Oasis des Artistes. Le plus beau site de poésie

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

DELIRE !

  • Ce sujet contient 2 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photopierwatteble, le 04-10-2010 21:27.
  • Créateur
    Sujet
  • #2611424
    Plume de platine
    ★★★★★☆
    Avatar photopierwatteble
      • Sujet: 2259
      • Réponses: 2995

      DELIRE !

      Que d’étranges réflexions, parfois ! L’heure tardive est-elle propice à leur survenue ? A moins que ce ne soit la vigilance qui baisserait la garde ? Bref, ce soir là, j’en étais à me resservir une énième tasse de café- chez nous, au nord, on dit une-tasse-de-jus ; ma grand-mère utilisait ces cafetières anciennes qui traînaient des heures durant sur un rond de poêle ; après l’avoir moulu à l’aide d’un moulin à main, qu’elle tenait serré fermement entre ses genoux, elle en versait la poudre- à laquelle elle ajoutait quelques grains de chicorée- dans une sorte de chaussette qui, de fait, servait de filtre, tout cela pour obtenir un bon jus-de-chaussette, un café léger presque clair et délicatement parfumé. Décidément les souvenirs viennent sans cesse m’embrouiller, me disperser !

      Donc, j’étais assis devant ma tasse de café, à presque minuit passé. Rien à voir avec le –jus-de-chaussette de grand-mère : le passé n’est plus que légères crispations quand un sentiment revit une lointaine émotion ; le présent domine quoi que nous fassions. J’avais passé trop d’heures devant l’écran de mon computeur à m’exploser les yeux dans une lave de pixels, c’eût été l’heure de baisser le rideau et d’aller me reposer. Une raideur sournoise allait me garroter, mon inconscient demandait grâce comme si le sommeil eût été mortel. Lutter, tenir, tenir encore, boire ce nectar qui me tiendrait peut-être. Tout a une fin, n’est-ce pas ?

      Le piège était déloyal : la torpeur me gagnait insidieusement et je nageais dans une sorte de vacuité où le pire comme le meilleur étaient possibles et aléatoires.
      Je jetai deux sucrettes dans la tasse, et cela produisit un tourbillon de mousse; ce tourbillon muta bientôt pour de multiples formes que je pris plaisir à identifier. Dans mon enfance déjà, couché dans les herbes hautes et mâchouillant un brin de chiendent, je me livrais à ce jeu en observant la lente dérive d’énormes cumulus crémeux.
      Puis les formes moururent successivement : tout change, rien ne se perd tout se transforme. Tout de même jusqu’à une certain point. Et voilà justement ce que l’esprit débridé peut atteindre. D’accord, je fis une sauvegarde, histoire de pouvoir retourner au point de départ, sensé représenter la réalité raisonnable. Mais comment aurais-je quitté des yeux ce point qui diminuait à-vue-d’œil au centre de la tasse ?

      Le noir l’absorba, peut-être en eût –il été de même dans le blanc du lait, dans l’ambre du thé : le point s’effaçait pour disparaître totalement. Tant pis ! A l’impossible nul n’est tenu ! La chimie et la physique s’étaient associées dans cette forfaiture, je n’avais plus qu’à m’effacer moi-même, sans renâcler, mais jusqu’à quel point ? Je revendiquais déjà une alchimie salvatrice…La peur enfante de la souffrance. Et si je pouvais la jeter dans le noir du café, la réduire à un point rapidement invisible : l’infime et le rien. Ou presque. Combien de souffrance ne pourrait-on pas supprimer dans l’âme et le corps des humains.

      Je me mis à raisonner par l’absurde, ou peut-être à délirer davantage.
      Pareillement, me dis-je, si nous prenions la souffrance comme « point » de départ, en acceptant l’idée que ce dernier puisse au contraire suivre une logique inverse et se dilater considérablement, ne serions-nous pas happés par son incontrôlable volume, à un stade tel que le point, la souffrance, l’âme, l’esprit y seraient confondus. Perdus dans un océan de lumière, ou consumés par un rayon infime. Effet de loupe ou immersion ? Voilà où ma pensée vagabondait entre le refus et l’acceptation de l’infiniment grand et petit quand une étoile vint se poser, je crois sur mes lèvres tremblantes. Et la nuit me berça dans l’insouciance.

      Pierre WATTEBLED – le 1er juin 2010

    Vous lisez 1 fil de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #2785826
        Plume de platine
        ★★★★★☆
        Avatar photoFrance
        Membre Oasis
          • Sujet: 1224
          • Réponses: 8676

          Bonsoir Pierre,

          C’est toujours un grand plaisir de te lire.. Nordiste et buveuse de café (malheureusement majorité de déca !!) ce texte m’a beaucoup plu. Dans le noir du café, où part l’imaginaire ?

          Amitiés.

          😆

          Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
        • #2787903
          Plume de platine
          ★★★★★☆
          Avatar photopierwatteble
            • Sujet: 2259
            • Réponses: 2995

            Pardonnez-moi, je vois à l’instant que j’avais oublié de vous remercier pour votre lecture/

            Cordialement.

            Pierre

        Vous lisez 1 fil de discussion
        • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.