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Sujet
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Je suis tellement las ! Le désert a regagné sa froideur.
J’ai dressé ma tente après avoir donné à manger à
mon dromadaire.
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Brusquement, le silence est déchiré par un cri !
Un homme, un géant habillé de vêtements bariolés,
baragouine des mots sans fin, dans une langue étrangère.Je veux lui offrir du thé, gage d’hospitalité. Il m’ordonne
de me mettre face contre terre, un fusil pointé sur moi.Je m’exécute, je lui dis qu’il est le bienvenu. Il n’en a cure!
Son langage est celui de la guerre, il ne me comprend pas.
Pourtant, mon dialecte est très connu …Il finit par baisser son arme, ses yeux se perdent dans le vide
astral. Je ne suis plus une menace pour lui!Je lui propose de palabrer, malheureusement, il a perdu le
sens du parler. Il est devenu comme son arme, froid et noir.Je lui montre le feu du bivouac, je lui sers du thé pour réchauffer
son corps et son cœur.Nous buvons ensemble, il dépose enfin son arme.
Malgré nos différences, il me dessine sur le sable une famille,
la sienne.Je lis dans ses yeux ; toutes ses pensées sont hantées par la peur.
Je lui montre les étoiles mais ses yeux ont perdu le sens du beau !Il me dessine sur le sable un aigle. Je comprends qu’il me parle
de ses frères d’armes tombés dans une bataille.Il me tend la main en me disant qu’il s’appelle John.
Je lui serre la main et je lui dis que je suis Abdullah fils
d’Abdullah et petit-fils d’Abdullah.Il rit si fort que le désert gêné, absorbe son rire outrancier.
Je découvre que John parle un peu ma langue.C’est un petit garçon qui lui a appris.
-Pourquoi rire de la sorte ?
-Je ne sais pas. La guerre m’a usé, je ne suis plus un homme.
La mort m’a transformé. J’ai tué des gens comme toi,
et maintenant je suis assis et je palabre avec toi.-Ami, il te faut nourriture et repos.
-Non Abdullah, il faut que je rejoigne mon régiment.
-Ami ! Le désert est plus fort que l’homme, il ne faut
pas violer sa nuit, lui aussi veut se reposer!Les spectres te hanteront, Allah est grand, ici sous ma
tente tu seras bien.Nous mangeons une galette de pain accompagnée de viande
séchée.John me montre la photo de ses enfants à la lueur du feu.
Il est ému, car son cœur pleure leur absence.-Abdullah as-tu des enfants ?
-Ami, les miens sont au près de Dieu. Ils ont été tués par
des guerriers venus d’un lointain pays.
Ils ont dit que nous étions des terroristes.Ami, suis-je un terroriste ?
-Non, tu es un nomade inoffensif.
-Pourquoi m’appelles-tu ami ? Des soldats comme moi ont
tué ta famille.-La haine, guide les pas du nomade vers l’inconnu.
Tu es un ami car tu partages
ma nourriture et ma tente.-Je t’ai menacé de mon arme pourtant !
-Le nomade se doit de porter assistance aux égarés du désert.
Allah est grand, nous sommes ses enfants.-Que tu es tolérant !
-Je ne suis que l’humble serviteur du tout puissant.
-Moi, j’ai haïs les terroristes car ils ont tués lâchement
mes hommes. Je ne saurais pas faire comme toi.-Ta foi est faible, la guerre t’a enlevé une partie de
ton humanité.Si tu pardonne, ton cœur sourira à nouveau.
-Le tien sourit-il ?
-Oui, bien sûr ! Ce qui est arrivé à ma famille est la
volonté de Dieu.Peut-être mes paroles sauveront-elles ton âme ?
Tu rentreras dans ton pays lointain et tu raconteras
comment est mon peuple.Ami, il est tard ! Allons dormir, la route est longue demain…
Quand je me suis réveillé pour la prière, John n’était plus là !
Sur la selle de mon dromadaire, j’ai trouvé la photo de sa
famille et un paquet contenant un petit livre.Plusieurs jours après, j’ai appris que c’était son livre Saint ; La Bible.
FIN
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