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La bouteille à la mer

  • Ce sujet contient 3 réponses, 3 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photojaicemail, le 22-01-2012 23:17.
  • Créateur
    Sujet
  • #2619707
    Plume de platine
    ★★★★★☆
    Avatar photojaicemail
      • Sujet: 636
      • Réponses: 2205

      Poème partagé par jaicemail – création poétique en ligne

      (humour)

      Capitaine brisé sur la Terre-De-Feu,
      Le poète Vigny nous a conté ta gloire :
      Quand l’océan violent te tire en son enfeu,
      Tu écris le journal, crispé sur l’écritoire,
      Des récifs et courants, ton tombeau d’outre-mer,
      Qui va, aux aléas d’une bouteille en mer,
      Informer les marins pour bonne trajectoire.

      Un texte griffonné et le bouchon fermé,
      « La bouteille à la mer », voici la métaphore
      Offerte aux quatre vents ; le message enfermé,
      Va porter dans le temps, comme le sémaphore,
      La foi du fier poète envers l’humanité.
      Comme moi, procédez avec aménité,
      Si un jour en marchant, vous butez sur l’amphore :

      Alors que je surfais dans le soleil couchant,
      Sur les embruns de feu de la vague océane,
      La bouteille à la mer jaillit en me touchant,
      Puis, sur la houle cyan, passa en filigrane.
      Plat ventre sur ma planche et ramant vers la vague,
      Je repoussai tout net cet objet en divague,
      Risque pour les nageurs d’un obstacle embouchant.

      Surpris, je retrouvai, à la fin de ma glisse,
      Sur le sable à mes pieds, le flacon échoué ;
      J’extrayais un papier tenu par une éclisse,
      Et je vis le message au destin renoué.
      Ces mots forts et datés ai-je droit de les lire ?
      Celui qui composa tient-il encor sa lyre ?
      Après dix ans d’errance est-ce bon qu’il saillisse ?

      Ta compagne aujourd’hui a dû prendre mari,
      Et l’enfant qu’elle portait reçut un autre père ;
      Espères-tu son sein de bonne heure tari,
      Afin qu’en soi privé l’autre imposteur beau-père ?
      Tu sais que la pleureuse, en son fort intérieur,
      Etait bien disposée pour tout homme rieur !
      Je crains que de retour, tu lui fasses misère !

      Te souviens-tu la dame aimait les chocolats.
      Comme tout le beau sexe elle y songe, elle régale !
      La coupable addiction, parions qu’elle raffolât,
      Et pour traiter son stress, assouvît sa fringale !
      La retrouvant poussive et le regard flapi,
      Son teint de lait d’un vert « Merdoie dame pipi »,
      Ne tomberais-tu pas en syncope vagale ?

      Rescapé, serais-tu sur un âpre rocher,
      A scruter l’horizon, la main faisant visière ;
      Ou bien depuis longtemps quelqu’un s’est approché ;
      Chaloupant de concert, vous voilà en croisière ?
      Dis-moi, tu ne veux pas rencontrer au logis
      Factures empilées, saisies, puis sans-logis …
      Lors, fais-toi oublier et passe par derrière !

      J’ai relu ton billet ; les mots en sont gâchés
      Au ciment d’un espoir en grande maladresse ;
      La forme est malaisée, de lourds clichés lâchés ;
      La muse et l’écrivain n’ont pas la même adresse !
      Pour comprendre le sens je fus dans l’affliction ;
      Le style a fui les mots, emportant conviction ;
      A lire texte mou je suis dans la détresse.

      Tu portes au savoir des courants, des écueils,
      Et des vents inconnus, une île, un nouvel astre ;
      Et les navigateurs iront, par ton recueil,
      Voguer plus sûrement, éviter le désastre ;
      Mais j’ai la présomption d’un bien mauvais ragoût,
      Car ce texte bâclé est rédigé sans goût !
      Le marin, aux récifs, je crains qu’il s’y encastre.

      On raconte parfois que le nom Terre-de-feu,
      Vient de ces faux fanaux qui tanguent à dos d’âne ;
      Le marin égaré croyant voir bateau-feu
      Signalant les écueils, va s’y rompre le crâne,
      Et la curée se fait sur le cotre en débris.
      Oiseau noir, naufrageur, en des sauts de cabris,
      Tu jouis aux fracas de ton projet insane !

      Quand Ulysse dit-on, fâcha Poséidon,
      Il fut banni, errant sur des ondes piégeuses
      Où sirènes chantaient et menaient sans pardon,
      Les bâtiments au fond ; mélodies ravageuses !
      Si tu nous dis le faux, ta voix est de fausset,
      Et va fausser la voie du navire drossé
      Vers la cote où tu tiens sa destinée fangeuse.

      Moi, je vais claudiquant dans le sable couchant,
      Canettes écrasées, mégots gris que j’esquive,
      Et en main ce billet au message touchant ;
      J’en interpelle Dieu, faut-il que j’y souscrive ?
      Et voici qu’à mon bras, glisse une perle d’eau,
      Eclate sur les mots, met leur sens en lambeau ;
      Capitaine perdu, ton encre est en dérive.

      JMA – 21/01/12

    Vous lisez 2 fils de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #2832071
        Plume de platine
        ★★★★★☆
        Avatar photoFacillire
        Membre Oasis
          • Sujet: 363
          • Réponses: 4015

          Quel talent!

          J’ai adoré.

          Amitié,Erhan

        • #2832119
          Mascotte d'Oasis
          Avatar photojessye
          Membre Oasis
            • Sujet: 1332
            • Réponses: 28192

            avec ou sans humour je lis ta plume talentueuse … et je ne me lasse pas ….

            C'est beau d'?tre seul(e).
            ?tre seul(e)ne signifie pas ?tre solitaire.
            Cela signifie que l'esprit ne vit pas sous influence et qu'il n'est pas pollu?
            par la soci?t?.
            [Jiddu Krishnamurti]
          • #2832264
            Plume de platine
            ★★★★★☆
            Avatar photojaicemail
              • Sujet: 636
              • Réponses: 2205

              Merci amis courageux en lecture.
              A plus avec grand plaisir
              Jean Marie

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