-
Sujet
-
Poème partagé par CALIJO – création poétique en ligne
A l’autre brin de mes racines
Croissant lunaire au dos de la France gravé,
Plissement déployé comme une parenthèse,
Le Jura, vieux terroir et paradis rêvé,
A su garder l’aspect de son orogénèse.Tout paraît reposoir, apaisement, sommeil
Mais, s’enfuyant d’un rein telle une outre percée,
La vie ombreuse tend, par l’eau vive au soleil,
Vers le sud ou le nord sa fraîcheur expulsée.En joyaux d’ornements qu’un orfèvre a semés
Les lacs dans leur écrin de verdure et feuillage
Rutilent sous l’éclat des astres étamés
Ou s’endorment fumeux quand la brume voyage.Et les crêts dans le ciel semblent se déplacer
Sous l’élan de vapeurs aux errances contraires,
Comme ces grands bateaux que l’on voit avancer
Dont les sapins feraient les voilures agraires.Le vert, éclaboussé jusqu’au moindre détail,
Forêts toques des monts et pelouses soutanes,
S’étend pour le plaisir de l’oeil en éventail
Où tranchent, semaison, des taches alezanes.Assises dans la côte et ses amples pâtis,
Les fortes Simenthal ou les Montbéliardes
Ruminent en hochant des fronts appesantis
Par l’alourdissement de clarines geignardes.Sonnez ! Sonnez ! Sonnez ! Cloches du souvenir,
Célébrez dans la joie une de mes attaches,
Ce concert obstiné me force à rajeunir :
Certains vibrent au son des mers et moi…des vaches !J’aime redécouvrir ses sommets reposants
Qui bercèrent longtemps mes heures enfantines,
Ils sont si peu changés par l’usure des ans
Qu’ils font encor frémir les brins de mes racines.Je me revois sorti d’un roman de Clavel
Où l’on goûtait, là-bas, au bon pain de Marie ;
Mes vacances portant un effluve éternel
De gerbe qui jamais ne serait défleurie.A l’heure d’aborder les domaines obscurs,
Je voudrais retrouver mes pas d’adolescence,
Être ce montagnard qui gravit les cieux purs
De son Jura paré de charme et d’innocence.
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.

