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Sujet
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Pour la fête des Mamans
Je te revois… il me semble que c’est hier…
Faisant tourner les trains de ce chemin de fer
Ou danser les acteurs légers de ce théâtre ;
Et je revois la calme chambre aux murs bleuâtres
Sur lesquels s’élançaient, par touffes, des glaîeuls ;
Je te revois dans l’or de ces bains de tilleul
Où tu faisais nager des chats de porcelaine ;
Et je revois les minuscules bas de laine
Dans lesquels se chauffaient tes pieds sortis de l’eau ;
Je revois dans ta main cet énorme grelot
De vermeil, dont tu mordillais l’anneau d’ivoire ;
Et je revois tes yeux, douces étoiles noires,
Qui paraissaient si grands sous ton front si petit ;
Je revois tes souliers, sans semelle, en coutil,
(Ces souliers qu’on lavait ainsi que des chemises) ;
Je revois ton guignol, et ta poupée assise
Devant, pour regarder la pièce qu’on jouait ;
Je n’ai pas oublié ton plus petit jouet ;
De souvenir, je range encore tes armées ;
Et je revois ces couples graves de pygmées
Qui savaient, sur la peau blanche d’un tambourin,
Danser si bien la valse en tremblant sur deux crins.Je te revois, plus tard, jouant sur une plage…
Quel âge à ce moment ? Deux ans, pas davantage !
Et tes cheveux toujours retombaient sur tes yeux.
Tu faisais des pâtés dans un seau de fer bleu,
Des jardins dans la mer, des puits dans les oranges ;
Et puis tu composais quelques dessins étranges
Où les gens et les chiens avaient le même nez !
Tous les fruits, près de toi, me paraissaient fanés ;
L’Océan me semblait même fort peu de chose ;
Tu riais tout le temps sous un grand chapeau rose,
Ton petit pied était plus pâle qu’une fleur,
Et, quand je l’embrassais, il marchait dans mon coeur !Plus tard, j’entends, sur le sentier de la montagne,
Ton pas, qu’un autre pas, plus petit, accompagne…
Car, maintenant, tu n’es plus seul, et deux bérets
Passent sous le feuillage ému de la forêt ;
Deux chaises se côtoient, deux pupitres se touchent,
Et j’entends maintenant s’échapper de deux bouches
Le nom diminué que seul tu me donnais ;
Quatre mains maintenant se griffent aux genêts,
Quatre mollets distraits se piquent aux orties,
Et, le soir, lorsque les étoiles sont sorties,
C’est un double galop qui couche les grands blés ;
Et mes baisers aussi, du matin, sont doublés,
Car, auprès de ton lit un autre lit respire,
Dans lequel un doux front qui sait à peine lire
A su résoudre ce problème fabuleux :
Que mon âme soit toute à chacun de vous deux !Flambeau (Féeries de Rosemonde Gérard)
Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
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