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Poème partagé par GGosseyn – création poétique en ligne
Sur une autre planète, une civilisation de machines dont les créateurs ont depuis longtemps disparu.
Elles traquent dans la galaxie toutes les formes de vie organique intelligentes pour les anéantir.
Mais – sécurité laissée par leurs créateurs ? – elles ne peuvent le faire que de façon indirecte. Pour anéantir la vie sur une planète, elles peuvent détourner un météore ou provoquer une éruption volcanique, mais pas atomiser la planète avec des armes. Elles observent la Terre depuis longtemps, très longtemps.
Arishem, exécuteur principal et responsable du secteur Terre, s’entretient avec ses conseillers et serviteurs. Thanos est spécialiste de la planète Terre et des affaires humaines. Le Chœur est un programme informatique qui reproduit la pensée et les réactions des principaux dirigeants de la Terre (politiques industriels, intellectuels en vogue, … ).
Acte III : La résistance
(Arishem)
— Ce que tu me décris paraît trop fantastique.
Me dis-tu vraiment tout ?(Thanos)
— Seigneur, il y a un risque.
Car l’humain fait parfois preuve d’intelligence.
Et certains ont bien compris qu’avec diligence
Il fallait réagir. Alors les cris d’alarmes
Se multiplient. Dessous l’assourdissant vacarme
Des médias, d’Internet, de la télévision,
De moult jeux du cirque chantant la cohésion
Nationale, du matraquage, dont l’action
Pousse toujours plus loin la surconsommation,
Des réseaux sociaux propageant les rumeurs –
Mais aussi par leur biais – s’élève une clameur.Ce n’est pas un chorus, c’est une multitude.
Des voix qui s’interrogent, prient un interlude
Dans l’expansion sans frein des multinationales,
Et prônent une action internationale.Des voix scientifiques: climatologues, GIEC,
Mais aussi sociologues, alertant sur l’échec
Patent du compromis climat et capital,
Prédisant pour bientôt l’emballement fatal :
Sécheresses, famines, élévation des mers,
Émigrations massives, et menaces de guerres.Les voix d’économistes, une minorité,
En rupture avec ceux qui font autorité:
Les prêtres vigilants du dogme libéral,
Les fidèles servants de la trilatérale.
Cette minorité donc, constate, atterrée
L’économie mondiale en l’impasse enferrée ;
La clarté du bons sens dissociée par le prisme
Du déni absolu, l’ordolibéralisme,
Et prédit les effets d’une telle amaurose :
L’enchainement des crises vers l’apothéose.Les voix d’associations environnementales,
Qui ont résisté au supplice de Tantale :
Investir dans des activités lucratives,
Une telle démarche étant impérative
Puisqu’on ne peut lutter sans des fonds conséquents.
Mais les profits ne viennent qu’en hypothéquant
En partie les principes qui sous-tendent la cause.
Ainsi, par une sorte de métempsycose,
Ceux qui hier condamnaient les firmes qui polluent
Sur leurs activités jettent leur dévolu
Parce que plus profitables, et, ainsi déconfits,
Souillent l’écosystème pour faire des profits.
Ceux qui ont résisté, à l’instar de Greenpeace,
Depuis longtemps ont vu le bord du précipice,
Et, prenant de la force, impulsent des actions,
Dont la portée fait naître la stupéfaction.Les voix de journalistes ; Oh ! un tout petit nombre !
Qui prennent le risque de demeurer dans l’ombre,
Mais ils font leur métier, fouillant sans complaisance,
Démythifant la « Mystique de la croissance »,
Entretenant l’espoir qu’enfin « Tout peut changer »,
Pour peu que les humains, unis face au danger,
Prennent le grand virage qui peut changer leur sort,
Au prix d’un abandon: détendre le ressort
D’une économie devenue incontrôlable,
Renoncer à un train de vie invraisemblable,
Et penser autrement. Patiemment, ils enquêtent,
Accumulent les faits, les idées, les requêtes,
Compilés en essais, articles, reportages.
Ils font que peu à peu la rumeur se propage.Et par dessus cela, la clameur des victimes,
Effets collatéraux de fins illégitimes.
Toujours en anoxie, l’industrie du pétrole
Étend ses débouchés, sans tenue ni contrôle.
Sable bitumineux ou pétroles de schiste,
Extractions sauvages, sondages anarchistes,
Forages abyssaux, forages en arctique,
Extrativisme extrême, et pour seule tactique :
Toujours plus de profits, réduction des dépenses,
L’argument de l’emploi en guise de dispense.
A cette insanité il y a un corollaire :
Incidents, accidents, désastres planétaires,
Explosions de trains, eau qui brûle, marées noires,
Cours d’eau Kalamazoo changé en dépotoir…
A ces joyeux lurons, se joignent des compères :
L’industrie chimique, les lobbies nucléaires :
A.Z.F., amiante, P.C.B, Mox, dioxine,
Scandales sanitaires, coulées d’alumine,
Fukushima, Tchernobyl, et demain ? Marcoule ?Mais il faut nous méfier de ce qui en découle :
Le lot des victimes ne cesse de s’étendre ;
Alors elles se rebellent, elles veulent se défendre.
Alors que la Terre devient un vrai gruyère
Un contre-mouvement lentement se fédère.
Il s’agissait d’abord d’actions isolées,
Endroits lointains et peuples marginalisés.
Nez percés, Ijaws, Elsipogtog, Ogonis,
Passamaquoddys, Inupiat, Inuits, Lummis,
Skouries et Pungesti, Nauru et Balcombe,
Qui donc connait ces noms, qui connait l’hécatombe,
Qu’ils ont dû affronter dans une haute lutte ?
Certains nomment un peuple vivant dans des cahutes,
D’autres nomment des lieux et leur écosystème.
Mais dans chacun des cas, les buts étaient les mêmes
Préserver l’eau saine, préserver la nature,
Préserver l’habitat, préserver les cultures,
Préserver les enfants, adultes et vieillards,
Contre l’insanité des chasseurs de dollars,
Des enfants de Cortés, du rêve de Midas !
Ceux qui se sont battus, comme Léonidas,
Vainqueur aux Thermopyles, ont obtenu victoire
Sans doute temporaire. Qu’importe ! L’espoir
Qu’ils ont fait naître crée une émulation,
Et pour le monde entier c’est la révélation:
David contre Goliath gagne, finalement.
La fronde frappe au front les grands, légalement.Tous ceux qui ont compris l’enjeu pour la planète
Trouvent des stratégies, inventent des concepts.
Les gardiens du passé guident leur avenir.
On voit d’anciens savoirs peu à peu revenir
Mêlés à la technique, harmonieusement,
Éclairant les possibles, insidieusement.
Un million de révolutions tranquilles
Se déploient, sur terre, les iles ou presqu’iles ;
Des idées insensées tout en étant profondes
S’échangent, se propagent à l’échelle du monde.
La mondialisation, cause de tant de maux,
Connecte les Dadjo avec les esquimaux,
Et chacun peut parler des choses qui l’atterrent.
Terre est une femme, les femmes sont la Terre :
Ce qui prive le sol de sa fertilité
A aussi un impact sur la natalité.
Il n’y a pas entre elles de dichotomie.
Quand la Terre subit une hystérectomie,
La survie des humains, leur reproduction,
Est aussi menacée. Et cette déduction,
Le souhait d’en finir avec la pollution,
Fait enfler la colère et la révolution.Cette vague qui enfle, elle est notre ennemie ;
Aujourd’hui clapotis. Et demain ? Tsunami ?
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