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Poème partagé par Mostafa – création poétique en ligne
Mon frère
Fils de ma terre
Tu rentres au pays
Après tant d’années
D’exil et d’oubli
Tu n’en peux plus
D’être émigré
Dépaysé
Piétiné
Déraciné
Une fois arrivé
Embrasse notre terre bénie
De ma part
Dis à l’olivier et à l’arganier
Dis à la vache et à la brebis
Dis au champ et au verger
Dis au poulailler et au potager
Dis au ruisseau et à la rivière
Dis au soleil et à la lumière
Dis au foyer et à la chaleur
Dis au rocher et à la montagne
Dis au vent et à la plaine
Qu’ils me manquent
Terriblement
Que je souffre
Atrocement
Dans cette contrée lointaine
Si loin de ma montagne
Va voir les miens
Tu te rappelles où ils habitent
Cette petite maison en pisé
En haut de la colline
Qui domine la plaine
Là où chante le vent le soir
Racontant d’étranges histoires
Donne à mes frères
Ce présent de ma part
Ils en seront ravis et fiers
A ma mère
Tu donneras ce tapis et ce foulard
Pour sa prière
Mes sœurs
Auront ces robes multicolores
Et ces bagues en or
Donne cet argent à mon père
Pour les dettes de l’année dernière
Pour réparer la toiture
Et pour les noces de ma sœur
Dis-lui que j’ai besoin
De sa bénédiction
De ses prières
Qui me seront d’un grand secours
D’un grand réconfort
N’oublie pas de lui dire
Ton fils te baise la main
Les pieds, la tête, le front
Ton fils te demande pardon
D’être parti sans ton consentement
Chercher un pain plus blanc
Un lit plus reposant
Un devenir plus souriant
Un destin plus indulgent
Que celui des paysans indigents
Ne lui dis rien de mes désillusions
Ne lui raconte guère ma misère
Ma peine, ma sueur
Mes doutes, mes peurs
Mes blessures, mes douleurs
Ne lui dis rien de tout cela
Ni que je suis usé et las
Dis-lui que son fils va bien
Qu’il n’a besoin de rien
Qu’il habite une belle maison
Entourée de fleurs et de gazon
A l’abri des caprices du temps
Oui, je mens
Il vaut mieux mentir
Que de le voir souffrir!
Mon frère
Fils de ma terre
Toi qui rentres au pays
Après tant d’années d’absence
Tant d’années de souffrance
Dans ce pays inhospitalier
Qui refuse de nous héberger
Qui ne cesse de nous rappeler
Que nous ne sommes que des étrangers
Va voir les miens
Tu te souviens bien
De notre petite maison en pisé
En haut de la colline
Qui domine la plaine
Distribue ces cadeaux de ma part
A mes petits frères et sœurs
Dis-leur que je pense à eux
Chaque jour
Que leur beau sourire
Embaume mon cœur
Et l’emplit de bonheur
Dis-leur que je suis fier d’eux
Qu’ils doivent être sages et obéissants
Ne jamais contrarier les parents
Pour avoir leur bénédiction
N’oublie pas mon frère
D’embrasser ma mère
J’ai besoin de sa douceur
J’ai besoin de sa chaleur
J’ai besoin de sa tendresse
Je me languis de son odeur
Quand tout devient noir
Dans ma vie
Quand brusquement il fait nuit
En plein jour
Je l’embrasse sur la photo
Et je pleure
Je prie
Sa photo me guérit
Et me donne envie
De rester en vie!
Ne dis pas à ma mère
Que son fils est blessé
Lassé, terrassé
Un arbre sans racines
Un oiseau sans ailes
Si loin d’elle!
Ne dis pas à ma mère
Ton fils subsiste à peine
Sa vie est un calvaire
Sa vie est une misère
Sa vie est un enfer
Il faut lui mentir
Lui raconter de belles histoires
Auxquelles elle doit croire
Il vaut mieux mentir
Que de brûler son cœur
Et faire couler ses pleurs
Comme des rivières!
Mon frère
Fils de ma terre
Toi qui rentres au pays
Pour ne plus revenir
A cette terre d’exil
Va voir ma famille
Tu sais où elle vit
Dans cette petite maison en pisé
En haut de la colline
Qui domine la plaine
Dis à mes parents
Votre fils vous embrasse
Tendrement
Respectueusement
Il ne peut venir cette année
Ni l’année d’après
Il doit encore patienter
Il doit encore supporter
Il doit encore militer
Il doit encore endurer
Pour avoir ses papiers
Après
Il reviendra en été
C’est promis!
Mon frère
Fils de ma terre
Toi qui rentres au pays
Ne va pas chez les miens
Ne leur apporte rien
Ne leur raconte rien
Il vaut mieux ne rien leur dire
Que de les faire souffrir!
Mon frère
Fils de ma terre
Adieu!
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Agadir, le12/5/2011Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
Et je ne suis plus le naufrag?!
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Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
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amademwa