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En lisant le poème »Je viens de perdre un ami »,de Bleunuit,j’ai pendé à poster cet article que j’ai écrit le lendemain du départ de mon meilleur ami. Je souhaite qu’il vous plaise:
Lettre à « Outre tombe »
Agadir, le 2 Avril 2003Cher Aziz,
Sois clément envers moi comme tu l’as toujours été et laisse-moi t’écrire cette ultime lettre qu’aucun facteur ne pourra apporter à ta porte, un ange peut-être, une colombe ou une brise nationale ! Tu sais, je sortais de la classe hier à 16 h, impatient d’aller au café de ma monotonie, quand Ahmed est venu me transpercer le cœur avec cette phrase assassine ; «Aziz est mort !» Et puis c’est le néant, l’obscurité, l’abîme. J’ai passé la nuit à regarder tes photos en pleurant. Si mes pleurs pouvaient te ramener à la vie, mes yeux couleraient toute ma vie pourvu que tu restes encore une heure, encore un jour, encore une éternité, pourvu que tu restes comme je t’avais toujours connu, pourvu que tu restes !
Cette maladie soudaine était plus forte, plus forte que ton attachement à la vie, plus forte que notre amour, plus forte que la vie et elle t’a ravi. Tu es parti sans que je puisse te dire Adieu, t’embrasser et t’enlacer. Tu es parti et tu as laissé tous ceux qui t’aiment et te respectent : ta famille, tes amis, tes camarades. Pourquoi es-tu si pressé ? Reste encore un peu ! Pourquoi maintenant ? Pourquoi ainsi ? Chienne de vie ! Y a-t-il une justice ici-bas ? II y a des C… qui vivent cent ans et toi tu pars si tôt, en pleine jeunesse, un matin printanier, le premier avril… Et ce n’est pas un poisson d’Avril ! C’est la vérité atroce et déchirante ! Pourquoi es-tu parti Aziz ? Notre monde ne te convient plus ? Pourquoi me laisser dans ma solitude, dans mon soliloque stupide, perdu dans mon désert nocturne, dans ma solitude, dans mon labyrinthe ? Je sais que tu ne me répondras pas, que tu ne me répondras plus. Maintenant tu t’en fiches ! Les misères terrestres ne t’atteignent plus, tu es désormais à l’abri !
Aziz, sois clément envers moi comme tu l’as toujours été et par¬donne-moi comme tu m’as toujours pardonné : J’ai cru que tu serais enterré à Agadir, la ville où tu as appris la vie. Mais on t’a enterré à Rabat, cette ville qui t’a volé deux fois, quand tu étais vivant et après ta mort ! Même si tes obsèques avaient eu lieu à Agadir, je n’aurais pas eu la force de marcher derrière ton corbillard et les voir te jeter dans le trou ! Oui, Aziz, je suis lâche et je me cache pour pleurer. Mais je te le promets, j’irai déposer un bouquet de coquelicots sur ta tombe et je sais que là aussi je pleurerai et je sais que toi, tu me diras : «Sèche tes larmes petit con et vis ! Vis tant que tu le pourras ! Chante-moi une chanson de Brel ! Lis-moi un de tes poèmes ! Raconte-moi une blague et ris aux larmes ! Sois heureux, la vie est si belle !» Comment pour¬rais-je rire, Aziz ? Après toi, tout est amer, insipide, fade. Comment pourrais-je rire ?
Aziz, sois clément envers moi comme tu l’as toujours été et laisse-moi me souvenir ! Que faut-il dire ? Que faut-il taire ? Par quoi commencer ? Avant de te connaître, ma vie était quelconque pour ne pas dire médiocre, adolescent roman¬tique, maladroit, perdu, timide et indécis. Tu m’as généreusement appris beaucoup de choses. La pre¬mière fois que je suis monté sur scène, c’était avec toi. Tu m’as encouragé à affronter les feux de la rompe. J’étais impressionné par Aziz/1’acteur et je rêvais d’être comme lui. Nous n’avons jamais cessé de jouer ensemble. On est devenu inséparables. Le vent de folie des années soixante-dix nous emportait, tellement nous étions légers, aériens, fous, fougueux, insoucieux, libres, jeunes…vivants ! Le mouvement hippie, les veillées, le cinoche, le lycée, les Pink Floyd, la plage, les filles, les farces, les voyages, les festivals, le rire, l’espoir , les rêves, le soleil, la vie… Nous pouvions tout faire même décrocher la lune, mais elle était si belle là où elle était! Ah, Aziz ! Avec toi, j’avoue que j’ai vécu. !
Tu étais constamment là pour me conseiller, me pousser, ne réconforter, me motiver et m’enseigner. Tu m’as fait connaître Nass El Ghiwane, cheikh Imam et Marcel Khalifa. Tu m’as fait aimer la poésie arabe et la voix d’Oum Kaltoum. Tu me parlais des philosophes et moi je te parlais des poètes.
Tu m’as initié à la politique et au militantisme. C’est toi qui m’as fait adhérer à la Jeunesse Socialiste et au P.P.S. C’est toi qui m’as appris les principes de liberté, la quête du changement, le sens de la critique et la bourrasque de la révolution. Tu m’as appris à m’insurger contre toute oppression et toute exploitation. Tu m’as appris à dire non à la dic¬tature, à l’extrémisme, à la ségrégation et au mal sous toutes ses formes et avec tous ses masques. Tu m’as appris à aimer la beauté, le vol d’une hirondelle, l’innocence, le coucher du soleil, le sourire d’un enfant, la fidélité d’un ami, la puis¬sance du vent et la tendresse d’une mère. Avec toi, j’ai appris à vivre dignement, honnêtement, fièrement, debout, à ne pas plier l’échine devant qui que ce soit, à devenir un homme ! Tu n’as jamais cessé de donner sans compter et moi je n’ai jamais cessé de prendre avidement. Mais la perle la plus précieuse que tu m’as donnée, c’est ton Amitié ! Oui Aziz, je suis fier d’être ton ami, toi qui étais l’ami de tous, toi qui avais le cœur plus vaste que l’univers. Philanthrope et altruiste, tu aimais même ceux qui te faisaient du mal. Si tu avais été un jour sous la torture, je suis sûr que tu aurais aimé même ton tortionnaire !
Aziz, durant ton bref passage ici bas, tu as tellement milité, tellement souffert, tellement enduré, telle¬ment trimé… pour les autres. Tu n’as rien eu, tu n’as jamais rien gagné, tu n’as jamais pensé à toi. étais-tu un être humain ou un ange? Humble et modeste, sans outrecuidance et sans vanité, avec abnégation et dévouement, tu t’es donné corps et âme à tes principes, à ton parti, à ta patrie, à tous les opprimés du monde pour que le soleil luise pour tout le monde. Tu as milité sans jamais te plaindre, sans gémir, sans te reposer… Maintenant, Aziz, tu t’en vas à l’autre monde un jour de printemps. C’est dur de mourir au printemps, je sais. Mais tu pars aux fleurs la paix dans l’âme. Tu veux qu’on rie, tu veux qu’on danse quand c’est qu’on te mettra dans le trou… repose-toi en paix mon ami, mon frère, mon camarade, mon complice, mon confident, mon compagnon… Et sois sûr d’une chose, Aziz, sois sûr que nous ne t’oublierons jamais. La chanson dit : «Tu vivras tant qu’on t’aimera» et nous t’aimons. Nous te porterons dans le cœur pour toujours. Tu seras toujours avec nous dans nos joies et dans nos déboires, tu ne nous quitteras plus… Et ne me dites pas, ne me dites surtout pas : «Aziz est mort !» Aziz, est vivant… dans nos cœurs !
Adieu camarade, Adieu l’artiste !Albayane, Samedi 19 Avril 2003
Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
Et je ne suis plus le naufrag?!
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Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
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