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JE TE REVOIS…
Je te revois dans la douceur perverse d’un film muet et les larmes me viennent. Le sommeil m’enroule dans ce rêve rémanent où tu réapparais. Voilà un an déjà que tu m’as quitté pour d’autres ports, d’autres pays, d’autres cœurs, d’autres maisons, et d’autres…je ne sais quoi encore. J’ai fait le deuil, cicatrisé mes blessures dans l’abominable lenteur du temps qui ne qui n’en finit pas d’oublier. J’ai arrêté ma caravane au milieu d’un désert où les larmes se perdent. Puis je suis retourné vers l’oasis qui berçait mon enfance pour me souvenir comment faire ses premiers pas : se casser la gueule, se relever, apprendre les règles du marche ou crève ; j’aurais voulu m’imprégner à nouveau de cette détermination enfantine qui ne retient souvent que le meilleur et qui, même en tremblant, avance persuadée que le salut est devant. Est-ce écrit dans ses gènes ? J’y suis presque parvenue et voilà que tu me reviens et que tu me possèdes sournoisement avec ton charme d’enfer à peine est tombée ma garde, que j’aie eu baissé mes paupières.
Tu sens bon comme une viennoiserie au petit déjeuner un dimanche matin et j’ai faim : le désir me hante et mon cœur s’emballe, frappe dans mes veines son exigence. Toi, tu sais le reconnaître au premier coup d’œil et tu n’y es pas indifférente. Toi, tu es restée la même : amoureuse et complice dans tes appels ; tes pupilles se dilatent et des rougeurs naissent sur ta poitrine; ton corps, comme une plante, se tend : l’amour est un soleil essentiel à la survie.
Alors te rejoignant je bois à ton calice sans vergogne jusqu’à l’ivresse totale qui impose le repos : toi et moi côte à côte, nos respirations mêlées, nos parfums échangés, apaisés, anéantis. Mais les rêves ne sont jamais que des rêves. Un meuble craque et me réveille. Je te cherche pour t’offrir mes lèvres. Encore. Comme avant. Mais il n’y a personne à mes côtés. Pourquoi ai-je donc gardé ton oreiller ? Non, je ne te dirai pas que je le serre encore contre moi : les nuits sont particulièrement froides dans ces déserts où personne ne sait plus où il va.Pierre WATTEBLED – 21 avril 2012

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