Oasis des Artistes. Le plus beau site de poésie

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

Ball-trap

  • Ce sujet contient 4 réponses, 4 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoGGosseyn, le 04-02-2017 15:32.
  • Créateur
    Sujet
  • #2650684
    Plume d’argent
    ★★★☆☆☆
    Avatar photoGGosseyn
      • Sujet: 93
      • Réponses: 272

      Poème partagé par GGosseyn – création poétique en ligne

      Ball trap

      (Où commence et où finit la caricature ?)

      C’était jour de liesse et de sainte revanche.
      Les chasseurs assemblés, en habits du dimanche,
      Entonnaient en cœur des champs révolutionnaires.
      C’était la chasse, enfin ! La chasse aux fonctionnaires !
      La perdrix, le perdreau, le sanglier, le daim,
      Et même l’éléphant ne valaient que dédain.
      On allait aujourd’hui à coups de revolvers
      Supprimer policiers, enseignants, infirmières !

      Tout le monde était là en ordre de bataille.
      Pierre, le fils d’Yvon, arborant au chandail
      Son badge favori au slogan égrillard :
      « Un million d’emplois pour quarante milliards ! »,
      Expliquait doctement pourquoi cette battue,
      Avec des arguments maintes fois débattus.
      « Nous avons face à nous un état en faillite
      À la rigidité d’un pilier d’elbaïte.
      Il faut oser l’a-bo-li-ti-on des privilèges
      Et spolier ces nantis osant le sacrilège
      D’avoir un salaire fixe, un emploi permanent,
      Constituant de facto un pouvoir rémanent
      Tenant tout seul debout, hors de l’économie,
      Autorisant ainsi la suprême infamie :
      Rentrer chez soi, le soir, sans peur d’un lendemain
      Où l’on est licencié d’un revers de la main !
      Il nous faut mettre un terme à ces aberrations
      Qui laissent le pays dans la désolation.
      Salaire minimum et code du travail
      Pour la compétition ne donnent rien qui vaille.
      Il faut mo-der-ni-ser, être compétitifs,
      Et sortir le pays d’un état palliatif
      Dans lequel l’ont plongé tant d’années d’illusions.
      Nous allons mettre un terme à cette confusion !
      Les fonctionnaires sont le pilier qui soutient
      Un dogme diluvien datant de Dioclétien.
      Il faut en supprimer autant qu’il est possible.
      Quand les fragments fumants de ces fécondes cibles
      Ensemençant la terre accompliront l’exploit 
      De soutirer du sol des milliers d’emplois,
      Nous verrons ébahis revenir l’âge d’or
      Des vrais entrepreneurs et des conquistadors.
      Le lait dans les rivières coulera de nouveau !
      La chienlit à sa place: au fond du caniveau ! »

      Mais l’ampleur de la tâche restait dissuasive.
      Pour traquer l’enseignant aux idées subversives,
      Débusquer le postier dans sa boîte postale,
      Assaillir l’urgentiste au chaud à l’hôpital,
      Et l’agent des impôts scrutant le Panama,
      Ou les municipaux bossant en pyjama,
      L’employé de sécu spoliant les mutuelles,
      Il fallait une armée organisée, factuelle.
      Pour lancer la curée ensemble et derechef,
      A tous ces Tartarins il fallait un vrai chef,
      Sans peur et sans reproche, avec du caractère.
      Et chacun, consterné, fixait les yeux à terre.

      Soudain, comme chacun demeurait interdit (*)
      Un homme d’âge mûr sortit des rangs et dit :
      « Je suis celui qu’il faut pour cette investiture,
      J’en ai la volonté et j’en ai la stature. 
      Il n’y a pas de limite à ce que je peux faire ;
      Il n’y a pas de borne à ce que je veux défaire.
      Dans le passé déjà, pareil au bulldozer,
      J’entrais au Panthéon de ceux-là qui osèrent
      Renverser les remparts et faire l’impossible,
      Abattre en un coup des cibles inaccessibles :
      C.E.S, emploi-jeune, A.P.A, et au faîte
      De ce fier palmarès: réformes des retraites !
      Vous avez peur, je sais, de cette multitude,
      Descendant dans la rue à la moindre inquiétude.
      Certes, ils sont nombreux comme des grains de mil
      Mais j’ai un gros fusil, j’en aurai cinq cent mille !
      Je mettrai à genoux la déplorable engeance
      Du conseil national de feu la résistance !»

      Alors, se redressant, ces glorieux vainqueurs
      Fleurant la réussite, avec, au fond du coeur,
      Une volonté à gravir l’Annapurna,
      La plupart aux couleurs de l’X ou de l’ENA,
      S’égaillèrent gaiement sur le parcours de chasse.
      A chacun ses fonctions et à chacun sa place.
      Et méthodiquement commença l’hécatombe.
      Il fallait en finir, envoyer à la tombe
      La stupide utopie de l’État providence,
      Redresser le budget. Enfin, sauver la France !
      Mieux valait investir dans des subventions
      Au privé, seul et vrai lieu de l’innovation.
      Nouvel Agamemnon le général en chef,
      Inspectait les armées en opinant du chef.
      Le sourire cruel, les sourcils en broussaille,
      Il passait en revue le plan de la bataille.
      Par quel biais amplifier l’effet de la mitraille ?
      Moderne il préférait, pour forcer les murailles,
      Au cheval éculé de la guerre de Troie,
      Ce terrible canon, le quarante-neuf trois.
      On entendait partout des tireurs aguerris
      Haussant la voix lorsque passait leur égérie
      Commenter sobrement entre deux « Pool ! » altiers
      Le résultat d’un tir précis et sans quartier.
      « Je viens de supprimer deux cents lits d’hôpital ! »
      « Moi, un service entier qui n’était pas vital ! »
      « Et moi je mutualise : un directeur d’école
      Pour trois groupes scolaires. » « Un nouveau protocole
      Permettra de gérer, pardon, d’optimiser
      Le travail des agents, de les dynamiser. »
      « Dépression ? Cinéma !!! Pas de remplacement ! »
      « Je réduits les crédits, moins de financement.»
      « Je veux précariser : je concocte en secret
      Une nouvelle loi, promulguée par décret, 
      Changeant emploi à vie en C.D.I. public,
      Un prémisse au Saint-Graal: licencier en un clic. »

      Face à une armada si bien organisée
      Que pouvait l’ennemi, piteux, tétanisé ?
      Tombèrent les bastions, inexorablement.
      Chutèrent les nantis, inéluctablement.

      Quand il ne resta plus que des hauts fonctionnaires,
      Ceux-ci, rangeant leur arme en un état de transe,
      Irradiant le bonheur d’avoir sauvé la France,
      S’en allèrent diner avec les actionnaires.

      Epilogue.

      Le pire heureusement n’arrive pas toujours;
      Petits arrangements sont parfois mis à jour;
      Dans la nuit des larcins il y a des nyctalopes.
      La nation remercie la douce Pénélope.

      (*) Pardon, Victor Hugo, pour cet emprunt douteux.

    Vous lisez 3 fils de discussion
    • Auteur
      Réponses
      • #3039684
        Administratrice
        Administratrice
        Avatar photoSybilla
        Administratrice
          • Sujet: 18018
          • Réponses: 198829

          Bonjour GGosseyn,

          Très belle lecture poétique !

          Bonne soirée !
          Mes amitiés
          Sybilla

          🪶 Signature de la plume

          Le rêve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)

        • #3039710
          Plume de platine
          ★★★★★☆
          Avatar photoFax2014
            • Sujet: 606
            • Réponses: 3579

            Le mal de tous les peuples est d’être gouvernés le plus souvent par ceux qui ne cherchent que leurs intérêts hélas.

            Et le défaut de ces peuples est de laisser les choses aller à l’entrain, sans qu’ils aient pris connaissance des fâcheuses conséquences qui ont découlent.

            Quelle initiative faudrait-il prendre alors si ce n’est un soulèvement pour le bien de tous au moment opportun !…

            De la vraie poésie citoyenne, merci.

            Ahmed B.

            🪶 Signature de la plume

            A propos de moi L'amour que je loue aux mots et au verbe me tente ?norm?ment. C'est la raison qui fait que je me trouve ici . Je navigue donc au gr? de la circonstance ? travers tous les domaines du savoir, une fois pour lire ce qui me semble beau...

          • #3039717
            Modérateur
            Avatar photoyoledelatole4
            Membre Oasis
              • Sujet: 4281
              • Réponses: 56545

              quel texte , quel cri , quel écrit et quelle puissance
              a nous de nous donner un avenir , vox populi , vox déi oui j’ai un doute depuis longtemps ,
              un certain politique a dit dernièrement , ce n’est pas le peuple qui commande , tout est dit !
              j’espère qu’un jour pas si lointain le peuple se dressera enfin et cessera d’être esclave ou simple porte monnaie
              grand bravo pour ce grand écrit
              mes amitiés
              yohann

              🪶 Signature de la plume

              la nostalgie est un bouquet de fleurs enfoui au fond de votre coeur , qui vous embaume quand remontent les souvenirs du bonheur , yohann

            • #3041864
              Plume d’argent
              ★★★☆☆☆
              Avatar photoGGosseyn
                • Sujet: 93
                • Réponses: 272

                Merci pour vos commentaires.
                Apparemment l’actualité a rattrapé mon poème.

            Vous lisez 3 fils de discussion
            • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.