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Ah, tu verras, tu verras, tu seras toujours là…
Texte à retrouver aussi sur le blog du Monde:
http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/03/04/ah-tu-verras-tu-verras-tu-seras-toujours-lahommage-a-claude-nougaro/http://www.youtube.com/watch?v=jU8Tg1cRZhY&feature=kp
Je te cherchais, Claude, sur le fil ténu de mes mémoires, lorsque, perdue dans l’aridité des Monts d’Auvergne, notre brique me manquait. J’attrapais un vinyle, allumais un bâtonnet d’encens au jasmin, et puis ta voix chaude me rendait notre Ville Rose, au détour de tes vibratos et des puissances folles. Je revoyais la petite étudiante perdue, qui débarquait de ses prairies tarnaises, navigant entre la prépa et la gare, et qui, au fil des mois, apprivoisait les tuiles et l’Autan.
Tu m’évoquais les tasses vert et or de notre Florida, et puis les flancs doux de Garonne, lorsque nous marchions, découvrant le monde et les garçons, au contre-jour des platanes, fredonnant tes chansons comme on dit un poème.
Ce premier concert, et la foule communiant tes paroles, tu étais le Midi, tu étais le Canal, tu étais le taureau, et nous aimions cette force qui disait nos terres, nos histoires, au-delà des océans et des mers. Car bien sûr, tu nous avais quittés. Tu disais la bonne aventure bien loin de la croix de notre Capitole, tu parlais parisien, jusque dans la Grande Pomme qui nous offrit tes modernités…Tu sais, Claude, tu nous donnais le monde. Bien avant d’avoir vu les dentelles des clochers vendéens, j’ai découvert Ré et tes étés languissants ; tu nous lisais l’Histoire des hommes, quand tu hurlais ton Mai que je regrettais tant de n’avoir connu ; tu nous apprenais à lire la vie, quand tu faisais courir les petites filles en pleurs en quai de Seine, nous murmurant que les amours sont belles, mais si douloureuses, aussi ; et puis avant même que d’être mère, j’ai eu envie qu’un père un jour parle de notre fille qui s’appellerait Cécile, tant tes sanglots de tendresse m’éblouissaient…
Car ta façon de ciseler les mots, d’en marteler les tocsins et les fièvres, m’ordonnait de grandir, pour dévorer ces vies que tu nous racontais. Et puis la canopée de tes chants, majestueux comme l’ombrage infini où bruissent tous les vents, cette frondaison de sons, de vers chaloupés, de swings et de folies, Dieu qu’elle nous manque, oh, si tu savais…
Claude, cela fait dix ans aujourd’hui. Dix ans que nous sommes orphelins de tes mondes, dix ans que notre ville nomme des salles, des lieux, en ton honneur, et que nous te cherchons, voyons, sentons en chaque pincée de tuiles.
Quand je prends le métro vers le nouveau quartier de Borderouge, je serre contre notre cœur notre brique rose des Minimes…
Quand je rentre d’un concert en murmurant des notes bleues, je frémis lorsque l’église St Sernin illumine le soir d’une fleur de corail que le soleil arrose…
Nos mémés aiment toujours la castagne, les grands avions quittent toujours Blagnac. L’eau verte du Canal du Midi a déjà aperçu la magnifique péniche que ta fille nous offrira bientôt en mémoire de tes cultures.
http://www.ladepeche.fr/article/2014/01/06/1788371-la-peniche-nougaro-restauree-au-port.html
Tu n’es pas vraiment parti, Claude. Même si mon chagrin roule parfois comme un torrent de cailloux…
Ah, tu verras, tu verras, tu seras toujours là…
Sabine Aussenac.
Mes sites web: http://linktr.ee/sabine_aussenac Lou, aux nuits rossignol...
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