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LE PREMIER ARBRE DE L’ALLEE – Emile Verhaeren

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoFrance, le 01-03-2014 16:17.
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  • #2632207
    Plume de diamant
    ★★★★★★
    Avatar photoSelenia
    Membre Oasis
      • Sujet: 1828
      • Réponses: 14419

      [url=http://www.hostingpics.net/viewer.php?id=975175PREMIERARBREDELALLEE.jpg][/url]

      Le premier arbre de l’allée

      Le premier arbre de l’allée ?
      – Il est parti, dites, vers où,
      Avec son tronc qui bouge et son feuillage fou
      Et la rage du ciel à ses feuilles mêlée ?

      Les autres arbres ? – L’ont suivi
      Sur double rang, à l’infini ;
      Ils vont là-bas, sans perdre haleine,
      A sa suite, de plaine en plaine ;
      Ils vont là-bas où les conduit
      Sa marche à lui, immense et monotone,
      A travers la fureur et l’effroi de l’automne.

      Le premier arbre est grand d’avoir souffert
      Depuis longtemps, c’est dans ses branches
      Que les hivers
      Prenaient, des beaux étés, leurs sinistres revanches ;
      Contre lui seul, le Nord
      Poussait d’abord
      Et ses rages et ses tempêtes
      Et quelquefois, le soir, il le courbait si fort,
      Que l’arbre immensément épars sous la défaite
      Semblait toucher le sol et buter dans la mort.
      L’orage était partout et l’espace était blême ;
      L’arbre ployé criait, mais redressait quand même,
      Après l’instant d’angoisse et de terreur passé,
      Son branchage tordu et son front convulsé.
      Grâce à sa force large et mouvante et solide,
      Il rassurait tous ceux dont il était le guide.
      Il leur servait d’exemple et de gloire à la fois.
      Au temps de l’accalmie, ils écoutaient sa voix
      Leur parler à travers l’émoi de son feuillage.
      Ils lui disaient leur peur en face du nuage
      Qui rôdait plein de foudre à l’horizon subtil.
      L’un voulait fuir sans lutte et l’autre se défendre ;
      Tous différaient d’avis, quoique voulant s’entendre,
      Si bien qu’il lui fallait assumer le péril
      D’entraîner seul, là-bas, en quels itinéraires !
      Ces mille arbres nourris de volontés contraires.

      S’il les menait ainsi, c’est qu’il savait agir
      Son vouloir était dur, mais son geste était souple.
      Pour les mieux exalter, il les rangeait par couples
      Et dès qu’au loin il entendait le vent rugir
      Farouche et violent, il se mettait en route.
      Eux le suivaient, abandonnant dispute et doute,
      Heureux de retrouver un chef dans le danger.
      Ils adoraient alors et son geste enragé
      Et son cri despotique à travers les tumultes.
      Par les soirs éclatants ou par les nuits occultes,
      Il tenait tête à tout le ciel, tragiquement ;
      Tous l’admiraient et tous se demandaient comment,
      A mesure que l’ombre étreignait son écorce,
      Il sentait mieux l’orgueil lui insuffler la force.

      Mais les arbres qu’il entraînait dans ce combat
      Que son ardeur changeait en fête,
      Bien qu’ils fussent ses compagnons, ne savaient pas
      Quel signe alors sacrait sa tête.
      Nul ne voyait le feu dont l’or le surmontait
      – Vague couronne et flamboyance –
      Et que s’il était maître et roi, il ne l’était
      Qu’en s’affolant de confiance.

      Emile Verhaeren – Les flammes hautes

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    • Auteur
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      • #2906005
        Plume de platine
        ★★★★★☆
        Avatar photoFrance
        Membre Oasis
          • Sujet: 1224
          • Réponses: 8676

          Bonsoir chère Hélène,

          Comme j’aime Verhaeren.. sans doute nous retrouvons-nous, gens du Nord, dans cette poésie particulière, alliant la force et la nostalgie..
          C’est un beau texte, que je ne connaissais pas, et ta photo l’illustre bien !

          Merci, je t’embrasse,

          Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
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