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Evocations

  • Ce sujet contient 9 réponses, 6 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoplumedoiseau, le 20-07-2014 18:41.
  • Créateur
    Sujet
  • #2627420
    Plume de platine
    ★★★★★☆
    Avatar photoplumedoiseau
    Membre Oasis
      • Sujet: 1045
      • Réponses: 4596

      Poème partagé par plumedoiseau – création poétique en ligne

      EVOCATIONS

      Elle porte, sans le vouloir, des cheveux comme ceux des filandières de jadis, des cheveux à chignon guimpé. Un rai de lune exorcise, où qu’elle se tienne, la pâleur du visage. Quant à l’oreille, elle dessine un fœtus où se perdent, lointains, des fils enchevêtrés d’un cantique d’autrefois, ou d’un lai de tendresse. Mon regard s’arrête, s’étonne d’un air d’ailleurs et de présent indicible aux curieux. Le mouvement qui l’anime, dont elle vit, s’étoffe d’un climat de grâce et de contemplation, sans que jamais le jet ardent du sang, sous la chair, ne s’épuise. Comment saisir ce tableau, qu’un diapason de paix habite sans heurt ? Rien ne reste, hormis ce troublant appel balancé par un geste peut-être. Et des couleurs de songes, d’étoiles, fleurissent, irisent les cheveux de ma vie serpentine. Un peigne d’or les coiffe.

      Je l’ai rencontrée, non loin d’un mas aux volets de mélèze, arboré d’un micocoulier. Ma mémoire me la rend, me l’esquisse, comme l’ombre d’une forme que le souvenir manifeste en reconnaissance. D’où la connaissais-je ? D’un secret passé ignoré, d’une vie dont les cathédrales, comme un jaillissement d’opium, font exalter les blés en gerbes recueillies ? La source a charrié, pour que rien de finisse sans errer, des nuits d’oublis dont les lettres et les sons, décalqués d’âge en âge, tricotent, pour se peindre, des bouts d’histoires d’eaux. J’y glane une rime, j’y vole quelque treille complice, une rame, où des ailes d’oiseau de feu sont arrimées… Des embruns de mer cendre, par touches d’opaline, glissent doucement, frôlent, pour mieux se fondre, les pastels de mes voiles… Dans mon sommeil de pérégrine millénaire, un profil de prêtresse officie. Je nage vers l’autel de l’oracle. Un doute me traverse et le destin avorte, oublieux de ses Muses. Incertaine des brumes, tour à tour guide ou pèlerin des marées, je vais où l’on n’ose. Le fossé des douves, empoissé de gargouilles démones, me tourmente. Qui est resté aux oubliettes d’antan ? Un homme. Sans cercueil ? Sans pierre ? Latente, ma hantise d’un lien me le donne. J’écoute la voix de l’eau, la voix qui dort à l’heure où s’éveillent d’inconnaissables ténèbres. Pourtant muet des clameurs de fin des choses, son souffle m’avertit. J’entends l’écho d’une rixe meurtrière, l’écho d’une plume qui gratte, épie, puis fige le grimoire. L’attente d’un instant, quand le silence, gourd des froideurs des hivers, se grave si souvent, se fait festin sous l’égide des vents que je chausse dans les matins d’hier. Car j’emporte, châtrée de ma terre, un doux manteau de deuil, de larmes, de souvenances. Où partir labourer les prémices d’un Etre estropié de son sperme, de qui les ossements vivifient, sans qu’ils ne l’aient cru, les sols de nos vies ?

      Sur le chemin de ciel arrosé de mes pleurs de sel, je cueille, pour éclore, une âme de moniale. Le lieu où je descends dans le silence m’absorbe, native au monde invisible des Mages. Dans le jardin de mai, la fleur chuchote, ordonne les mots de pain perdus dans le brouillard des Ombres. Alors que je crois m’enliser, je danse, dans ma robe aux teintes de lumière, la séguedille ourlée des cadences des corps. Alors que je m’enclave, je germe des sarments. D’alcôve en mansarde, je promène un ventre à enfanter. Ephémère gestation, impalpables odeurs… La roue des résurgences et des aurores tourne toujours et ressème au passage les oublis oubliés dans nos champs de cimetières.

      Tandis que je me meurs, je nais…

      … Rien n’existe vraiment, sinon l’eau, le feu, la terre et l’air, permanents dans nos siècles. Et mon image chante ou rêve depuis des lustres. Quels sortilèges de fils se trament dans le temps ? Je reviens, apaisée, aux reflets indéchiffrables d’un portrait de femme. Une femme en gerbe dont je m’habille, dont je me crée. Alors, dans le verger, de sa silhouette oscillante, de sa chevelure de soie qui se dénoue pour qu’ondulent et qu’embrasent nos vagues, nos désirs, nos regrets ou nos cris trop fragiles, un parfum de miel s’exhale…

      Anne De May

      Octobre 1991

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    • Auteur
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      • #2875354
        Plume de platine
        ★★★★★☆
        Avatar photoplumedoiseau
        Membre Oasis
          • Sujet: 1045
          • Réponses: 4596

          Merci pour vos bravos pour ce texte sans doute peu évident, mais pour lequel je me suis relevée, il y a de cela plusieurs années, à 3 heures du matin pour continuer à l’écrire… Il m’a semblé, après coup, me retrouver dans ce texte à travers les siècles… Où la plume et une contrainte nous mènent, nous n’en savons parfois rien, au départ…

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        • #2875376
          Plume de platine
          ★★★★★☆
          Avatar photoLouandrea
          Membre Oasis
            • Sujet: 1382
            • Réponses: 2565

            L’enfant des Matelles

            Elle marchait depuis des heures, et vacillait sous le poids de l’enfant, fragile fétu sur son dos encore zébré des marques du fouet. Les cigales, impitoyables, semblaient chanter un requiem dans cette magnifique lumière estivale ; elle se souvenait du sentier qui serpentait entre pins et genêts, et arriva enfin sur la place des Matelles. Elle s’écroula devant le puits, face contre terre, et son âme ciselée par la foi des Bonshommes s’éleva pour rejoindre ses sœurs parties au bûcher, là bas, de l’autre côté des garrigues, à Montségur. Elle avait réussi ce qu’elle avait promis à Dame Esclarmonde : l’enfant était sauf.
            Les femmes se pressèrent bientôt autour de la dépouille martyrisée, et c’est la vieille Marie qui se chargea du petit endormi, malgré sa douleur de voir son unique fillotte ensanglantée sur la terre sèche de la place ; elle prit l’enfançon et écarta délicatement les guenilles de bure jusqu’à la fine dentelle emmaillotant son torse. Oui, la marque était là, sur l’épaule gauche, c’était bien Bérenger, sauvé du Bûcher pour continuer à porter le flambeau cathare au-delà des siècles. Le message apporté par les Parfaits du chemin avait bien été entendu, de pierre en pierre, de village en village, depuis la citadelle du Vertige jusqu’à ce petit hameau niché entre terre et mer. L’enfant serait sauvé, et élevé dans la justice et la liberté, conformément au souhait des siens.
            Quelques jours plus tard, un cheval galopait entre terre et mer, sur la fine bande de sable reliant la lagune au continent. Il avait fallu traverser le massif de la Gardiole, échapper à la vigilance des sentinelles de Maguelone et se frayer un passage vers l’horizon chargé de vagues. La Cathédrale des sables se dressait fièrement sur son îlot d’immensité, et la chapelle Saint-Augustin attendait l’orphelin en ses pierres matricielles. Le chanoine portier ouvrit au visiteur et son regard bienveillant fut comme un baiser sur le front pur de l’enfant. D’autres garçonnets accoururent, et un prénom fut murmuré, puis répété, et acclamé : « Bérenger ! Bérenger ! » La lourde porte se referma sur l’allégresse.

            Hannah ouvrit les yeux. Elle s’était encore endormie, après ses heures de recherche dans la bibliothèque. Honteuse de cet assoupissement, elle s’étira et revint peu à peu au réel. Tout lui revint en mémoire, l’exposition, ses lectures, l’éblouissante lumière languedocienne, et son étrange certitude qu’elle avait une mission à accomplir, ici-même, si loin de Berlin et de ses travaux sur la République de Montferrand. Passionnée d’histoire française, la jeune femme était venue profiter des paysages marins et des ressources culturelles, et passait un merveilleux été, entre l’obscurité des pages de mémoire et les sables miroitants de la lagune.
            Les rêves avaient commencé dès son arrivée à l’aéroport ; à peine avait-elle foulé la terre méridionale que déjà une sorte de vertige l’avait saisie, un état de semi conscience. Et puis il y avait eu cet inconnu, un SDF sans doute, au regard perçant, enveloppé dans sa drôle de houppelande : il s’était dirigé vers elle alors qu’elle s’apprêtait à prendre possession de sa voiture de location et lui avait murmuré ces mots étranges, dans un accent qu’elle peinait à reconnaître :
            – Bérenger est le fils d’Esclarmonde. Tu dois le dire au monde. Sous la tribune des chanoines, tu trouveras le vœu du moine.
            Incrédule, elle n’avait pas eu le temps de répondre, et l’inconnu avait disparu dans la foule bigarrée des cohortes de touristes. Depuis, la jeune universitaire alternait les longues promenades dans les villages frappés de chaleur et la bienfaisante plongée dans les méandres de l’Histoire. Elle tentait de comprendre comment, au milieu des tourmentes de ce Moyen Âge encore obscurci par les luttes fratricides entre princes, au gré des bûchers et autres inquisitions, un « don de joyeux avénement » avait pu passer de génération en génération d’évêque. Elle venait encore de relire ses notes, et trouvait décidément passionnante l’histoire de cette première « République » en royaume de France, peu connue en dehors des cénacles d’initiés, qui renfermait pourtant en germe tous les idéaux de l’époque moderne. Car c’est bien aux habitants de ce petit village des Matelles, non loin du château de Montferrand, que l’évêque avait accordé différents privilèges :
            « En 1293, l’évêque Bérenger de Fredol accorda une grande liberté aux gens pauvres de la vallée de Montferrand : compacientes et companionem habentes gencium pauperum vallis nostre Monferrandi… »… « C’est la première fois que nous voyons apparaître le don de joyeux avénement, dû par les habitants de Montferrand à tout nouvel évêque de Maguelone… »
            Hannah tressaillit. « Bérenger », c’était bien le prénom cité par le clochard de l’aéroport…Elle décida de repartir vers la plage, pour tenter percer à jour cette mystérieuse énigme. Toute engourdie encore, elle sortit vers le boulevard des Moures, et se demanda une fois de plus qui était cet enfant qu’elle voyait grandir en rêve, nuit après nuit, songe après songe, depuis son arrivée en terre occitane. Elle l’avait vu emmailloté de linges ensanglantés et mis au sein de la nourrice à l’ombre des Matelles; elle l’avait aperçu, ballotté sur le cheval qui le menait vers l’asile de la nef des sables, fragile témoin de l’Histoire ; elle l’avait regardé devenir un garçonnet malicieux, sa coupe au bol et ses vêtements presque sacerdotaux contrastant avec la sagesse impudente de son regard perçant ; et ce rêve, toujours le même rêve, lorsque elle le voyait se relever la nuit et étudier de longs textes cabalistiques et regarder le ciel chargé d’étoiles noires…

            Bérenger, seul, au milieu de la placette du couvent, aperçut la lune, comme accrochée à la mer. Le doux son de Complies était loin, mais bientôt sonneraient Mâtines, et il avait encore tant de pages enluminées à lire et à comprendre avant le lever du jour et l’Angélus de l’aube. Il aimait ces heures nocturnes, les seules qui lui appartenaient vraiment, car il sentait qu’il redevenait l’enfant des lumières sous la pâleur lunaire. Jour après jour, sa mission grandissait, et, tandis qu’il s’instruisait à l’école des moines tout en admirant la mer fouettant laCcathédrale des sables, ses nuits étaient consacrées à des réminiscences ancestrales.
            Sa mère lui apparaissait souvent en songe, en sa belle robe de bure blanche, souriante malgré les flammes qui léchaient les remparts de Peyrepertuse : il la voyait donner son bébé endormi à la jeune servante, et aussi le manuscrit, ce livre d’or de la Parole, que la jeune fille cacha sur son sein en promettant de protéger ces deux trésors. Parfois, aussi, il revoyait la vieille femme qui l’avait emmené en lieu sûr, et cet homme qui chaque lune pleine revenait et l’instruisait dans la foi des Bonshommes ; ils partaient marcher sur la grève et, bercé par les vagues protectrices, Bérenger apprenait peu à peu qui étaient ces femmes et ces hommes si enclins à l’ascèse et à la pureté, et au partage des biens de la terre. Les eaux miroitantes se faisaient réceptacle de leur foi pourtant décrétée parjure par les autorités ecclésiales, et les récits et enseignements se poursuivaient dans cet immense bénitier d’azur.
            Bérenger savait qu’il était l’Elu. C’est lui que les mains des Consolants avaient désigné pour garder la flamme du savoir cathare ; un jour, lorsqu’il aurait intégré les plus hautes fonctions, quand il aurait fait ses preuves comme chanoine de Béziers, puis comme sous-chantre de Saint-Nazaire, avant de devenir évêque de Béziers, puis de Maguelone, il pourrait devenir le pont, la passerelle entre les lumières du catholicisme et celles des Parfaits.
            La Cathédrale des sables, îlot de croyance enchâssé dans la majesté de la méditerranée, reliée à la terre ferme par cette étroite bande lagunaire, formait un microcosme de pureté dans le macrocosme du Beau. Bérenger, l’enfant des Matelles, deviendrait le chantre d’une religion d’exception, et savait déjà qu’il pourrait un jour tenter de recréer une petite enclave des miracles : sa « République de Montferrand » serait la nouvelle citadelle du vertige.

            Hannah s’était réfugiée à l’ombre de la nef pour visionner les photos prises la veille, lors de son escalade de Peyrepertuse. Comme elle aimait ce pays aux collines odorantes, et la beauté farouche des paysages languedociens, perles sauvages sises au cœur des mondes… La nature y semblait toujours hésiter entre le minéral et le végétal, témoin du combat apaisé entre l’eau, la terre et le ciel. Elle avait gravi lentement le sentier escarpé menant aux ruines, entendant mugir le silence des siècles. A présent, elle se reposait et se préparait à vivre une merveilleuse soirée estivale, puisque le festival de musique ancienne commencerait dans quelques heures, ici même.
            Un frôlement la fit tressaillir. Une chauve-souris voletait près des vitraux, décrivant de grands cercles étranges. Soudain, l’animal plongea en direction de la tribune des chanoines, et s’immobilisa, s’accrochant par les pattes juste au-dessus de l’un des sièges.
            Elle se souvint alors de la prédiction du vieil homme, à l’aéroport. Curieuse, elle s’approcha, et vit que l’animal était pendu au-dessus d’une plaque patinée par les ans, où elle déchiffra une inscription latine et un nom : « Bérenger de Frédol ». Elle sourit, amusée de cette coïncidence, de cette synchronicité des présages…Cela ne signifiait rien, sans doute, c’était simplement un clin d’œil de la nature à la culture…Mais alors qu’elle poursuivait sa déambulation, les yeux rivés vers les chatoyances des vitraux, sa main caressant distraitement la pierre lissée d’un immense bénitier, elle trébucha sur une anse de fer rouillée qui dépassait légèrement du sol :
            -Enfin, enfin, mein Kindele, tu as trouvé le passage !, s’exclama un homme d’une voix douce, avec un léger accent allemand sous-tendant un impressionnant parler méridional. Elle sursauta en se retournant, et reconnût l’individu qui l’avait abordée le jour de son arrivée.
            Portant beau sa longue barde d’érudit, il se présenta. David Steinfeld avait quatre ans lorsqu’il avait été emmené au camp d’internement de Rivesaltes. Il avait été très vite séparé de ses parents, effondrés après leur arrestation si près de la frontière, alors qu’ils fuyaient l’Allemagne nazie. Un prêtre avait réussi à le faire évader et l’avait caché dans les monts de Lacaune, jusqu’à la Libération, et puis les choses s’étaient enchaînées ; converti au christianisme, il avait été ordonné moine, puis s’était spécialisé dans l’étude du catharisme.
            -Oui, Hannah ; un enfant juif devenu moine, qui étudie le catharisme. L’Exodus est parti de Sète, non loin d’ici, vers la terre d’Israël, et moi je suis celui qui suis resté, le témoin. Je suis le Passeur.
            Car les Justes n’appartiennent à personne, ils sont les relieurs d’âmes. Tu sais, « religion » vient de « religere », relier. Mais c’est toi que j’attendais. Toi seule étais désignée pour servir de pont entre les astres. C’était écrit. Tu es l’Elue. Tu es celle que Bérenger avait devinée au travers des siècles, tu es l’âme de la Parfaite Esclarmonde, et tu es aussi le cœur de tous les hommes bons. C’est à toi à présent qu’appartient la lumière.

            Bérenger écrivait. Il continuait le manuscrit sacré. Il racontait, classait, expliquait, exégète et copiste, scribe et philosophe, témoin et acteur de l’Histoire. Il était la mémoire des temps, le puits sans fond et la bibliothèque d’Alexandrie, il était le Verbe, le pneuma, le souffle de vie. Le jour, il demeurait l’évêque éclairé, le concepteur de la République de Montferrand, petite démocratie où s’estompaient les trois ordres, où oratores, bellatores et laboratores vivaient presqu’en une agora de libertés. La nuit, il noircissait les pages de son journal, immense volume répertoriant l’histoire du catharisme, ses pensées, ses rêves prémonitoires, sorte de bulle papale mâtinée de Talmud, message et mémoire, passerelle entre l’ancien et le nouveau, flambeau de sagesse et livre d’or.
            Bérenger fit lui-même sceller l’ouvrage sous la tribune, puis cadenasser la petite trappe. Il connaissait exactement le visage de celle qui en trouverait la voie. C’était le même visage que celui de sa mère, Esclarmonde, le beau visage du don, de l’intelligence et de la bonté.
            Et il connaissait aussi les mains de cette femme, ces mêmes mains qui donnaient le Consolament aux mourants, lorsque Esclarmonde, sa mère chérie, soulageait les âmes, ces mains qui ouvriraient délicatement la boîte de Pandore du Bien, de longs siècles plus tard, en cette obscurité estivale, entre les cigales chantant leur ode à la joie au creux des vignes et les premières notes de musique médiévale s’élevant dans la nef…

            Hannah, comme habitée par l’âme ancienne de la Parfaite, et guidée par le vœu du moine devenu évêque de Maguelone, souleva délicatement la pierre et découvrit le manuscrit, qui l’attendait, qui attendait que sa voix d’historienne réhabilite la sagesse de celui qui avait transcendé les inquisitions et apaisé les bûchers. Elle déchiffra les premières lignes, toutes ourlées de la beauté des enluminures, et balbutia, émue, les mots de la Sagesse :
            « Bérenger est le fils d’Esclarmonde. Tu dois le dire au monde. Sous la tribune des chanoines, tu trouveras le vœu du moine. »

            Dehors, le soleil embrassait la lagune, tandis que les festivaliers, médusés par la beauté de la cathédrale des sables, s’apprêtaient à s’illuminer d’immense. Jordi Savall, tout juste débarqué de l’aéroport, le cœur empli de notes, croisa une belle jeune femme au regard lointain et la salua d’un sourire, avant de se diriger vers le chœur où ses musiciens installaient déjà leurs pupitres. Elle serrait un gros livre contre elle et lui sourit en retour.

            Son épaule gauche, joliment dénudée, laissait entrevoir une marque de naissance.

            .

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            Mes sites web: http://linktr.ee/sabine_aussenac Lou, aux nuits rossignol...

          • #2875377
            Plume de platine
            ★★★★★☆
            Avatar photoplumedoiseau
            Membre Oasis
              • Sujet: 1045
              • Réponses: 4596

              Merci pour votre texte, qui évidemment,me touche. Nous sommes des héritiers et l’avons oublié. Les Justes n’appartiennent à personne, ils sont des relieurs d’âmes, dites-vous…

              Merci à vous d’être une éclaireuse parmi d’autres, pour que les esprits s’ouvrent vers la Conscience…

              Bien à vous et merci pour votre passage

              Anne

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            • #2875392
              Mascotte d’Oasis
              Mascotte d’Oasis
              Avatar photopoemic
              Membre Oasis
                • Sujet: 3071
                • Réponses: 50402

                Emouvante et Talentueuse Histoire
                d’une Renaissance !

                Superbe Ecriture

                Amitiés

                poemic

                🪶 Signature de la plume

                [color=990000]MON 2eme RECUEIL...JE TE PORTE L'AUBE..EST DISPONIBLE..[/color]
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              • #2875454
                Plume de platine
                ★★★★★☆
                Avatar photoplumedoiseau
                Membre Oasis
                  • Sujet: 1045
                  • Réponses: 4596

                  Merci à Lilie-Sarah et Poémic pour vos commentaires. J’en suis très touchée…

                  Amitiés

                  Anne

                  🪶 Signature de la plume

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                • #2875565
                  Mascotte d’Oasis
                  Mascotte d’Oasis
                  Avatar photoMostafa
                  Membre Oasis
                    • Sujet: 3041
                    • Réponses: 21666

                    Un texte fort, poignant, surgi du fin fond de l’être, sorti des viscères et des tripes; un texte émouvant qui vous émeut profondément!

                    🪶 Signature de la plume

                    Ma vie n'est plus une barque dans une mer enrag?e
                    Et je ne suis plus le naufrag?!
                    ...............................................................................................
                    Mostafa, point fat, seul, las, si doux, r?vant de sa mie!!!

                  • #2875586
                    Plume de diamant
                    ★★★★★★
                    Avatar photoflamandine
                    Membre Oasis
                      • Sujet: 1259
                      • Réponses: 17114

                      Bonjour plumedoiseau, un tres beau recit que cette rencontre !
                      Un ecrit compose dans un style tres original a travers lequel images et sensations se croisent telles des personnes . Un recit ou l on
                      cotoit le mystere et l intemporel .

                    • #2875594
                      Plume de platine
                      ★★★★★☆
                      Avatar photoplumedoiseau
                      Membre Oasis
                        • Sujet: 1045
                        • Réponses: 4596

                        Merci à Mostafa, Flamande et Honoré pour votre passage et votre appréciation.

                        Comme quoi, une contrainte fait naître la créativité, et qui sait, notre être véritable….

                        Toute mon amitié

                        Anne Marie

                        🪶 Signature de la plume

                        http://poesieetsculpture.jimdo.com/

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                        La po?sie c'est une lettre d'amour adress?e au monde.
                        Charlie Chaplin

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