-
Sujet
-
Poème partagé par plumedoiseau – création poétique en ligne
Maison bleue
Abandonnée dans les bois. Perdue peut-être? Mais combien belle encore de tes splendeurs passées. Belle dans ma mémoire, ou dans mon devenir, je l’ignore… Bleue de mystère envoûtée, bleue comme la rivière proche sans doute. Bleue de source ancienne, très vieille. Décrépite? C’est vrai, il y a tant d’ans que tu attends. Je te vois là, et descends dans ma cave… Il y a si longtemps que j’ai oublié le berceau que je t’ai laissé, les crêpes sautées dans ta cuisine, la chanson qui ronronnait. Pourtant, tu me fais peur. Oui, tu me fais peur et m’attires à la fois. Es-tu ma maison? Vagabonde qui appelles. Une lueur t’éclaire encore, malgré le touffu forestier qui te cerne. Qui es-tu? Ma maison? Peut-être la mienne, peut-être la tienne. Tu es le lieu où j’ai laissé ma peur, un livre, un rêve. Le lieu où j’ai laissé ma nuit, et ma sorcière…
L’ombre s’est faite sur ton passé. Te rappelles-tu encore qu’un homme, un jour, entra chez toi? Un homme. Un vrai. Celui dont le regard te perce. Un homme qui voit. Un homme en question aussi. Il est entré. Il portait un sac. Il allait, tel un pèlerin, vers le lieu qu’il s’était choisi. Ce lieu était en lui. Je l’ai su à son regard clair, à sa lèvre, à la force de son menton, de son nez. Il était bon et dur. Quand il est entré, tu lui as donné la chaleur de ton feu et le gîte d’une nuit. Il s’est assis au coin de l’âtre et nous a dit des mots. Des mots de sang, des mots de blé, des mots d’aurore, des mots de vie, des mots de chair. J’étais petite. Il m’a prise sur ses genoux. J’ai su alors qu’il savait. Qu’il me guiderait hors de ma forêt.
J’avais puisé à la Source vive.
(Photos La Scribande)
Mars 1991.
Anne DE MAY
http://poesieetsculpture.jimdo.com/Retrouvez plus sur mon site !
La po?sie c'est une lettre d'amour adress?e au monde.
Charlie Chaplin
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.



