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Sujet
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La boîte dans laquelle je suis responsable
des achats se porte plutôt mal.La crise financière ne l’a pas épargnée. Le Boss
a fait un discours des plus convainquant.Le groupe d’investisseurs veulent des résultats,
il faut faire des efforts de rentabilité.Bien sûr les ouvriers en ont pris pour leur grade.
Ils sont toujours prêts à faire un arrêt de travail
injustifié!Le Boss, a annoncé la suppression de plusieurs
postes ouvriers. Nul n’a bronché parmi les cadres
et les employés .Voilà les fautifs, me suis-je dis tout bas, tant que
nous ne sommes pas touchés…J’apprends que les cadres seront obligatoirement
en congé sans solde à partir de demain, pendant
que le personnel ouvrier sera en chômage économique.Nous sommes tous abasourdis, nous les nantis de
l’entreprise de pointe.Comment cela est-il possible ? Comment vais-je annoncer
cela à Virginie ?Nous écoutons le reste des résultats de la boîte qui sont en
dessous des prévisions .Personne n’ose intervenir, le patron a la parole divine.
Mon égo n’accepte pas ce chômage déguisé.Depuis quinze ans, je suis le cadre modèle. Si je me
retrouve chez moi pendant une semaine, que pensera
mon entourage ?Et Virginie, elle qui est si brillante à l’université, que
va-t-elle penser ? Ma décision est prise : je ne dirai rien !Enfin, cette maudite journée s’achève sans un mot aux
collègues.
Je monte dans l’Audi A4 en leasing et fonce à vive allure .Bon sang, demain je ne travaillerai pas !
Virginie est dans la cuisine, je lui fais la bise.-Tu m’a l’air tracassé mon chéri ?
-Non, penses-tu ? Je vais dans le salon prendre un cognac.
j’ai eu une dure journée.Le matin, je fais comme d’habitude.
-Ah oui, ma chérie toute la semaine j’irai au boulot un peu
plus tard.-Rien de grave ?
-Non, Dechâtelle m’a demandé de venir plus tard, il doit
conduire sa fille à l’école car sa femme est souffrante.-Bien, bien, je te laisse, je suis à labour.
Pas question que je reste à la maison, je décide de me
rendre au centre ville. Là, je flânerai jusqu’à 16heures.Je m’assieds sur un banc de la place Saint-Lambert.
La ville fourmille d’activité, moi je suis seul.Un individu vient s’asseoir à l’autre bout du banc.
Vêtu en haillon, il m’a tout l’air d’un SDF.Pourtant il se dégage de lui une certaine classe que
je ne peux m’expliquer. Je replonge dans mon journal.-Bonjour Monsieur.
-Bonjour !
Pourquoi diable m’adresse-t-il la parole ?
Nous n’avons rien en commun !-Il fait beau pour un mois de mai ?
-Oui en effet.
-Vous travaillez dans quel secteur ?
J’hésite, je ne veux pas lui répondre, nous ne sommes
pas du même monde.-Dans les achats, je suis cadre.
-Ah, comme moi
-Vous rigolez je suppose ?
-Non, je voulais vous dire que moi aussi j’ai été cadre.
-Dans quel secteur ?
-La chimie, je suis ingénieur.
-Comment en est-vous arrivé là ? Si ce que vous me
dites est la vérité ?-C’est une longue histoire, j’avais une situation
une famille, je roulais sur l’or.Un jour j’ai perdu mon job, cela a été la descente
aux enfers, j’ai tout perdu en quelques mois.Maintenant, je suis bien…
Je ne crois pas un traitre mot de ce qu’il me raconte.
S’il est ingénieur en chimie je le saurais rapidement.
Ce qui me confortera sur mon idée-Dites, pourriez-vous m’expliquer le processus de la
galvanoplastie ?-Je vois, vous ne me croyez pas ? Cela n’est pas grave,
c’est en parlant avec vous que vous serez convaincu.-Bien, pourquoi dites-vous que « Maintenant, je suis bien » ?
Cela me semble ridicule au vu de ce que vous êtes devenu.
-Vous savez, ce qui importe, c’est de trouver la paix intérieure.
-Mais vous ne pouvez pas vivre comme ça !
-Pendant vingt cinq années, j’ai vécu dans un monde fait
d’apparence.La maison, les amis, le boulot etc.
Tant que je rapportais à quelqu’un, ça roulait.
Maintenant, je n’ai plus rien, quand on vient me voir c’est
pour moi ! Mon nom de rue est Frédo.-Et bien Frédo, ressaisissez-vous ! Pensez à vos enfants au
moins !-Et bien Frédo, ressaisissez-vous ! Pensez à vos enfants
au moins !-Je pense à eux ! Je les aime de tout mon cœur de père.
-Sont-ils fiers de vous ?
-Oui, souvent ils viennent me voir. Je les aide du mieux
que je peux.-Décidément votre univers est bien loin du mien.
Pour moi, la réussite est primordiale.-Ne passez pas à côté de l’essentiel, connaître l’homme
est bien plus intéressant que les biens matériels et la
réussite professionnelle.Mais comment vous appelez-vous ?
-Est-ce si important pour vous ? D’ici une heure nous ne
nous verrons peut-être plus jamais.-Je sais que j’ai touché votre fierté. J’insiste quand même.
-Soit, je me prénomme Jean.
-Enchanté de faire ta connaissance Jean.
-Frédo, je voudrais vous aider. -En quoi ?
-A vous en sortir.
-Me sortir d’où ?
-Bon Dieu, de la rue, de la précarité dans laquelle
vous êtes.-Médites ce que je t’ai dit sur mes valeurs et qui sait ,
demain peut-être nous en reparlerons.Je dois m’en aller Jean, mes amis m’attendent au
restaurant du cœur.Prends soin de toi, car un cadre assis sur un banc ce
n’est pas normal.Je n’ai pas le temps de répliquer qu’il est déjà partit.
Qu’il est dur de tuer le temps ! Après de longues promenades
il est enfin seize heures.Je vais rechercher l’A4 et rentre à la maison.
Virginie n’est pas encore rentrée, je prends un verre
de cognac.Frédo ne sort plus de ma tête, il s’insinue dans chacune
de mes pensées.Oui, que suis-je devenu ? Suis-je véritablement heureux ?
Mes amis seraient-ils là si je perdais mon job ?
Virginie que j’aime tant, saura-t-elle me soutenir ?
Les questions se succèdent dans ma tête mais sans
aucune réponse.Sacré frédo, il a semé le doutes dans ma tête.
Le lendemain, une envie irrésistible me pousse à aller
m’asseoir sur le même banc dans l’espoir inavoué de
revoir Frédo.Durant des heures je scrute les environs, mais rien de
rien, pas de Frédo!A la maison, je fais comme si tout allait bien.
J’en fais même de trop !Cette conversation n’a pas été le fruit du hasard.
Moi qui veux sauver Frédo… alors que c’est moi que
l’on devrait sauver.Cette vie que j’ai construite m’a l’air futile.
Je suis super bien fringué et pourtant à l’intérieur
je suis un SDF.Il est presque seize heures, je ne verrai pas Frédo !
Je me lèves, une main m’agrippe par derrière, c’est Frédo.
-Pas le temps de t’expliquer, il faut que je te présente aux
potes de la rue.
Ne poses pas de question, en route.-Prenons ma voiture.
-L’homme n’est pas né avec quatre roues à la place des
pieds.-Ma femme ?
-Tu lui mentiras comme tu le fais déjà.
-Comment sais-tu…
-Ah nous voilà le long de la Meuse, je les aperçois.
Vite, vite, pressons-nous, ils vont s’en aller.
Aujourd’hui ils ont beaucoup à faire.-Tu rigole ? Des SDF qui n’ont pas le temps ?
-Tu comprendras…
Nous marchons un centaine de mètres avant de
rejoindre le groupe.
Ils sont tous en haillon, il y a un fait qui m’interpelle ;
je ne vois pas d’alcool.-Salut les potes ! Je vous présente Jean.
Les regards sont surpris, ils ont envie de me poser la
seule question qui s’impose.
Que fais-tu ici ? Et d’affirmer ; tu n’es pas de notre monde.Pas un mot !
-Jean, je te présente Fanny, Mimi, Totor, Yousse, Lino.
-Enchanté de faire votre connaissance.
-Frédo, faut qu’on y aille.
-Oui, je sais, on y va.
Je les suis, une force irrésistible me pousse. Je ne connais
pas le but de cet empressement.
Tout ça a l’air si important ! Nous marchons d’un pas rapide
vers la gare.-Frédo, pourrais-tu me dire ce que vous allez faire ?
-Nous avons une copine, Cricri, qui est malade.
Il faut des sous pour ses médicaments car le centre
d’aide social ne prend pas en charge la totalité des frais.
Nous allons donc faire la manche.-Quelle est sa maladie ?
-Un cancer du sein.
-Frédo, tu sais,j’ai beaucoup d’argent, je peux t’aider.
Vous n’avez pas besoin de faire la manche.-Voilà pourquoi je voulais que tu sois parmi nous.
Pour nous, lui venir en aide, c’est de participer, être
solidaire.Tu vois ?
C’est dur de faire la manche, tu verras.
Oh ! Je ne te demanderai pas de participer mais juste de
regarder.Il faut sauver ton âme mon ami…
Je me poste de l’autre côté de la rue, le spectacle en valait
la peine.
Non ce n’est pas grotesque ! Les gens sont plutôt sympas,
cependant il y en a qui n’ont aucun scrupule pour les rabrouer.Je me dis : « soit tu donnes, soit tu fais un sourire et tu dis non ».
Je vais près de Frédo, il a un mot gentil pour chaque personne.
-Pourquoi ne pas dire le but de votre quête ?
-Les gens ont leurs problèmes, pour le reste cela fait partie de
notre intimité.-je ne comprends rien à vos affaires, je m’en vais !
Virginie m’attend avec son sourire toujours radieux.
Elle s’est inquiétée de mon absence.-Tout va bien ?
-Oui, j’ai eu beaucoup de boulot.
Le lendemain, j’évite notre lieu de rencontre, je vais
m’asseoir dans un parc.Je repense aux deux jours précédents. Faire une collecte
pour une amie malade, c’est géant !Mais cette pudeur pour moi est mal placée et me dérange.
Ils sont pauvres et pourtant c’est moi qui doute de ma vie.
Suis-je l’homme que je parais être ? Jamais mes objectifs
n’avaient été mis à mal.Toute la journée cette idée me torture l’esprit. Finalement il
manque quelque chose à ma vie.Je ne peux mettre le doigt dessus.
Dernier jour d’inactivité depuis quinze ans. Je n’y tiens plus,
il faut que je revois Frédo.Je me rends au banc et j’attends.
Après des heures d’attente quelqu’un s’assoit près de moi.
-Enfin, te voilà…
-Oui, j’ai une mauvaise nouvelle, Cricri est décédée hier.
Elle ne supportait pas son traitement, elle s’est donnée la mort.
-Voilà mon ami, maintenant je suis seul, ma compagne est partie
rejoindre les anges.Elle a tant fait pour moi et les autres, nous sommes comme des
orphelins.Cricri aimait rire, donc je ne serai pas triste même si mon cœur
pleure des larmes de sang, tellement ma douleur est forte.Je suis muet, je ne sais que dire. Je voudrais tant le consoler,
mais il n’est pas homme à l’accepter.C’est lui qui prend la parole.
-Mon ami, c’est toi que je dois sauver maintenant.
Je sais que tu t’es remis en question et ça c’est bien !
Tu va retourner au boulot, ne changes pas ta vie.
Change ta façon de voir les gens, vas au-delà des apparences.
Tu es un homme bon, soit le pour les autres aussi.
Vois celui qui est en dessous de toi. Consacre une partie de tes
temps libres aux autres qui sont parfois en souffrance.Nos chemins vont se séparer, c’est mieux ainsi.
Non, ne me dis rien, car tout a été dit.Un autre ange t’attend à la maison, je le sais.
Et puis il serait temps que tu pense à un futur petit ange…
Bonne vie, adieu.Je n’ai plus jamais revu Frédo, il a lu en moi comme dans un
livre ouvert.Je suis devenu un autre homme. Parfois il me manque tellement !
J’aimerais tant lui parler dans les moments de doutes .
Un an jour pour jour, Virginie a mis au monde notre petit ange.
Nous l’avons appelé Frédo.
Pour le reste je me suis investi dans une association d’aide aux
personnes démunies .Enfin, je peux dire que je suis heureux.
FIN
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