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chemin de sable de sabine SICAUD

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoRosaly, le 13-12-2018 12:42.
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    Plume de diamant
    ★★★★★★
    Avatar photocyrael
    Membre Oasis
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      Sabine SICAUD
      1913 – 1928
      ( MORTE, si jeune )

      Le chemin de sable

      Ne pas se rappeler en suivant ce chemin…
      Ne pas se rappeler… Je te donnais la main.
      Nos pas étaient semblables,
      Nos ombres s’accordaient devant nous sur le sable,
      Nous regardions très loin ou tout près, simplement.
      L’air sentait ce qu’il sent en ce moment.
      Le vent ne venait pas de l’Océan. De là
      Ni d’ailleurs. Pas de vent. Pas de nuage. Un pin
      Dont le jumeau fut coupé dans le temps
      Etait seul. Nous parlions ou nous ne parlions pas.
      Nous passions, mais si sûrs de la belle heure stable !
      Ne te retourne pas sur le chemin de sable.

      SABINE SICAUD.

      __________________________________________________

      Solitude….

      Solitude… Pour vous cela veut dire seul,
      Pour moi – qui saura me comprendre ?
      Cela veut dire : vert, vert dru, vivace tendre,
      Vert platane, vert calycanthe, vert tilleul.
      Mot vert. Silence vert. Mains vertes
      De grands arbres penchés, d’arbustes fous ;
      Doigts mêlés de rosiers, de lauriers, de bambous,
      Pieds de cèdres âgés où se concertent
      Les bêtes à Bon Dieu ; rondes alertes
      De libellules sur l’eau verte…
      Dans l’eau, reflets de marronniers,
      D’ifs bruns, de vimes blonds, de longues menthes
      Et de jeune cresson ; flaques dormantes
      Et courants vifs où rament les  » meuniers  » ;
      Rainettes à ressort et carpes vénérables ;
      Martin-pêcheur… En mars, étoiles de pruniers,
      De poiriers, de pommiers ; grappes d’érables.
      En mai, la fête des ciguës,
      Celle des boutons d’or : splendeur des prés.
      Clochers blancs des yuccas, lances aiguës
      Et tiges douces, chèvrefeuille aux brins serrés,
      Vigne-vierge aux bras lourds chargés de palmes,
      Et toujours, et partout, fraîche, luisante, calme,
      L’invasion du lierre à petits flots lustrés
      Gagnant le mur des cours, les carreaux des fenêtres,
      Les toits des pavillons vainement retondus…
      Lierre nouant au front du chêne, au cou du hêtre,
      Ses bouquets de grains noirs comme un piège tendu
      A la grive hésitante ; vert royaume
      Des merles en habit – royaume qui s’étend
      Ainsi que dans un parc de Florence ou de Rome
      En nappes d’émeraude et cordages flottants…
      Lierre de cette allée au porche de lumière
      Dont les platanes séculaires, chaque été,
      Font une longue cathédrale verte – lierre
      De la grotte en rocaille où dorment abrités
      Chaque hiver, les callas et les cactus fragiles ;
      Housse, que la poussière blanche de la ville
      Givre à peine les soirs de très grand vent – pour moi,
      Vert obligé des vieilles pierres,
      Des arbres vieux, des toits qui penchent, des vieux toits –
      Un château ? Non, Madame, une gentilhommière,
      Un ermitage vert qui sent les bois, le foin,
      Où les bruits dé la route arrivent d’assez loin
      Pour n’être plus qu’une musique en demi-teintes.
      Un train sur le talus se hâte avec des plaintes,
      Mais l’horizon tout rose et mauve qu’il rejoint
      Transpose le voyage en couleurs de légende.
      On regarde un instant vers ces trains qui s’en vont
      Traînant leur barbe grise – et c’est vrai qu’ils répandent
      Un peu de nostalgie au fil de l’été blond…
      Mais le jazz des moineaux fait rage dans les feuilles,
      Les pigeons blancs s’exaltent, le cyprès
      Est la tour enchantée où des notes s’effeuillent
      Autour du rossignol. Du pré,
      Monte la fièvre des grillons, des sauterelles,
      Toutes les herbes ont des pattes, ont des ailes –
      Et l’Ane et le Cheval de la Fable sont là
      Et Chantecler se joue en grand gala
      Jour et nuit dans la cour où des plumes voltigent.
      Au clair de l’eau, c’est l’éternel prodige
      Du têtard de velours devenu crapaud d’or,
      De la voix de cristal parmi les râpes neuves
      D’innombrables grenouilles. Le chat dort.
      Dickette-chien s’affaire – et sur leur tête pleuvent
      Des pastilles de lune ou de soleil brûlant.
      S’il pleut vraiment, la pluie à pleins seaux ruisselants
      S’éparpille de même aux doigts verts qui l’arrêtent.
      Un tilleul, des bambous. L’abri vert du poète,
      Du vert, comprenez-vous ? Pour qu’aux vieilles maisons
      Rien ne blesse les yeux sous leurs paupières lasses.
      Douceur de l’arbre, de la mousse, du gazon…
      Vous dites : Solitude ? Ah ! dans l’heure qui passe,
      Est-il rien de vivant plus vivant qu’un jardin,
      De plus mystérieux, parfumé, dru, tenace,
      Et peuplé – si peuplé qu’il arrive soudain
      Qu’on y discourt avec mille petits génies
      Sortis l’on ne sait d’où, comme chez Aladin.
      Un mot vert… Qui dira la fraîcheur infinie
      D’un mot couleur de sève et de source et de l’air
      Qui baigne une maison depuis toujours la vôtre,
      Un mot désert peut-être et desséché pour d’autres,
      Mais pour soi, familier, si proche, tendre, vert
      Comme un îlot, un cher îlot dans l’univers ?…

      Sabine Sicaud
      Solitude

      l'Amour rayonne quand l'Ame s'?l?ve, citation maryjo
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      • #3142748
        Plume de platine
        ★★★★★☆
        Avatar photoRosaly
          • Sujet: 417
          • Réponses: 3893

          bonjour,
          Merci de m’avoir fait découvrir cette jeune poétesse…une vie trop brève
          et un si grand talent!

          Amicalement,
          Rosaly 😆

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