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Seule dans le noir

  • Ce sujet contient 6 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoFacillire, le 04-03-2010 15:45.
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  • #2610161
    Plume de platine
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    Avatar photoFacillire
      • Sujet: 363
      • Réponses: 4015

      [img align=right]http://3.bp.blogspot.com/_6mn3O_rDpIM/RgSfd6rlB5I/AAAAAAAABnU/cYFoAIqUXFI/s400/aishwarya-voile.jpg[/img]
      La maison s’est vidée du détritus qui la souille tous les jours.
      J’ai enfin le droit de penser à mes blessures.

      Le seul endroit qui me convienne est le grenier, car il me semble
      que de là je suis plus proche de maman.

      Tout mon corps n’est qu’une meurtrissure.
      Mes idées sont coupables, mais de quoi ?

      Je suis loin des contrées vertes de mon enfance et des montagnes
      protectrices qui m’ont nourrie.

      Cet amour qui s’est éteint voici plusieurs mois est à l’origine de
      mes souffrances.

      Heureusement que mon voile ne me quitte jamais, lui seul me
      rattache encore à mes racines.

      Je suis dans ce pays depuis dix mois, il y fait toujours sombre,
      il n’est pas le mien .

      L’amour qui devait être tendre à fait place à la brutalité sans que
      je m’en rende compte.

      Enfin je suis seule ! J’aimerais tant pleurer, mais les larmes telles
      des égarées du désert ne trouvent pas le chemin de mes yeux noirs.

      Oh oui, je le hais ! Chaque coup qu’il me porte meurtri mon âme,
      c’est à ces moments que je pense à mon ange protecteur, papa,

      qui tant de fois m’a sauvé dans ma jeunesse…

      La nuit est de la couleur de mon couvre chef, je tremble non pas
      de froid mais de culpabilité.

      Mon âme crie mais personne ne l’entend, je suis seule dans le noir!

      Tout ce qui m’arrive est de ma faute, je n’ai pu être l’épouse modèle.

      Honte à moi ! Lui s’en est allé à son boulot de nuit, il est vingt trois
      heures.

      Mon coin, comme il aime dire, n’a aucun confort, je suis assise à même
      le plancher, le dos appuyé contre le mur froid.

      Que je suis laide ! N’ai-je donc aucune beauté d’âme ?

      Mon voile glisse tout à coup sur mes épaules, mes mains tremblent
      de peur, s’il avait été là, j’aurais été roué d’autres coups.

      Je veux le remettre mais mon bras me fait trop mal .

      Un mouvement de contorsionniste me permet de le remettre
      en place.

      Oh oui! Je le déteste de tout mon être. Les paysages merveilleux
      de mon pays finissent par me plonger dans un sommeil duquel
      j’aimerais ne plus me réveiller.

      Le fardeau de mon corps, tel une énorme plaie me réveille vers
      quatre heures du matin.

      Suis-je encore là ? Une seule idée me hante : est-il revenu ?

      Non, il ne rentre qu’à six heures trente.

      Je descends les étages, mon regard fuit la chambre à coucher.

      Cette pièce est hideuse et comme moi, elle est souillée.

      Enfin me voilà dans la salle de bain, je me dévoile devant le miroir.

      Est-ce moi dans le miroir ? Non, bien sûr !

      Un être humain ne ressemble pas à cela!

      Il faut que je lave ce corps qui lui est bien le mien car hier mon
      sang a coulé .

      Je le frotte si fort qu’il saigne à nouveau.

      Mes larmes sont-elles des gouttes de sang ?

      Après mes ablutions, je remonte au plus proche du ciel ;
      dans le grenier.

      J’ai du temps devant moi. Seule dans le noir, je me sens un peu
      plus femme.

      Si quelqu’un pouvait m’entendre, je pourrais peut-être m’échapper.

      Toutes les fenêtre sont condamnées,impossible de sortir.
      Et puis qui pourrait me comprendre? Je ne parle pas la langue du pays.

      voici dix mois que je suis enfermée. Pour lui,une femme ne peut-être vue
      que par son mari.

      La porte sonne, cri terrible qui déchire ce noir qui me protégeait.

      C’est lui! Mes mains tremblent à nouveau.

      Elles veulent me dire de m’en aller. Où irai-je ?

      Je descends le plus vite possible, mes jambes sont
      si frêles et douloureuses.

      J’ouvre la porte .C’est lui ,tel qu’il était hier.

      -Soyez le bien venu dis-je.

      -Tu as été lente. Chienne que tu es. J’ai faim, prépare moi un repas.

      -Mon bien aimé n’iriez-vous pas dormir ? Vous venez de passer une dure nuit de travail.

      -C’est moi qui commande ici.

      Je prends un violent coup de poing dans la figure.

      -Ca t’apprendra.

      Je tombe à ses pieds en lui demandant mille fois pardon.

      C’est avec une bouche en sang que je lui prépare son repas.

      Une fois servi, je dois rester immobile près de lui.

      La loi de la maison est ainsi faite!

      -Etes-vous satisfait?

      -Ca peut aller.

      -Alors pourquoi me battre de la sorte ?

      Je suis un être humain, votre épouse, celle qui autrefois vous
      chérissiez.

      Le maître devient furieux, il me bat sans retenue .
      Je ne suis plus qu’un vulgaire sac dans lequel il donne des coups
      de pieds violents.

      Dans un geste de défense, je m’enroule autour de mon voile pour
      me protéger, je suis alors seule dans le noir.

      Je ne sens plus les coups car j’ai perdu connaissance.

      Mon âme prend une liberté qu’il n’avait pas connu depuis longtemps .

      Je revois papa, mon protecteur, qui pour me protéger du soleil ardent
      me donnait son chapeau de paille.

      Comme il sentait bon sa transpiration, ce vieux chapeau.

      Il me caresse la joue, puis brusquement s’arrête.

      -Qui t’a fait ça, ma petite ?

      -Ce n’est rien papa, une mauvaise chute.

      -On va soigner cela tout de suite. Ses mains pourtant calleuse sont si
      douces qu’elles me soulagent. Je suis si bien avec papa!

      -Mais où est maman ?

      -Au ciel mon amour.

      Tout à coup une voix inconnue m’appelle.

      -Madame, vous m’entendez ?

      Je ne comprends pas ce langage. C’est peut-être mon ange gardien ?

      -Madame, vous m’entendez ?

      Je réponds en dialecte Pastoune.

      – Je suis prête ange gardien, je sais que je dois vous suivre.

      -Fatima, vous m’entendez ?

      J’ouvre les yeux, je vois un ange habillé en blanc mais sans ses ailes.

      -Bonjour Fatima, ça va aller maintenant me dit-elle en me caressant
      le visage.

      Vous avez été gravement blessée, je suis d’origine Pastoune comme vous.

      Tout ira bien maintenant.

      Je suis dans une chambre blanche, avec des instruments médicaux.

      Le soleil illumine la chambre, je réalise alors que c’est une infirmière
      qui me tient la main. J’ai des bandages partout, le bras et la jambe gauche
      plâtrés .

      J’ai des côtes cassées. L’infirmière m’apprend que j’ai été dans le coma
      pendant deux jours. Je tiens si fort sa main qu’elle finit par s’asseoir.

      -Ne me quittez pas mon ange, j’ai très peur.

      -Je ne suis pas un ange, je m’appelle Ayché.

      -Vous êtes si gentille, protéger moi de lui.

      -De qui parlez-vous Fatima ?

      -Qui m’a amené ici ?

      -Votre mari bien sûr !

      -Ayché, protégez-moi, je vous en supplie.

      -Oui bien sûr mais de qui ?

      Je dois me taire. Chez nous, on ne critique pas son mari
      à une autre Pastoune.

      On se doit de l’honorer lui et toute sa famille.

      -Bien, bien, je vais vous laisser maintenant, votre mari
      ne va pas tarder. Il s’est fait beaucoup de soucis.

      Il n’a pas cessé de nous parler de vous.

      Vous en avez de la chance!

      -Qu’est-ce qui m’est arrivé ?

      -Vous êtes tombée des escaliers, votre faiblesse physique
      a sans doute provoqué une chute de tension.
      Bon à tout à l’heure.

      Il m’a transporté à l’hôpital, lui, mon maître. Comme je le hais !

      Mes mains tremblent, elles me parlent de nouveau.

      Taisez-vous donc! Vous voyez bien que je suis seule.

      Il a tout orchestré ! Alors taisez-vous !

      Quelqu’un frappe à la porte. Elle s’ouvre sans mon consentement.

      C’est lui, oui c’est bien lui ! Il ose venir après tout ce qu’il m’a fait.

      -Bonjour, mon épouse chérie me dit-il. Est-ce que tu vas mieux ?

      Quelle question ! Il m’a rendu en bouillie et il me demande si ça
      va mieux.

      Je ne réponds pas. Mon regard est tourné vers la fenêtre.

      Mon silence est la pire des insultes.

      C’est alors que l’inattendu se produit, il me supplie de le pardonner
      et de ne rien dire dans ce lieu étranger.

      Il prend ma main doucement, la couvre de baisers.

      Des larmes coulent sur ma peau. Ce sont de piqures acides qui me
      font souffrir.

      Mon silence reste implacable. Il ne me quitte pas, ma main meurtrie
      est dans l’étau de sa main.

      Oh oui! Comme je le hais!

      Enfin, Ayché entre.

      -Bonjour Monsieur. Vous pouvez être rassuré maintenant, votre femme
      est en de bonnes mains.

      -Mille fois merci dit-il.

      -Ne restez pas longtemps, il faut que Madame se repose.

      -Bien sûr, d’ailleurs j’allais m’en aller.

      Il profite de la présence d’Ayché pour m’embrasser.

      Mon corps se révulse sans que je puisse faire quelque chose.

      Mes mains libres, tremblent à nouveau. Elles refusent d’être
      touchées par lui.

      Enfin, celui que je ne veux plus nommer s’en est allé.

      Ayché me prodigue les soins nécessaires à mon état.

      Qu’il est doux de se faire soigner. Je suis redevenu une personne.
      J’ai retrouvé mon nom.

      -Je ne vous fais pas mal Fatima ?

      -Oh non, ici je me sens bien malgré mes douleurs.

      -Fatima, vous êtes très forte.

      -Oui, c’est grâce à vous. Ayché, vous, ma bienfaitrice,
      vous êtes la seule à pouvoir m’aider.

      Je lui ai raconté toute mon histoire. Elle n’hésita pas un instant
      et appela la police.

      Elle traduisit tout ce que je disais.
      La police me mis en contact avec une association de femmes battues.

      Je leur en ai parlé pendant des heures et des heures.

      Enfin j’étais libre ! La police lui interdit toute visite.

      Je découvris qu’ici, il y avait des gens chaleureux comme chez moi.

      Le soleil brille à nouveau, et ça c’est merveilleux.

      Dès ma sortie de l’hôpital, j’ai été prise en charge par l’association.

      J’ai appris le français, et surtout que j’avais des droits.

      Les femmes de l’association ont été fantastiques, j’ai même un boulot.

      Il me reste à me reconstruire, personne ne me battra plus jamais!

      J’ai encore du mal à parler aux hommes qui me trouvent très jolies.

      Un jour peut-être je ferai confiance à l’un d’entre eux.

      Quel pays fantastique, il y pleut souvent mais le soleil est dans le cœur
      des gens.

      FIN

      A toutes les femmes,car sans elles que serions-nous? [img align=right]

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    • Auteur
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      • #2778696
        Plume de platine
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        Avatar photoFacillire
          • Sujet: 363
          • Réponses: 4015

          Coucou Irma,

          Merci pour ce beau message qui me touche énormément.

          😆

        • #2778701
          Plume de platine
          ★★★★★☆
          Avatar photoFacillire
            • Sujet: 363
            • Réponses: 4015

            Bonjour Automne,

            Je suis ravi de te lire,ton appréciation est bien juste!

          • #2778725
            Plume de platine
            ★★★★★☆
            Avatar photojaicemail
              • Sujet: 636
              • Réponses: 2205

              Bravo !
              Un texte qui percute !
              Amitiés

            • #2778767
              Plume de platine
              ★★★★★☆
              Avatar photoFacillire
                • Sujet: 363
                • Réponses: 4015

                Merci Taurus pour ce message plein d’émotion 😆

                Merci aussi à toi Jaicemail de suivre mes écrits. 😆

                Toutes mes amitiés à vous.

              • #2778824
                Plume de platine
                ★★★★★☆
                Avatar photoFacillire
                  • Sujet: 363
                  • Réponses: 4015

                  Bonjour Futuna,

                  Oui,tu as entièrement raison.Une main est faite pour
                  construire,aimer,consoler….

                  Jamais la main de l’homme ne doit être levée sur une femme

                  et encore moins sur un enfant.

                  J’aimerais modestement par le biais de ma nouvelle, aider

                  toutes les femmes qui subissent des mal -traitances à enfin

                  s’exprimer et dénoncer celui qui ne les respecte pas!

                  Grâce à vos témoignages,je suis persuadé d’avoir eu raison

                  d’écrire sur ce sujet.

                  Amitiés à toi et à toutes.

                • #2778889
                  Plume de platine
                  ★★★★★☆
                  Avatar photoFacillire
                    • Sujet: 363
                    • Réponses: 4015

                    Merci chère Capucine,

                    Ton avis m’est précieux, de plus il est tellement bien écrit.

                    Je suis content que ma nouvelle suscite tant de messages.

                    Nous les hommes,que serions-nous sans les femmes?

                    Amitiés.

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