-
Sujet
-
LA NEIGE conte poétique de PIERRE JOLLY
Tant de petits enfants
enfouis dans les draps de leurs rêves ..
de tout petits enfants
et d’autres moins petits ..
la voulaient voir
la neige ..
que pour le doux plaisir
de leur belle innocence.
Le bon Dieu
des prières
de leurs petites mains
jointes par la sagesse, avec grande ferveur,
devant la tendre image
de l’adorable petit Jésus.
se laissa prendre, en souriant ..
au piège de leurs désirs.**
S’ils l’avaient su ..
ces petits enfants
de la Terre qu’on dit .. ronde
tous ces petits enfants
enfouis dans les draps de leurs rêves.
s’ils l’avaient su ..
ils auraient pris l’air triomphant
de ceux très satisfaits qu’on leur achète le jouet
de la devanture de leurs souhaits.
N’étant que de petits enfants
de la Terre qu’on dit .. ronde.
ils ne savaient pas
ce que savent leurs frères,
ayant rejoint, par insigne faveur,
dans les phalanges casernées aux Cieux,
les anges du seigneur.
ils ne savaient pas ..**
Or, à l’un de ces anges
qui, étant de garde,
travaillait son solfège,
et tandis que continuaient a monter vers lui,
en provenance de la Terre
les rêves de tant de petits enfants,
le Bon Dieu
donna l’ordre d’alerter
l’escadre de la neige.
Encore est-il à préciser ..
à préciser de suite
qu’il s’agissait de celle de la vraie neige.
de la neige naturelle.**
Certes, s’il l’avait voulu, le Bon Dieu
aurait pu, tout en les imitant, faire beaucoup mieux
que les machinistes
des studios de cinéma ..
et de laisser tomber,
grâce à des illusions,
sur la Terre qu’on dit .. ronde
de la fausse neige
vraiment artificielle.
Mais le Bon Dieu
ne voulait pas décevoir
tant de petits enfants
enfouis dans les draps de leurs rêves
et les induire en erreur,
Et puis ..
il aime ce qui est vrai.**
Certes, s’il avait voulu,
car le Bon Dieu peut tout,
s’il avait voulu, notre Père à tous
aurait pu également
commander à des artistes,
puisqu’il en est aux Cieux,
d’aller peindre,
à l’aquarelle
ou à l’huile,
un paysage d’hiver.**
Mais, sachant à qui s’en tenir ..
sur la trop grande fantaisie
de plusieurs de ces artistes là ..
le Bon Dieu craignait
qu’elle n’effarouchât les petits enfants
et que leurs parents,
surtout les gents simples,
tels qu’on les aime aux Cieux,
interrogés par eux
sur le barbouillage
du panorama
de leur habituel univers
ne sussent leur expliquer
la signification réelle
d’un maquillage
trop abstrait.
Et le Bon Dieu
dont on ne saurait assez dire
qu’il chérit les petits enfants ..
ne voulait pas
-le Bon Dieu sait toujours ce qu’il veut –
qu’ils fussent aussi mal impressionnés ..
et que, sous la neige, la Terre leur fût peinte
sans ressemblance aucune.
Et aussi, comme déjà dit,
il aime la vérité.**
Certes, s’il avait voulu,
le Bon Dieu aurait pu également
confier le travail
à des peintres en bâtiment
puisqu’il en est aux Cieux.
Mais la neige, la vraie neige,
tombe en silence,
en très grand silence.
Et le Bon Dieu
qui sait donc, tout ..
n’ignore pas
que ces peintres-là
sifflent
et chantent
autant qu’ils travaillent !
Et puis ..
il ne voulait aucune invraisemblance.
Or,
il faut le dire,
ces peintres en bâtiment
n’auraient sans doute, su peindre,
en blanc,
en un blanc,
aussi blanc que neige,
que les murs des maisons des villages et des villes,
sans ce soucier des tuiles de leurs toits,
des arbres, des champs,
et du reste du paysage.**
Sans doute,
sans doute aussi,
à la rigueur,
à l’extrême rigueur,
le Bon Dieu aurait pu également
confier à des marchands,
puisqu’il en est aux Cieux,
à des marchands ..
de confettis,
le soin de faire pleuvoir
sue la Terre qu’on dit .. ronde
des milliers
et des milliers de petits ronds
découpés dans du papier très blanc,
aussi blanc que neige.
Mais le Bon Dieu,
ce n’est sans doute plus à redire,
aime la vérité
et a horreur,
l’éternelle
horreur du mensonge
sous toutes ses formes
et, à cause de cela,
des illusions,
des imitations
de toutes les attrapes
plus ou moins spirituelles.
Même en confetti,
en petits ronds très blancs,
les mensonges ne tombent pas du Ciel.
Et puis ..
le papier
est une invention terrestre
non tolérée au Ciel,
une de ces inventions
dont la Terre
n’a que trop tendance à abuser.
Et puis,
et puis encore ..
s’il faut d’autres raisons,
on n’était pas au carnaval,
et le carnaval lui non plus ne descend pas du Ciel.**
C’est pourquoi
le Bon Dieu
s’en remit à l’escadre de la neige
de la vrais neige,
du soin de faire plaisir
aux petits enfants ..
enfouis dans les draps de leurs rêves.**
Pour un meilleur effet de surprise
et aussi pour un plus complet mystère,
par un message secret
que lancèrent sur les ondes
de la radio du Ciel
les voix cristallines des anges
de la phalange des transmissions,
il informe le grand quartier général
responsable du secteur de la Terre
dont il avait fait choix,
que l’opération s’effectuerait la nuit ..**
Alors,
tandis que partout dans les Cieux
on faisait chut !..
les nuages
gonflés d’eau congelée,
sous la direction de Saint Pancrace,
par la maîtrise des Saint de Glace,
bien que l’on fût, je crois, aux environs de la Noël,
sortirent un à un
des hangars
et se rassemblèrent, sans tapage,
sur les aérodromes des Cieux,
dans l’attente ..
de l’arrivée de tous les équipages.**
Non que, là-haut, la discipline ne soit pas parfaite
et qu’il y ait encore des retards possibles ..
Mais le Bon Dieu
se devait de respecter
les latitudes qu’il a lui-même numérotées ..
les équipages
avaient beaucoup de consignes à prendre
auprès des géographes,
des cartographes
et des calculateurs
de l’état-major de la balistique céleste
sur l’étendue à blanchir..**
Qu’on y songe !
il y avait tant de précautions à observer,
de confusions à éviter,
ne serait-ce qu’entre
Colmar
Le Puy,
Beauvais
ou Versailles.
tant d’altitudes
et de détails ..
à noter au sujet des cibles,
de toutes les cibles à viser :
arbres à encapuchonner,
avec priorité pour tous les beaux sapins,
clochers à pomponner
en premières communiantes,
sentiers et routes
à faire jouer à cache-cache
avec les jardins et les prés
servant au ravitaillement des hommes et des vaches,
fils téléphoniques à distendre,
toits à matelasser.
Et il y avait tant de nuages
qu’il faudrait, le moment venu,
infléchir,
pour mieux répandre
les flocons,
tant de distances à bien compasser
et, à propos des flocons,
tant de calculs à faire
pour déterminer la dérive de chacun d’eux
et pour respecter
– car le Bon Dieu y tenait beaucoup-
la perspective du paysage
destiné à être blanc-poudré.**
Aux équipages d’anges
portant des uniformes azurés
et choisis parmi les mieux entraînés au vol à voile,
s’adjoignirent comme observateurs
les anges gardiens des petits enfants,
de tout ces petits enfants
de la Terre qu’on dit .. ronde,
enfouis dans les draps de leurs rêves.**
La souffleries des grandes orgues du Ciel
tenues par un maître
qui n’eût point de succès sur Terre
et dont le nom demeure inconnu
Jusqu’au jugement dernier
quand le Bon Dieu lira le seul vrai Palmarès
des prix mérités ici bas,
facilita le départ
aux escadrilles
si nombreuses ..qu’elles cachaient les étoiles,
même les plus brillantes,
et qu’il fût nécessaire
de recourir à des projecteurs
alimentés par les centrales
servant, durant l’été, à la fabrication des orages.**
Les premiers flocons..
tombèrent dans des villes,
dans bien des villes ..
sur des fêtards attardés.
Ce n’était pas
– on ne saurait le cacher –
ce n’était pas
une erreur de tir
mais, on contraire, la preuve
de l’habileté des équipages
et de l’excellence de leurs consignes,
car le Bon Dieu
qui ne désespérait point
de ces gens-là,
lesquels n’étaient autres que d’anciens petits enfants
devenus des méchants,
avait voulu les mettre
sur la voie du repentir
en les rappelant,
par le moyen de toutes ces petites blancheurs
tombant des Cieux,
les joies très pures de leur enfance.
Le fait est
que d’aucuns pleurèrent, non point parce que les flocons
avaient mouillés leurs yeux ..
mais sur leur méchanceté.**
Ouaté
par tous ces flocons,
un silence
plus complet que celui de la nuit
descendait lentement sa housse
sur le paysage
encadré par tous les équipages
de l’escadre de la neige.
Et ..
c’était beau
tant c’était blanc
et
silencieux
et ..
c’était si blanc
et
silencieux
que c’en était
encore plus beau
et ..
les anges amusés,
rivalisant de zèle, étaient tout à la joie
qui accueillerait à leur réveil
ces petits enfants,
tous ces petits enfants
enfouis dans les draps de leurs rêves
et dont leur pensée berçait la sommeil.
Mais .. voilà qui est triste..
les plus anciens des anges,
ceux qui, en dépit de l’éternité,
et par faveur spéciale du Bon Dieu,
sont porteurs de brisques,
songeaient,
avec mélancolie,
que cette neige
que tant de petits enfants
voulaient voir que, pour leur faire plaisir,
le Bon Dieu
faisait tomber immaculée
sur les monts et les vallées,
que cette neige
et toutes les autres neiges
qui, d’autres nuits,
jusqu’à la fin du monde,
tomberaient pareillement sur la Terre qu’on dit .. ronde
perdraient vite la blancheur
de la pure innocence
et, pour notre malheur, celui des petits enfants
et d’autres moins petits,
il demeurait encore, ici-bas, des méchants
ne voulant pas aimer
l’adorable petit Jésus.***
ce poème était sur un 33t des années 196?
(en cours de restauration par mes soins)La po?sie r?chauffe les c?urs et calme les esprits.
Poetamateur
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.



