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Sujet
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0 – Ce premier relevé c’est toi qui le traça
Sur la carte Orientée
De par ta volonté.1 – Bien des ans en amont nous l’avions évoqué
Ce possible voyage, cette belle équipée
Dans les senteurs marines
Des heures ultramarines
Phosphorescentes eaux
Indicibles abyssaux.2 – Bien des routes tracées sur nos cartes imagées
Anticipant les vents,déraillant nos nuitées
Quant ta règle bien à plat
Révélait ce nom Cras
Nos regards se croisaient
La même fièvre brûlait.De ne pas nous aimer ou du moins pas encore
C’était là notre aimant, notre tendre désaccord.3 – Ce cap tu le tins fière car ces années entières
Il bouleversa tes nuits en de vastes croisières
Dans tes songes submergés
Par l’embrun redouté
Tu affalais les voiles
Sous le ciel de ton lit.4 – Affûtant nos réglages comme on recale sa vie
Sous les vents forcissant notre allure courait.
Nous croisâmes Corfou et ses pierres brûlées
Nous songeâmes à ces portes que l’Orient nous ouvrait.La vague était légère et nous philosophions
Sur le pont discourait Socrate et ma compagne
Sous la bôme tangonnée, Platon et moi savions
vers la Grèce nous voguions et toutes ses campagnes.5 – Puis ce fut Port Vathy, mon rêve, mon illusion
Elle barrait les moulins, ceux qui nous furent offerts
De leurs bras en ailes nous signalant la passe
Nous entrâmes dans le port comme dans une Odyssée !Quand nous fûmes à l’ancre, les bouts bien lovés
Comme elle me prit la main, elle m’offrit un baiser
En me précisant bien de sa voix policée :
« Ici je t’offre Ulysse, celui de ton enfance
Ses nefs énamourées, ses navires en partance
Nous venons de l’abysse et toutes ses outrances
Mais demain je tairai que tu m’es attirance ».6 – Dans le diapré moiré du flot dégouliné
J’ai vu son corps brûlé par la vague léché
Toutes ces eaux festonnées
Sur son corps affamé
Disaient plus sur la vie
Que toutes nos envies.Puis vint la nuit démente aux mille vagues hurlantes
Infâmant les bateaux,vomissant des sanglots
Nos toiles arrisées, nos regards extasiés
Nous mîmes à la cape
Puis partîmes en fuite.
Mais toujours le dragon bouillonnant les sillages
Creusait des précipices sous l’étrave entravée.Puis vint la nuit tragique par ces vents provoquée
Déboulant en fusant des loins hyperborés
Du démon à l’encan quand l’assaut renforcé
Toujours vitupérant les marins arrimés
Fracassa le navire sur ta tempe enfoncée
C’est la nuit qui saigna
Son sang noir dans la mer
Son sang rouge dans l’aube.Alors la fureur nous laissa
Et le carnage du bateau cessa
Mais la pluie dégouttait encore
Comme de ta plaie coulait cet or.Lovée contre mon corps tu réchauffais tes maux
Quand nous nous réveillâmes dans l’ombre du bateau.
Comme un poulpe trempé, tu agitais tes membres
Cette image te fit rire, tu savais mon désir.
Alors d’autorité feignant l’intempérance
Tu m’intimas l’ordre de vaquer aux urgences :
« Ne venons-nous pas de risquer le naufrage ?
Pourquoi par amour oser d’autres outrages ? »Pour ce beau capitaine, je déchiffrais la carte
Mais le contour des caps dessinait tant son corps !7 – Connaissez-vous le froissement des eaux
Comme une étoffe froissée sur le grain de sa peau;
Ce sillage moussu vers l’ineffable Orient
Ce possible gréé comme un navire marchand
A la proue de l’esquif
Cet Ulysse incisif
Cette figure de proue
Et moi barrant la roue.8 – Plus l’ Orient approchait et plus elle s’approchait
Dans la nuit de Pergame sous ce ciel basculé
Elle me dit que d’ Ephèse, elle avait tout appris
Qu’il serait difficile d’envisager l’ Après.Dans sa voix tant d’écho,un désir de sa main.
Sa peau était brûlée par tant et tant d’embruns.
Le sillage de ses mots dessinait des pensées.
Elle me dit qu’elle avait sacrifié à l’oracle
Sur la colline sanctifiée qui connut la débâcle.
Elle me dit que d’ Illion survivait des Hellènes.
Mais je sais qu’ Aujourd’hui ce ne fut que blasphème.9 – Je n’ ose ici écrire que c’est tribord amure
Que les Vents nous imposent car toujours ils disposent.
Car c’est alors vous dire que l’ Ouest nous murmure
Que la chevauchée lente sur la vague de ma prose
Prend sa fin Ici-bas et que vers l’Origine
Que l’écheveau dévide de ces noeuds décomptés
Il nous faut retourner et comme je l’imagine
Retrouver fracassées ces Stèles du Passé.0 – Ce vrai baiser c’est toi qui premier le donna
Quand l’erre Occidentée
Nous ramena à quai.
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