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Le roi des carpes

  • Ce sujet contient 4 réponses, 3 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photodaniel46, le 13-01-2006 17:49.
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    Sujet
  • #2599508
    Plume de diamant
    ★★★★★★
    Avatar photodaniel46
    Membre Oasis
      • Sujet: 6433
      • Réponses: 18331

      Une carpe dorée allait se prélassant
      Dans la douve dormante au château des Condé
      Mais elle pensait son royaume un rien serré
      Et au fil des jours le trouvait assez lassant

      Elle y vivait tranquille avec ses congénères
      Du pain que généreux le public lui jetait
      Comme elle était robuste et rapide elle était
      La mieux nourrie de toutes ces grosses mémères.

      Un jour ne pouvant plus supporter ses compagnes
      La promiscuité lui semblant infernale
      Elle eut soudainement une intuition géniale
      Celle d’émigrer vers une douce campagne

      Et d’un beau lac profond se prit-elle à rêver.
      « Héron, Oh mon ami, Dis moi si tu connais
      Un grand étang tranquille, un lac vaste et bien frais
      Où je pourrais un siècle calmement régner ? »

      « Oui, je connais un lac au milieu des grands bois
      Tes pareilles y vieillissent plus que centenaires
      Tes millions de sujets feront tout pour te plaire
      Tu ne penseras plus au passé une fois. »

      Ainsi fut fait sur l’heure : en son grand bec pointu
      Le héron prit un sac humide où se coucha
      Le gros poisson heureux de quitter ses tracas
      Dans un nouveau royaume il fut bientôt rendu.

      Ses sujets lui rendirent un très vibrant hommage
      Et des heures durant vinrent pour l’admirer
      Mais le temps passant et l’estomac réveillé,
      Le roi demanda du pain le temps du passage

      « Quel pain ? » dirent-ils surpris de la question
      « Celui qu’on nous apporte comme nourriture. »
      Et le tout nouveau roi, pour sa déconfiture
      Sut qu’il devait chercher tous les jours sa portion.

      Fouillant du nez la vase le puissant seigneur
      Trouvait mince repas après beaucoup d’efforts
      Et après peu de temps reconnut tout son tort
      D’avoir quitté sa douve était là grosse erreur.

      Et un jour amaigri, n’en pouvant plus de faim,
      Il nagea au-delà des lignes du royaume
      Et s’en vint vers les bords que fréquentaient les hommes
      Et soudain sur le fond vit un carré de pain.

      Il se précipita, l’avala et sentit
      Un hameçon aigu lui rentrer dans la chair
      Il lutta mais bientôt se vit tiré à l’air
      Où il agonisa sous des regards ravis

      Ainsi finit piteux un roi bien peu malin
      Pour être plus grand il quitta son paradis
      Pour un puissant royaume où la faim le perdit :
      Il périt bêtement pour un morceau de pain.

      Le 10 septembre 2005

      Science sans conscience n'est que ruine de l'?me (Rabelais)
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