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Poème partagé par Mostafa – création poétique en ligne
Je ne vais plus à la pêche:
Je n’ai plus et n’aurai plus ce pouvoir extraordinaire de patienter sagement tout en restant calme et serein, scrutant l’horizon et admirant l’océan. Je ne possède plus la faculté de surveiller ma ligne aussi longtemps qu’il le faudrait en souhaitant qu’un poisson imbécile et crédule, avide et aveugle, veuille bien commettre l’erreur fatale: mordre à l’hameçon et se faire prendre comme un pigeon!
La pêche exige patience, sang froid, calme, confiance et assurance. De ces qualités, je n’en ai aucune. Je laisse cet art aux pêcheurs professionnels ou amateurs, amoureux de la mer et de sa grandeur. Et j’achète mon poisson au marché, croyant naïvement le vendeur qui jure sur la tête de sa mère et sur le saint de la ville d’Agadir que son poisson est plus frais que la fraîcheur. Quelques fois, je me fais avoir comme un pigeon.
J’adore le poisson!Je ne vais plus à la chasse:
Je n’ai plus et n’aurai plus cette patience inouïe d’apprendre le langage de la forêt et de ses habitants. Je suis incapable d’épier un perdrix, de suivre un lièvre ou un sanglier à la trace, d’installer et de camoufler des pièges, d’imiter les cris des animaux pour faire une embuscade à un mâle en rut, d’être à l’aise dans la nature sans faire le moindre bruit et faisant l’impossible pour rester invisible et inodore! Je n’ai ni la capacité ni la maîtrise de retenir mon souffle, de viser, de tirer au moment propice et de faire mouche. Je n’aime pas les armes à feu et j’ai horreur de voir le sang.
La chasse exige un cœur dur et cruel, froid et impitoyable. Je n’aurai jamais le cran de tirer sur un faon désarmé et impuissant qui me regarde droit dans les yeux, me priant avec ses yeux attendrissants de le laisser vivre en paix! Je laisse ce sport aux experts sanguinaires amoureux de la guerre. Et j’achète ma viande à la boucherie de mon quartier.
J’adore la viande!Je ne vais plus aux enterrements:
Je n’ai plus et n’aurai plus la force de supporter l’ambiance morbide et macabre des obsèques. Je suis trop frêle pour rester insensible et indifférent aux pleurs qui me fondent le cœur. Le décès de mon père m’était une épreuve insupportable et le deuil m’a fait terriblement mal et j’en garde encore les séquelles. Les soupirs d’une veuve ou les sanglots et les gémissements d’un orphelin me bouleversent au fin fond de mon être et je tombe inéluctablement malade, atteint d’une noirceur plus obscure que la nuit et d’une mélancolie plus amère que l’ortie. Je ne me suis point immunisé contre le chagrin et l’affliction et je pleure facilement en voyant mes semblables malheureux. Je ne peux retenir mes larmes et quand je pleure je ne suis pas beau à voir. Je cherche le premier faux-fuyant pour partir ailleurs égayer mon cœur!
Je laisse les cérémonies funèbres aux croque-morts, aux masochistes et aux pleureuses professionnelles, aux amoureux des sensations fortes et aux lecteurs du coran mangeurs de couscous et poulet rôti. Je préfère rester chez moi et me cacher pour pleurer car notre société de machos interdit aux hommes de pleurer en public. J’envoie à la famille du défunt une lettre de condoléances.
Je n’aime pas le deuil!Je ne vais plus aux bals masqués:
Je n’ai plus et n’aurai plus envie de me déguiser. Je n’ai plus le plaisir de me maquiller. L’idée de m’accoutrer ne m’effleure plus. Le déguisement me rend plus ridicule que je ne le suis et le masque me ravit mon identité. Le maquillage enlaidit mon visage et change mon âge. Je déteste paraître. J’ai horreur d’être un autre. Je préfère rester moi-même, même laid, même insignifiant, même quelconque. Ainsi, je m’assume et je ne me fais pas d’illusions. Je n’aime pas l’anonymat, les faux-semblants, les apparences, l’apparat et la poudre aux yeux. Je hais la fausse identité et l’imposture. Je préfère voir mes semblables en face et savoir à qui j’ai affaire au lieu de converser avec un fantôme ou de valser avec une ombre!
Je laisse les bals masqués aux snobs et aux arrivistes, aux épouvantails et aux pantins, aux potiches et aux imposteurs, aux menteurs et aux profiteurs. Et je vais à la quête de la lumière.
J’aime la vérité!Je ne vais plus au zoo:
Je n’ai plus et n’aurai plus cette désinvolture audacieuse et malsaine d’admirer un animal sauvage dans une cage. Auparavant, voir de pauvres bêtes tristes et malheureuses mourir d’ennui et d’inaction dans des enclos loin de leur environnement naturel, était pour moi un spectacle agréable, divertissant et même assez drôle. A présent, je n’ai plus aucune envie de jeter des cacahuètes à un vieux singe fatigué, lui ordonnant de faire le pitre et des grimaces. Je ne sais pas pourquoi les primates nous font rire, est-ce parce qu’ils nous ressemblent? Je pense que ce sont eux qui doivent nous prendre pour des créatures bizarres et complétement folles et se moquent sûrement de nous dans leur for intérieur. Je n’ai plus aucun plaisir à me prendre en photo, me pavanant comme un paon devant la cage du tigre ou du lion, les narguant, les enquiquinant, en leur montrant que je n’ai nullement peur d’eux.Ces fauves nobles et majestueux deviennent humiliés, terrassés, déshonorés, avilis derrière les barreaux et perdent chaque jour leur instinct naturel. Ils sont désormais inactifs, oisifs, paresseux, moroses, dépendants des hommes. Ils ne chassent plus pour se nourrir; ils vont mourir plus vite. Les animaux sauvages doivent rester sauvages et vivre chez eux, loin des hommes. Tout contact avec nous les avilit. L’homme pourrit tout ce qu’il touche!
Je laisse la zoo à ceux qui ressentent une incroyable excitation, une euphorie intense et une extrême réjouissance devant un animal en captivité. Je choisis de regarder des documentaires sur les animaux à la télévision.
J’aime les animaux!Je ne vais plus au stade:
Je n’ai plus et n’aurai plus la force de supporter la cacophonie et le chahut des supporters en folie. J’ai peur de cette foule en délire qui hurle et vocifère, sur le point d’écarteler et de déchiqueter l’arbitre sous prétexte qu’il n’a pas sifflé un pénalty en faveur de son équipe, favorisant l’équipe adverse. Si leur équipe ne gagne pas, ces démons mettront la ville à feu et à sang! Un stade de football est devenu un espace de défoulement malsain par excellence. Le citadin/citoyen moyen ou pauvre passe toute la semaine le dos courbé, pliant l’échine, exécutant les directives et les ordres de ses supérieurs hiérarchiques avec résignation et soumission. Le dimanche, il va au stade vomir toute sa rage, toute son ignominie, toute sa haine: il se déchaîne! Il se donne alors toutes les libertés donnant libre cours à ses obscénités. Sans gène et sans retenue aucune, il blasphème, il injurie, il crie, il crache, il maudit, il hurle à s’époumoner et peut devenir extrêmement violent. Après cette séance thérapeutique, en sortant du stade, il redevient un citoyen docile et sage, consentant et responsable. Quelle catharsis!
Marx a dit que la religion est l’opium des peuples.J’ose prétendre, sans prétention aucune, que le football est devenu une drogue plus forte que la religion.Tentez donc d’annuler le championnat de football et ayez le courage d’en supporter les conséquences désastreuses: désobéissance civile, émeutes, rébellion!
Aller au stade est devenue une aventure périlleuse; on peut se blesser et même se faire tuer.Les bagarres, les rixes, les dégâts, les destructions, la violence, la démence, sont devenus monnaie courante dans nos stades chaque semaine. Nos stades modernes n’ont rien à envier aux arènes où s’entretuaient les gladiateurs pour le bon plaisir de César!
Je laisse le stade aux fanatiques hystériques et à la foule déchaînée.Et je regarde le match chez moi, à la télé.
J’adore le football!Je ne vais plus aux maisons closes:
Je n’ai plus et n’aurai plus cette aisance et cette outrecuidance de fréquenter ces lieux de délices, de réjouissance et de jouissance en compagnie de filles de joie qui » leur donnent leur joli corps, qui leur donnent leur vertu pour une pièce en or » (pour ne pas paraphraser le grand Jacques)…Je trouve dégradant, vil et indécent, d’acheter le corps d’une femme pour un moment de plaisir charnel éphémère sachant qu’elle y est contrainte pour fuir les crocs de la misère ou pire encore: prisonnière de ces esclavagistes sans foi ni loi, ces criminels impitoyables et cruels, ces proxénètes ignobles et immondes qui exploitent ces pauvres filles et boivent leur sang! Je suis incapable d’aller à un lupanar, faire sereinement un brin de causette en trinquant à la santé de la tenancière qui me présente ses filles me conviant gentiment d’en choisir une, monter avec la fille de mon choix, nous enfermer dans une chambre qui sent l’effluve des hommes et la sueur des ébats amoureux, et…faire l’amour! Je suis incapable de faire l’amour dans de pareilles conditions. Est-ce un défaut ou une qualité? Un complexe ou une vertu? Qu’importe! Au moins, je ne risque pas de contracter une maladie vénérienne!
Je laisse les maisons closes aux machos, ces coqs virils, ces mâles en rut qui considèrent la femme comme un vulgaire objet de plaisir. Je préfère faire l’amour avec une seule femme, avec la même femme: ma femme.
Je respecte les femmes!Je ne vais plus aux rendez-vous galants:
Je n’ai plus et n’aurai plus besoin de ce genre de contact humain gênant et embarrassant. J’y allais lorsque j’étais un jeune prétentieux, capricieux et fougueux, élégant et beau, frivole et insoucieux. Je n’ai plus l’élégance, l’éloquence ni l’audace de charmer et de séduire une étrangère. Je ne ferai guère l’affaire d’une agence matrimoniale et aucun site de rencontres sur le net ne voudra de moi comme membre! Timide et taciturne, faire la cour à une belle créature n’est point mon point fort et courir les jupons est devenu la dernière de mes préoccupations; cela n’est plus de mon âge:sport épuisant!
Je dois avouer que j’envie et admire les Casanova séducteurs qui ont cette magie et ce pouvoir d’embobiner, d’envoûter et d’ensorceler ces dames. En présence d’une femme qui me plaît, je me surprends à devenir brusquement plus pesant que le plomb, pluie ennuyeux que la pluie, plus impénétrable que les voies du Seigneur, plus lugubre que la mort. J’oublie subitement mon sens de l’humour et toutes les blagues que je connais par cœur et qui font mourir de rire tous mes amis au café. Je ne sais plus sourire et arbore un air sévère et austère. La pauvre femme commence à avoir peur de cet étrange phénomène et cherche le premier prétexte pour fuir, me laissant seul avec ma solitude, égaré dans mon éternelle nuit!
Pudibond, je laisse les rendez-vous galants aux Don-Juan; irrésistibles charmeurs, beaux parleurs et intarissables hâbleurs. Et j’attends toujours de rencontrer la femme qui voudrait partager ma vie dans la paix et le respect, l’amour et la sérénité, l’entente et la complicité.
J’aime les femmes!
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Agadir, le8/1/2012Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
Et je ne suis plus le naufrag?!
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Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!
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