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La nuit des loups…

  • Ce sujet contient 3 réponses, 3 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoLouandrea, le 29-08-2014 21:36.
  • Créateur
    Sujet
  • #2634822
    Plume de platine
    ★★★★★☆
    Avatar photoLouandrea
    Membre Oasis
      • Sujet: 1382
      • Réponses: 2565

      La nuit des loups

      Apprendre à composer, à se décomposer. Les arpèges bleus de nos espérances, de free jazz se font marche militaire.

      Ne plus être dépositaire de soi-même, vivre en poste restante. Les colifichets ont cédé la place aux colis fichés.

      Ne plus oser être sauvage, dompter l’animal, mais vivre dans la perte de nos savanes et steppes. Le lion est mort ce soir. Peuple des loups, adieu.

      Nous vivions à bout de souffle, le cœur au bord de l’âme. Dans le papier millimétré du quotidien, nous traçons à présent notre avenir à la règle.

      Ecran dégrisé de nos nuits blanches. Jours sombres de ces nuits qui ne servent plus qu’à dormir: elles ont perdu leur ontologique fonction de mères maquerelles.

      Au cinéma Paradisio, les strapontins mités s’effritent, tandis que nous branchons les écrans plats de la facilité. A l’aulne de la mire, nous contemplons des miradors aux allures d’éoliennes. Il est si facile de nous faire prendre nos désirs expurgés de sens pour de belles réalités.

      Même les rêves sont banalisés, canalisés, dévalisés de sens; on espère une promotion, une PROMOTION, alors que nous voulions changer la vie… Rimbaud poète de cour. Abyssinie au fin fond du Gers.

      JE n’est plus un autre, JE est cette entité parfaitement sociabilisée qui n’oublie jamais de passer au pressing. Je a perdu ses semelles de vent, il est adscriptus glabae dans la corvée des bienséances.

      Ne plus connaître le nom des chanteurs et des groupes, premier symptôme de l’Alzheimer des libertés. Ecouter Mord moi la langue et être choqué au lieu de frissonner. Compteur bloqué sur Drucker ou Sébastien, ne plus regarder Taratata. Nos notes bleues évaporées cèdent la place au bal des vampires de la médiocrité.

      Rouillées au fond d’un garage aux étagères ordonnées ou d’une mémoire de plages atlantiques, les sardines de la tente sont symboles de notre ascension sociale; nos enfants ne connaissent même pas l’expression « dormir à la belle étoile ».

      Chalouper le long des allées d’Ikea. Autrefois, passer des heures au fil d’un voyage immobile, sur des coussins en patchwork, à refaire le monde en écoutant Pink Floyd. Le Che en affiche rouge a aujourd’hui des allures de portrait présidentiel.

      Faire calculer sa retraite, pendant que la génération d’avant pense à l’achat d’une concession. Logarithmes de plomb. Nous comptions, autrefois, les étoiles. Leur doux frou-frou s’est cristallisé sous la glèbe de nos deuils.

      Dans la salle de bains, l’armoire à pharmacie prend plus de place que l’étagère des produits de beauté. Belle de nuit évaporée au gré des ordonnances: nos soieries se font flanelle.

      Ne pas rater une seule réunion de copropriétaires, mais ne connaître aucune des nouvelles capitales européennes. Notre univers se rétrécit au fil des barbelés de notre morale. Accrochées tels drapeaux de prières vides de sens, nos souvenirs rouillent et claquent au vent mauvais.

      Où êtes-vous, orages désirés? Nous avons muselé nos tempêtes et encordé nos rêves. Endeuillés d’espérances, nous nous contentons d’un quotidien sans tambour ni trompettes, regard rivé au sol des sordides.

      Cheveux longs idées courtes, mais la plage mugissait sous nos pavés jetés. Peroxydées de banalités ou en attente de calvitie, nous feuilletons les catalogues de la compromission. N’est pas Karl Lagerfeld qui veut.

      Nous avions faim d’univers, nous avions soif de mondes. Etanché, notre appétit devient anorexie sociale.

      Ailleurs, les Indignés battent le pavé, les excités en appellent à Allah, les peuples se soulèvent.

      Ici, le changement, c’est…jamais.

      Peuple des loups, sortez des bois!

      Rêves, reprenez du poil de la bête!

      Animale, j’ai retrouvé le sens des âmes. Esprit libre, j’ai appris à respecter mon corps.

      Si tu attrapes ma main, nous sauterons à pieds joints de la falaise du non sens vers l’océan des impossibles.

      Je t’attends.

      Sabine Aussenac

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      Mes sites web: http://linktr.ee/sabine_aussenac Lou, aux nuits rossignol...
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    • Auteur
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      • #2925500
        Plume de diamant
        ★★★★★★
        Avatar photoflamandine
        Membre Oasis
          • Sujet: 1259
          • Réponses: 17114

          Bonjour Louandrea, j ai apprecie cet ecrit qui invite a entrer dans un univers riche d analyses de la societe contemporaine .

        • #2925511
          Mascotte d'Oasis
          Avatar photoislander
          Membre Oasis
            • Sujet: 8957
            • Réponses: 96778

            bonjour louandrea, serait ce la fin d’une civilisation ? le poème a beaucoup d’acidité, mais d’acidité salvatrice qui nous montre sans concession, le monde tel que nous le vivons, chaque vers rencontre notre vérité, le tout interpelle notre pensée avec la secrète espérance de changements, qui osera, et comment ? merci du partage

            yann

          • #2925802
            Plume de platine
            ★★★★★☆
            Avatar photoLouandrea
            Membre Oasis
              • Sujet: 1382
              • Réponses: 2565

              Merci à vous deux!♥

              Lou-ve

              Mes sites web: http://linktr.ee/sabine_aussenac Lou, aux nuits rossignol...
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