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Poème partagé par Rosaly – création poétique en ligne
Dans la dormeuse du couchant,
Je traîne mon drap de poussières;
Je suis l’assassin revenant
A minuit au bleu des paupières.Je suis le spectre des nuits brèves,
Je suis le froid tueur de rêves,
Qui réveille, à cors et à cris,
Vos angoisses sous le tapis.Dans ma pupille exorbitée,
Ni pleurs, ni vibrant orémus;
J’ai sur la lèvre,un doux rictus,
Qui sied bien à un macchabée!Au tranchant de la guillotine
Fini le parfum des remords!
Ne passe plus en ma narine
Que l’odeur fétide des morts.Ô Père à l’auguste figure,
Ainsi donc fut ta volonté…
Ma tête en ce bain de sciure
N’en a pas fini de rouler!De toi, pour jamais écarté,
Le sort me jeta sur la route…
Nul ne devint ma clef de voûte,
Ni ne m’enseigna le regret!Vois-tu, j’ai bourlingué longtemps,
Sur des sentes ensanglantées;
De mes victimes écorchées,
Me moquant comme l’air du temps!Et, riant fort des coups de trique,
J’empruntai le mauvais chemin…
Je suis mort en place publique
Ainsi se vengea le destin !Le tranchant de la guillotine
A fermé le rideau du jour.
Adieu la belle Colombine
Toi qui fut mon unique amour!Quand sous la lune, mollement,
Le temps s’enroule, goutte à goutte,
Je cherche encor mortellement,
Ton ombre claire sur la route …Sous les arceaux des cathédrales
Dans l’antre du temps éventré
Au son des cloches, des cymbales
Je cherche encor… moi le damné!Je cherche encor, et je médite
Sur cette vie en porte-à-faux;
Mais, dessus mon cœur de granite
Tout s’émousse même les maux !Ni croix, prêche ou tendre pensée
Rien ne me garda de l’écueil .
Ce soir je quitte mon cercueil…
Craignez ma denture acérée!Je vais, tel un chien enragé
Soufflant mon haleine putride.
À votre seuil, je viens hurler…
Tremblez devant mon teint livide!De vos belles nuits étoilées,
Tout à l’heure sonnant le glas
Glacis d’os et de chairs souillées
Je glisserai entre vos brasAux douze coups de la pendule
Me voici, j’émerge du gouffre
De cet abîme majuscule
De ce puisard de sang,de souffreDans la dormeuse du couchant,
Je traîne mon drap de poussières
Je suis l’assassin revenant
À minuit au bleu des paupières…
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