pour le mâle, ce serait juste. Ce qui, à l’arrivée, pourrait donner les accords grammaticaux suivants : Une mite errante pour la femelle et un mite errant pour le mâle ! J’avoue qu’à mon âge, ayant toute ma vie aimé le féminisme et les femmes comme ils étaient avant ces remarquable avancées, je m’en contenterai. Et je n’éprouve pas le besoin d’employer le jargon féminisant pour aimer et respecter les femmes Autre chose qui relève aussi du nouveau jargon bien-pensant. Il y a certains mots, souvent d’usage courant autrefois qui ont été banni de notre vocabulaire quotidien, sous peine de prison ou de procès. Je ne prendrais qu’un exemple pour illustrer mon propos. En oubliant complètement que les mots n’ont jamais que le sens qu’on leur prête, le mot « noir » a été ostracisé parce qu’on a décrété qu’il possédait une connotation raciste. On doit dire de nos jours un « homme de couleur ». L’expression « de couleur » n’étant pas considérée comme raciste. Donc, ne dites plus jamais « noir »sinon gare à vous. On dira donc : « J’ai pris un café de couleur » ; La mer « de couleur » ; Il faisait tellement « de couleur » qu’on n’y voyait pas à un mètre. Comme on franchit toujours plus d’étapes vers l’absurde, on a aussi condamné récemment le terme « blanchi ». C’est raciste aussi. Donc, « blanc » ne va pas tarder à être ostracisé aussi, justement parce qu’étant le contraire de noir, ça rappelle « noir » donc c’est considéré comme désobligeant. Vous suivez ? A la place de blanchi, on n’a rien proposé. Je propose donc « pâlir ». Je fais « pâlir » des poireaux en les faisant bouillir. Le blanchisseur sera le pâlisseur. On dira un homme « sans couleur » pour l’homme blanc. Je repeins ma cuisine en « sans couleur ». C’est un peu compliqué mais c’est clean comme ils disent. Encore un petit effort et on va retourner au grognement néanderthalien, faute de vocabulaire pour pouvoir s’exprimer. Un vocabulaire préhistorique, voilà sans doute le progrès.