Tout ce qui concerne les hommes est voué à l’oubli et à la destruction. Il n’y a rien d’éternel en ce qui concerne leurs travaux.
La Joconde retombera en poussière, même après des centaines de restaurations, comme tout le reste d’ailleurs. Si le monde vivait encore 100.000 ans, voire même 1 million d’années, le nombre d’oeuvres jugées indispensables à lire, car considérées comme des chefs-d’oeuvres serait tel, qu’une vie d’homme ne suffirait pas pour y parvenir. Il y aura donc même pour le plus grand lecteur, des milliers et des milliers de romans, de poèmes, d’oeuvres musicales, chansons, de tableaux, de sculptures, de recueils philosophiques, historiques, scientifiques, religieux, etc, etc, etc, qu’il sera incapable de lire ou de voir, faute du temps suffisant pour y parvenir.
De plus, maintenant tout est filmé, recopié sur ordinateur, le nombre vertigineux de documents qui seraient alors recensés, dépasseront de beaucoup les possibilités de la vie d’un homme pour en prendre connaissance. Plus on amassera de documents, plus n’importe lequel d’entre eux sera noyé dans la masse. Si bien que si vous avez 100.000 chefs-d’oeuvres écrits, jugés indispensables à lire, car parmi les plus beaux, les plus émouvants, les plus intéressants, les 2 tiers, voire même les 3/4 ne pourront jamais être lu par un seul homme. Et si le monde perdurant ce nombre montait à 1 million, des centaines de milliers retomberaient dans l’oubli, noyés dans la masse.
Dans l’antiquité il y a forcément eu des célébrités locales, régionales, voire même à l’échelle d’un pays, sous toutes les latitudes, des musiciens merveilleux, des poètes, des écrivains, des peintres, sculpteurs, dont les oeuvres ne nous sont jamais parvenues, perdues à jamais, détruites dans des incendies, des inondations, des naufrages, ou volontairement. Des exploits de grands athlètes, des sentences de grands sages, dont la renommée à l’époque semblait acquise pour l’éternité !…
Tous sont retombés dans l’oubli, leurs oeuvres, au néant.
Il en sera de même pour toutes les oeuvres humaines, soit par destructions, soit le plus simplement du monde : noyées dans la masse au milieu de milliards de milliard de documents forcément inaccessibles pour celui qui voudrait en prendre connaissance.
Regardez un site comme You tube, qui n’a pourtant pas beaucoup d’années d’existence, une dizaine environ. Eh bien, il y a plusieurs millions de documents enregistrés, proposés à la consultation sur une multiplicité de sujets et tous les jours de nouveaux y sont publiés. Il est déjà impossible d’en prendre connaissance pour un seul homme. Alors dans 100.000 ans, c’est mathématique des millions d’entre eux, ne seront plus jamais consultés.
Ce n’est pas seulement une façon de voir les poètes : c’est une façon de voir tout être humain quel qu’il soit, c’est mathématique, nous retomberons tous dans l’oubli si le monde perdure, sans cataclysme gigantesque à l’échelle d’un continent, ou sans conflit nucléaire qui détruirait des continents entiers avec tout ce qu’ils contiennent comme oeuvres jugées éternelles.
Il y a une chose qui m’a toujours fait sourire, l’usage de qualificatifs pour un poète ou un chanteur, tels que : c’est un incompris, il a vu cela avant tous les autres, c’est un révolutionnaire, c’est un poète ou chanteur engagé ! Engagé à quoi : à percevoir ses cachets, à bien profiter de la vie, à se donner un look, des attitudes, des déclarations de soi-disant révoltés !…
Le plus fort c’est qu’on à l’impression parfois qu’eux-mêmes finissent par y croire !
Alors pour ceux qui ont de telles attitudes, ou pour les lecteurs qui finissent par y croire eux-aussi, il est bon de revenir les pieds sur terre, et de se souvenir de la petitesse de l’homme, de la vacuité de sa vie, quoi qu’il ait pu faire ou construire au regard de l’éternité !…
Tu n’es que poussière et tu retourneras à la poussière. ( La Bible)
Pour Canaille : Les poètes, les musiciens, les artistes donnent de la joie, de l’émotion, du plaisir, à ceux qui les lisent ou les écoutent. Rien de plus. il ne faut pas déifier les poètes, les mettre sur un piédestal sur lequel ils n’ont rien à faire. Ils n’ont pas de messages pour l’humanité à transmettre, ils n’ont pas de philosophie ou de ligne de conduite bien précises dignes d’être enseignées comme exemples, ce ne sont pas des surhommes loin de là, ils sont comme tout le monde avec leurs défauts et quelques qualités. Ce ne sont pas des saints, ni des sages, ni des modèles.
C’est ce qui me met mal à l’aise quand je lis des commentaires sur ce que seraient les Poètes soi-disant. Je crois rêver par le ton souvent dithyrambique. Je suis aussi mal à l’aise de lire les propos de certains qui s’assimilent à cette » caste » utopique.
Le poète est un musicien des mots. Un simple artisan qui capte quelquefois une inspiration subite venant d’ailleurs. Des musiciens inspirés sont identiques aux musiciens des mots et procèdent de la même manière.
L’apôtre Paul disait : Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?…Et si tu l’as reçu pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ?…
Quelqu’un est doué pour la musique, pour l’écriture, la poésie, le travail du bois, la peinture, la sculpture où quoi que ce soit, qu’à t-il fait d’extraordinaire ?.. Il est né nanti de ce don, il n’a pas à s’en louer, et les autres n’ont pas davantage à le louer pour une chose dont il n’est pour rien !…
La poésie ne souffre ni l'à peu-prés, ni la médiocrité. Seule la recherche de la perfection doit nous animer dans ce domaine. Il faut donc être impitoyable avec ses propres écrits et ne rien se laisser passer. Il y a toujours un moyen de corriger une erreur, une mauvaise rime, une mauvaise tournure.