-
Sujet
-
[…]Ses gesticulations étaient ridicules. Parvenait-elle à se trouver belle ? Peut-être était-ce de cette beauté invisible à ses propres yeux ? Elle se regardait devant un grand miroir, pour se persuader de la splendeur de ses achats vestimentaires, dans un regard narcissique, elle cherchait désespérément à saisir l’insaisissable réalité de ce qu’elle ne voyait pas et elle me demandait avec un air de petite fille, un avis sur son élégance et sa belle étoffe ; elle avait besoin de recueillir des compliments voire même des flatteries sur sa toilette ; elle inclinait la tête, passait à gauche, à droite, puis elle repassait; comme mes réponses n’étaient pas conformes à ses attentes et que je n’aurais eu que des mots pour rire, elle me disait sèchement reprenant soudain son allure raide, comme si une force mystérieuse inversait brusquement sa polarité « Vous n’avez aucun goût, c’est signé » ; je demandais alors de quelle signature il s’agissait, et cela mettait court à son défilé de mode, sa vanité était blessée, son visage devenait blanc sous l’effet d’une colère contenue qu’une lèvre tremblante ne pouvait dissimuler. Elle n’avait pas le sens de la beauté et seul le prix payé était sa garantie d’élégance ; elle tentait de se donner des airs d’un monde qui n’était pas le sien. …
Pierre-Louis SESTIER
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.