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Poème partagé par GGosseyn – création poétique en ligne
Acte IV : La répression
(Arishem)
— Ce que tu dis m’ennuie. Cela peut les sauver.
Si l’humanité prend ce virage mauvais,
De notre Armageddon nous pouvons faire le deuil.(Thanos)
— Le sort de l’être humain se joue entre deux seuils:
L’un qui détermine l’enchainement fatal
Où le climat s’emballe et devient létal
Conduisant à la fin de l’homme et de l’anthropocène.
L’autre, où les humains fatigués par l’obscène
Bacchanale des grands et leurs fausses réformes
S’éloignent du conforme et puis du non-conforme,
Refusent de souscrire au sort inéluctable,
Assument leur destin et retournent la table.
Ces deux seuils décident deux bouleversements.
Le premier est certain, une question de temps;
Le second, contingent, peut mettre très longtemps,
Ne jamais voir le jour, ou s’embraser demain.Pour que l’humanité n’ait pas de lendemain,
Il nous faut retarder ce qui est incertain
Tout en facilitant la venue du certain.
Il suffit de pousser dans le sens de la pente
Et faire accélérer la horde galopante
Vers le gouffre sans fond où elle veut s’abimer.
Les leviers sont multiples, faciles à animer.Prioritairement, le levier du déni.
Ces assemblées éparses qui forment des nids
De contestation et de pressante alarme,
Il ne faut pas qu’elles se fédèrent. L’arme
Est déjà fourbie : c’est la communication.
Il suffit de contrer leurs revendications
Par des rapport d’experts, des avis entendus
De politiciens, scientifiques, vendus;
Les marginaliser, laisser planer le doute
Sur leurs affirmations et que chacun redoute
Le monde qu’elles proposent : un lendemain où git
Le si précieux confort:(Le Choeur sur un ton pressant et accusatoire)
— « Retour à la bougie,
A la tuberculose, à l’âge de la pierre,
Si nous condamnons les centrales nucléaires. »(Thanos)
— Il est très aisé de nourrir le scepticisme ;
Ces idées salvatrices, frapper d’ostracisme.
Dans une économie mondialisée, ouverte,
Rien n’est moins évident que la transition verte.(Le Chœur cynique, sûr de lui, condescendant)
— « Énergies verdoyantes ? Photovoltaïque ?
Biomasse ? Hydraulique ? Éolien ? Géothermique ?
Mais il faut s’adapter aux rythmes naturels,
Ceux-ci sont fréquemment anticonjoncturels.
Souvent, quand il fait froid, il ne fait pas soleil :
Votre chauffage « vert » se met donc en sommeil…
Vous voudriez construire un réseau résilient
Diversifié, décentralisé, conciliant
Toutes ces énergies pour palier ce défaut ?
L’idée est séduisante mais le calcul est faux.
Comment trouver les fonds pour ce vaste projet
Quand dans le même temps vous voulez abroger
Les énergies carbone qui rapportent des taxes,
Qui de la société constituent le névraxe ?
De fait, combien d’emplois allez vous supprimer ?
De combien la croissance sera-t-elle déprimée ?
La crise de la dette empêche d’investir.
Si beaux que soient vos rêves on ne peut travestir
Cette réalité. Par ailleurs, le problème est mondial.
Pour baisser le carbone il est donc primordial
Que chacun contribue à l’effort collectif.
Un processus inéquitable, sélectif.
Que feront les pays en développement ?
Il y a clairement là un point d’achoppement.
Comment sans transition développer les bonnes
Énergies, propres, en brulant moins de carbone ?
Quoi ? Alléger leur dette, leur donner les brevets ?
Mais c’est de l’utopie, mon ami, vous rêvez !
Les pays développés doivent payer leur dette
Historique, climatique ? Pourquoi pas une quête ? »(Thanos)
— Vous voyez, c’est facile. On peut à l’infini,
Empiler les critiques, les embrouillaminis.
Puisque résident là, dans ces idées fragiles,
Les seules solutions pour sortir du péril,
Il faut trouver les mots les ridiculisant,
Les laisser s’exprimer en les neutralisant.
Pour achever cela nous avons des alliés
Certains sont raisonnables, d’autres sont fous à lier
Tel ce parti politique, amateur de thé,
Qu’aucune inhibition ne saurait arrêter.
Le maillon stratégique de cette tactique
Notre second levier, c’est bien le politique !
Les ressorts qui l’animent sont très déterminables;
Son pouvoir de nuisance est inimaginable.
Car il est plus qu’un homme, c’est un assentiment :
Une ville ou un peuple, avec leurs sentiments,
Leurs espoirs, leurs problèmes, acceptent de remettre
En partie leur destin entre les mains d’un maître,
D’un chef, d’un roi, d’un président, d’un député.
Cet homme ou cette femme, est alors réputé,
Représenter les vœux de cette multitude ;
A le pouvoir d’agir en leur nom, l’aptitude
D’engager un pays dans une direction
En suivant des avis, ou bien ses convictions.
Mais c’est aussi un Homme, il a des émotions
Celles-ci affleurent à travers ses motions.
Il est manipulable : les lobbies ou affaires,
Les pots de vins, les offrandes, les partenaires ;
Autant d’expédients aidant à dériver
Les voix d’un peuple vers des intérêts privés.
Vous avez là l’assise du libéralisme.Mais les politiciens font preuve de tropisme,
Tournent avec le vent. Pour l’instant la plupart
N’ont qu’une chose en tête : éviter le départ,
Être réélu et conserver le pouvoir.
Mais il n’est pas exclu que, par sens du devoir,
Par un afflux de lucidité, de morale,
Il se détournent de la ligne électorale,
Comprennent le danger, franchissent la barrière,
Optant pour le climat, au prix de leur carrière.
Il nous faut éviter un tel retournement,
Qui pourrait déclencher le grand chambardement.Pour cela, un troisième levier : diversion !
Il faut par tous les biais détourner l’attention.
Sujets légers : sport, vie des stars, les faits divers,
Sujets sérieux : chômage, terrorisme, guerres ;
Les lamentations et la désespérance,
La danse de la pluie pour avoir la croissance.
Cerise sur gâteau, il faudrait reproduire
La crise économique et en cela induire
Le sentiment d’urgence, pur affolement:
Sauvetage des banques, irrationnellement,
Une orgie de milliards donnés au détriment
De tout ce qui reste et de l’environnement.La crise est endémique, elle revient sans soutien.
C’est là un processus qui s’auto entretient.
Il est donc inutile en cela qu’on s’échine:
Hier, c’étaient les subprimes, aujourd’hui c’est la Chine.
Si le pouvoir en place est prêt à basculer
Vers le changement vert, pour le faire reculer
La crise économique est le moyen idoine.
La terreur qu’elle suscite proprement dédouane
Les tenants du pouvoir de leurs engagements
Antérieurs à agir pour l’environnement.
La pression populaire pour garder l’emploi ;
Sauver l’économie ; empêcher que ne ploient
Les banques casino qui détiennent les fonds
Des gens – c’est la conséquence de choix qui ont
De crise économique amplifié l’impact
Grâce à l’invalidation des Glass Steagall act-
Maintenir la croissance, l’empêcher de fléchir ;
Ces pernicieux effets forcent à infléchir
L’action des dirigeants pour sauver « le système ».
Et l’énergie verte ne reste pas le thème
A la mode. On discute plutôt conjoncture,
Avenir inquiétant et chacun conjecture.
Quand ils s’éparpillent autour de ces sujets
Confortés dans leur voie par tous leurs préjugés
Ils ne font pas les choix qui pourraient les sauver.
Pendant que sur un point leur regard est rivé
Approche doucement l’échéance critique.Ce n’est pas seulement la question climatique.
Un ensemble de forces mues par des mécaniques,
Historiques, sociologiques, physiques,
Se concentrent à présent en un point focal.
Et bientôt les génies sortiront du bocal,
Ou de la boîte de Pandore. Maux en « tion » :
Paupérisation et marginalisation,
Radicalisation et sécurisation ;
Inondations, émigrations, pénétration
D’émigrants qui n’ont rien à perdre ; Maux en « isme »
Le racisme, fanatisme, terrorisme,
Et jusqu’au-boutisme. Voilà des maux en « tique » ;
Nous avons bien sûr : Calamités climatiques,
Mais aussi : Conflits pour le pétrole en Arctique.
C’est bien sûr un tableau très apocalyptique,
Qui parait impossible, irréaliste en somme.
Mais est-il un défi que ne relève l’Homme ?
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