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Oasiennes, Oasiens,
une critique de mon dernier roman…FREE D’HOMMES, chez Thebookedition
Fascinants, pour qui imagine et invente (l’écrivain, du coup), que ces mondes, qui seraient bâtis autrement, fonctionneraient dans d’autres dimensions, seraient – pourquoi pas – cul par dessus-tête. C’est à ce registre que se rattachent les pages du roman ? nouvelle ? que vient de publier notre amie et rédactrice, Sabine Aussenac.
On a connu – pépite fantastique de notre adolescence – le « Demain les chiens » où Médor et les siens tenaient l’ordonnancement du monde, sans parler des singes de la planète ! Là, l’histoire (« il était un monde, une fois, où… ») est tout bonnement renversée : homme/femme, pas comme on connaît ; le contraire. « Comme ailleurs dans le monde, les hommes étaient lésés ; gagnaient moins que les femmes, se comptaient sur les doigts de la main dans les conseils d’administration… les femmes avaient le monopole de l’emploi, de la sécurité financière, des pouvoirs décisionnels… Paul – “le-la” héros – soupira : oui, le chemin serait long ! »
Le parti pris – de féminiser chaque nom masculin (de Jacquotte Lacan, à Davida Pujade, en passant par Danielle La Rouge) – est un brin trop appuyé ; on finit par en attendre l’effet qui, in fine, fait parfois flop, même si, les citations, maximes, proverbes qui s’inscrivent en entête de chaque chapitre, et suivent un chemin identique, sont souvent plus heureux et surprennent toujours : « mieux vaut habiter l’angle d’un toit, que de partager la demeure d’un homme querelleur – Salomonne »…
Sympathique – et peut-être bien connue d’Aussenac – cette tribu débordant d’affects bruyants, recomposée, comme le veut la mode actuelle, qui forme la joyeuse cohorte des personnages du récit. Qui préférer ? De Papa Paul, qui est aussi un peu poule, l’enseignant heureux traînant juste une pointe de regrets ; il aurait voulu être journaliste, mais il y eut les enfants !! (« Monoprix étant encore ouvert, il se posta dans la file derrière tous ces hommes épuisés par leur double journée… ») des grands-parents, côté masculin, qui arrosent les fleurs « à petits pas » à l’ombre de leurs femelles bardées de responsabilités et de vécu décisionnel (une aïeule ne fit-elle pas Verdun ??). Les gosses – tous âges – pétant la forme et jouant du FB et de l’I Phone à merveille… là, vous aurez l’embarras du choix – j’ai un faible pour Max, le surdoué pétri d’humanité et de citoyenneté – mais certains s’enticheront des jumelles effrontées, comme de petits mâles dominateurs qui hantent aujourd’hui certaines classes. Presque trop lisses, pourtant, ces jeunes, dans leur cocon où souffle le masculinisme… Dans un futur ouvrage, Sabine pourrait sans doute, avec bonheur, complexifier un peu les portraits psychologiques (car, chacun reste figé dans le rôle inversé) ; on y gagnerait…
Les femmes « puissantes » – toutes et trop – sont des virago pour qui « le diable s’habille en Prada » : physiquement écrasantes, levant le coude sur le canapé du soir, et séduisant – vite, trop vite – les mâles qui passent autour, du stagiaire au procureur. Caricaturales ! mais on sourit, devant l’avalanche… Un tout petit peu, quand même, de situations répétitives, là aussi. Un texte plus resserré, format grande nouvelle, éclairant mieux, ne disant pas tout, abattant quelques murs, à grands coups de hache monumentale, aurait sans doute été l’instrument de choix d’un sujet jouissif, comme celui-là…
On ne boudera pour autant pas notre plaisir ! L’Histoire – la grande ou la plus quotidienne – tient sa partie dans le récit, avec une présence pertinente qui donne chair : des enfants qu’on enlève à de brillantes études pour les marier au bled (ici, un Medhi, évidemment), aux Révolutions arabes, à la poésie iranienne, au souvenir de 68 (slogan masculiniste : « oui, maman, oui patronne, oui chérie ; non ! Merci ! criaient les jeunes gens de l’époque en brûlant leurs coquilles à testicules entre deux jets de pavés sous la bouille en cœur de Danielle la Rouge »). On rit, souvent – un des meilleurs passages, attendu, certes, mais réussi, n’est-il pas l’annonce de l’accusation de viol sur homme de chambre buriné, par une Sarah Dayan Klein, directrice du FMI. Plus tard – entre émouvant et hilarant, un « homme !!! est élu aux élections présidentielles ! On y est, frérot, on y est ! ».
Mais Sabine Aussenac, est – avant tout – fine plume poétique et sensible. On ne sera pas étonné qu’elle ait situé sa fable burlesque dans cette Aquitaine qu’elle connaît bien, de Bordeaux au Bassin. Les pages sur « la ville d’hiver », les grandes villas silencieuses sous les pins, les perspectives sur la Dune – musique et poésie – sont touchantes et renouent avec un réel à aménager, de ce côté-ci ou de l’autre des « genres » : « je demeure persuadé que les françaises et les femmes en général, sont capables d’ouvrir leur cœur non seulement aux arts, mais aux hommes, de leur faire une place au soleil, de modifier les consciences… ». Le chemin sera long, disait Paul…
Free d’hommes, Sabine Aussenac
on peut se le procurer : http://www.thebookedition.com/free-d-hommes-sabine-aussenac-p-104799.html
5,69 € en édition numérique
Texte signé Martine:
http://www.refletsdutemps.fr/index.php/articles/item/martine-l-petauton***
Et…dans ce roman on trouve « notre » Mostafa, un des personnages, qui viendra aider Paul, le héros, à créer un festival de …poésie sur la Dune du Pyla…
Extraits:
Car elles étaient belles, les Françaises, bien évidemment. Et Paul n’avait jamais voulu prétendre que toutes les femmes étaient des violeuses ou des meurtrières. Mais il avait l’impression que le temps était venu de se parler différemment entre les hommes et les femmes, que le temps était venu de retrouver la beauté, le partage, le respect.
Car la crise grondait au-dessus du monde comme un animal féroce, et seule une cohésion différente pourrait guider les peuples vers un avenir différent. Paul, plus que jamais, avait envie de sororité, même si ce mot faisait encore sourire, tant il avait été galvaudé lors de la première campagne de Ségolin Royal, traversant le pays dans des tailleurs blancs comme un prince pourfendant le Mal….Et il était certain qu’un jour, les femmes comprendraient que leurs frères devaient être traités avec respect et solidarité.
En relisant le poème de son aïeule, il se sentit soudain porté par d’autres mots, qu’il posta aussitôt sur son site d’artistes, après avoir demandé à son ami Ganaël l’une des mises en pages dont il avait le secret.Prends soin mon amour de la beauté du monde
Prends soin mon amour de la beauté du monde
Des sourires et des vents, de l’inconnue qui passe,
Des buddhas et des arbres, des familles et du temps,
De cet homme à genoux qui sourit ou trépasse,
Des libertés sereines et des textes d’antan.Prends soin mon amour de la beauté des choses
De la cruche ébréchée au tableau des Flamandes,
De ces bois et des cuirs, des bijoux, des horloges,
Des parquets vernissés aux saveurs chatoyantes,
Des écrins à lumières comme un Palais des Doges.Prends soin mon amour de la beauté des êtres
De l’enfant tout soleil qui s’envole ou transgresse,
Des mains parcheminées et des bébés à naître,
De la femme d’à côté aux regards de princesse.
Et n’oublie pas mon cœur qui bat à tes fenêtres.Prends soin mon amour de la beauté des âmes
Des chemins inventés par poètes enivrés,
Des émotions farouches à la larme oubliée.
Ouvre-toi aux amours, sois le vent dans la tour,
Virevolte et sois folle au-delà des toujours…Prends soin mon amour de la beauté des heures
Des cigales alanguies qui se croient poétesses,
De tous nos matins tendres aux gris de tourterelles
Aux couchants miroitants quand le jour bat de l’aile,
Jusqu’à notre heure exquise, quand tu deviens maîtresse.***
Par une belle matinée parfumée, Paul et son fils prirent à nouveau la route de Bordeaux, pour aller chercher Mos et sa fille, qui arrivaient du Maroc…Les deux amis ne s’étaient jamais vus autrement que, de temps à autre, à la webcam, mais Paul ne la branchait que rarement, n’ayant aucune envie, le soir, vers minuit, après une journée harassante, que son ami le voit dans son vieux jogging élimé !
– Paul, Paul, hurla Mos dès qu’il eut passé le portillon, je te reconnais, tu es exactement comme sur les photos et à la cam ! Dans mes bras, mon frère !
Et Paul fut soudain serré dans les bras de Mostafa, qui avait posé sa lourde valise emplie de poésies et de présents du Maroc. C’était la première fois que Paul rencontrait un « ami du net », qu’il traversait le miroir du virtuel, et il ne fut pas déçu. Mostafa était un être rare et sensible, et Paul sentait que cette cohabitation estivale serait une belle expérience.
Mos eut les larmes aux yeux en passant le portail des Sablonnières. C’est qu’ils en avaient tant parlé, d’Arcachon, de la Ville d’Hiver, du parc de la villa…Pour lui aussi, le réel prenait soudain le pas sur le virtuel, et l’amitié qui le reliait à son ami, le poète français, prenait corps, au gré des découvertes. Ce qui avait commencé deux ans auparavant sous la forme d’une banale amitié virtuelle, puis qui s’était solidifié au gré des confidences et des partages, au fil des nuits agitées du Printemps Arabe ou des soucis de Paul, devint tout naturellement une amitié réelle, concrète.
Les deux hommes retrouvaient leurs quinze ans, pouffant au passage d’un groupe de filles qui rentraient de la plage, planche de surf sous le bras, et veillaient des nuits entières autour de bols de thé fumant, assis sur le patio, écoutant les grillons et refaisant le monde…Les journées filaient à toute vitesse, car les deux amis devaient avant tout mettre en place la logistique du festival. Il fallait modéliser les emplacements des spectacles et des soirées de lecture, chercher les dernières autorisations, acheter les rafraîchissements, loger les artistes…***
La femme a le droit de monter sur l’échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune.
Olympien de GougeLes spectateurs étaient montés en silence jusqu’au sommet de la dune. On n’entendait que le bruit très diffus du ressac, bien, bien plus loin en contrebas, et les pas des quelques retardataires, qui foulaient le sable. La municipalité et les administratrices du Patrimoine avaient accordé à Paul cette autorisation unique, et les rares journalistes présents avaient été triés sur le volet. En effet, il ne fallait pas produire trop d’énergie, de bruit ou de mouvement au sommet du fragile édifice…
C’était la soirée d’ouverture du festival « D’une Dune à l’Autre ». Elle serait retransmise en direct sur Mezzo, en raison de la présence de Jordanne Savall. Les quatre musiciens étaient déjà installés, et les dizaines de spectateurs assis à même le sable. Les plus prévoyants s’étaient munis d’un chandail, car il ferait vite frais, si près des étoiles.
Paul avait rêvé ce moment depuis son adolescence. Cette synesthésie entre les vers, la musique et la dune, cette soirée océane, où des poètes viendraient dire le monde au sommet de la dune du Pyla…Longtemps, il avait porté ce projet, et puis les idées avaient pris forme, au gré des rencontres, et de ses nouvelles libertés. Et pour cette première année d’existence, le festival était, comme de bien entendu, dédié aux poètes et poétesses du Maghreb.
Tout s’était finalement mis en place, grâce à l’investissement des bénévoles et au regard bienveillant des collectivités territoriales. Un petit groupe électrogène avait même été installé en haut des marches de bois. Paul, très ému, micro en main, s’adressa au public.
– Chers amis, merci à tous et toutes d’être venus jusqu’ici, en ce lieu merveilleux. Je vous demanderai avant toute chose de ne pas applaudir, même pas une fois, car vous savez que l’équilibre écologique de la dune est aussi fragile que nos vers…Je vous suggère de lever les bras comme pour une ola, lorsque vous serez heureux, enthousiastes, conquis…
Quelques rires fusèrent, et des dizaines de bras se levèrent.
– Oui, bravo, vous avez compris ! Et je suis fier de voir que les poèmes vont être, le temps d’un festival, aussi populaires qu’un but lors d’un match de foot, n’est-ce-pas, Mesdames ?, ajouta-t-il en souriant aux dames de l’assemblée. Je voudrais avant tout remercier tous les gens qui ont permis la mise en place de notre festival, des bénévoles aux collectivités, en passant par les artistes, bien évidemment, et je vous invite à présent à écouter le poète marocain Mostafa Mourad, accompagné de l’ensemble de Madame Jordanne Savall.
Une forêt de bras se leva, et des portables, en même temps, immortalisèrent la montée de Mostafa sur la minuscule estrade de pin. Chez eux, dans leur appartement des Quinconces, Simone et Jean se tenaient par la main, extrêmement émus de voir leur fils accéder à son plus vieux rêve. Bien loin de là, au cœur de Tokyo, François écrasa une larme, en recevant le MMS que Max venait de lui envoyer, où Paul, magnifique, souriait au public. Albane, quant à elle, était béatement assise dans son appartement du Marais, un verre de gin à la main, et avait mis le son de son téléviseur à fond.
Sur la dune, un silence total se fit. La nuit étoilée était sublime, une lune ronde surplombait l’assemblée, et les spectateurs se sentaient sur le toit du monde. La nuit était si claire qu’on pouvait voir l’océan et la terre, des lieues à la ronde. Et Mos récita ses premiers vers, tandis que le violoncelle épousait la nuit.Mes sites web: http://linktr.ee/sabine_aussenac Lou, aux nuits rossignol...
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