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Le manque

  • Ce sujet contient 2 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoMr_Guyguy, le 09-06-2021 22:05.
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    Sujet
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    Plume de platine
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    Avatar photoMr_Guyguy
    Membre Oasis
      • Sujet: 1822
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      Bonjour, je me présente Nicole Lucille Jean, je suis née le 10 mars 1984 à Mont-Saint-Aignan près de Rouen, en Normandie. J’ai vu le jour dans une famille plutôt lambda au premier abord.

      Mon père, Marcel Henry Jean, né le 24 septembre 1949 à Duclair, dans la maison familiale, qui se trouve à environ une vingtaine de kilomètres de Rouen. Il a eu une enfance difficile, son père alcoolique battait sa mère devant lui et ses frères et sœurs, jusqu’au jour où ce dernier tua la mère de famille. Vu que c’était l’aîné de la fratrie, il se mit à travailler très tôt pour subvenir aux besoins de ses petits frères et sœurs, en tant qu’apprenti boucher. En 1969, mon père fait la rencontre d’une jeune femme, la plus belle de la ville, Thérèse Marie Duval née le 12 juillet 1953 à Rouen. Il a eu du mal à la séduire, ma mère étant très belle était courtisée par de nombreux hommes, mais cela ne l’a pas empêché de lui prouver que son amour pour elle, était vraiment sincère.

      Au début de l’année 1971, les deux décident de concrétiser leur amour et se marient le 19 juin de cette même année. Ils eurent un premier enfant mort-né, Vincent Daniel Jean, le 24 janvier 1972. Ce fut un drame pour ma mère qui avait tant hâte d’enfanter, elle mit du temps à s’en remettre… Ils eurent ensuite mon frère Étienne Jacques Jean né le 17 avril 1974 à Mont-Saint-Aignan. Ils étaient enfin comblés. Quelques années plus tard, ils ont eu un autre enfant, ma sœur, Mélissa Henriette Jean, née le 8 juin 1977 à Mont-Saint-Aignan. Mes parents conscients des problèmes de santé de ma mère ne voulaient plus avoir d’enfant. La peur de perdre un second enfant les hantaient. Six ans plus tard ma mère tomba à nouveau enceinte, je n’étais pas désirée… Mais mes parents prirent le risque de me garder. Ma mère était très surveillée par rapport à sa maladie. En grandissant, vers 6-7 ans, je posais des questions à mes parents sur leurs origines, mon père me répondait volontiers mais ma mère, ce n’était pas ça… Elle esquivait le sujet dès qu’elle le pouvait !

      Je me souviendrais toujours de ce jour, le vendredi 3 mai 1996, ma mère nous appela. Mélissa, Étienne et moi arrivâmes dans le salon, notre père était encore au travail. Elle nous fit nous asseoir autour de la table et elle nous dit « Les enfants vous êtes tous assez grands pour comprendre maintenant, je vais vous parler de mes origines ». Elle commença à nous raconter sa vie de famille avec ses parents.

      Elle nous dit « J’ai toujours vécu dans cette maison c’était celle de mes parents, nous l’avons reçu d’eux… Je suis une enfant issue de la DASS*, je ne l’ai compris que vers l’âge de 8 ans. Mes parents, Michel François Moreau et Henriette Aline Rigault Moreau, m’ont élevé et éduqué comme un de leurs enfants. Certes ma vie n’était pas rose, j’étais souvent habillée en gris, c’était à l’époque la couleur portée par les enfants de la DASS. A l’école tout le monde savait et dans le village aussi, j’étais un peu à l’écart de mes camarades…

      Mon père était un ancien général de l’armée française pendant la seconde guerre mondiale, ma mère quant à elle, travaillait dans la boucherie de ses parents en tant que vendeuse. Avant moi, mes parents avaient eu 4 enfants naturels, Albert, Françoise, Marie-France et Didier, ensuite ils m’ont eu, et par la suite on leur a confié deux enfants qui ont été placés très jeunes, ils n’ont pas eu le temps de grandir avec nous.

      Je pense que j’étais dure aussi avec mes camarades, car ils me faisaient ressentir le fait que j’étais issue de la DASS, les brimades m’ennuyaient. Par moments, j’en voulais à mes parents de m’avoir recueilli. Aujourd’hui, je comprends simplement que mes parents voulaient m’aider en m’accueillant chez eux. Je n’avais pas ce recul pour comprendre lorsque j’étais plus jeune. »

      Je me posais des questions par rapport à ma mère… Sa vie, le pourquoi elle nous racontait ça, ce jour-là. Je ne lui posai aucune question à ce moment-là, je continuais à l’écouter…

      « Malgré mes déboires avec les autres élèves de l’école, j’étais plutôt bonne élève, j’aimais m’appliquer lors des dictées. Madame Masson, ma maîtresse à l’époque, aimait le répéter devant la classe et à mes parents. En plus de ceci, j’étais une passionnée d’histoire, de par le fait que mon père ait fait la guerre, cela m’a encouragée à étudier cette discipline.

      Arrivé à l’âge de 14 ans, je me demandais qui pouvait être mes vrais parents, pourquoi ne m’avaient-ils pas gardé avec eux ? J’avais tellement de questions à leur poser, tellement de haine aussi à leur encontre malgré que je ne les connaissais pas… Sans doute parce que je ressentais des manques, que mes parents ont tenté de combler mais ce n’était pas assez je pense, surtout avec les « on-dit » des parents des autres élèves, des élèves eux-mêmes et de quelques habitants de la ville…

      Au fur et à mesure que je grandissais je constatais que ma mère devenait jalouse par rapport à moi, mon père s’occupait très bien de moi, je pense qu’il m’aimait plus que ma mère. Les disputes s’intensifiaient lorsque j’eus 16 ans. Je ne comprenais pas pourquoi ma mère m’en voulait du fait que mon père s’occupe correctement de moi. Peut-être qu’elle aurait aimé avoir plus d’attention, avec le recul.

      Après une énième dispute avec ma mère je lui dis que de toute façon elle n’est pas ma réellement ma mère, ma mère me gifla et se mit à pleurer. Elle était très attristée par ce que je venais de lui dire, au début par orgueil, je ne voulais pas m’excuser. J’ai attendu trois heures avant d’aller lui présenter mes excuses. Je me mis à ses côtés, la pris dans mes bras et lui demandai pardon.
      A ce moment-là, nos rapports ont changé en bien mieux, ma mère se décida à me révéler la véritable identité de ma mère biologique. Elle s’appelait « Géraldine Duval ». J’avais enfin le prénom de ma mère biologique, mais pas celui de mon père. Ma mère me dit que son identité n’avait pas été renseignée sur les documents officiels.

      Je continuais à faire ma vie, j’ai rencontré votre père qui m’a fait la cour et exprimé tout son amour. Avant de m’engager avec lui, je me disais que je devais rencontrer ma mère biologique et savoir plus sur mes véritables origines familiales. Je demandai à ma mère mon dossier à ma mère, elle me le donna et me dit que ma génitrice habitait à un autre endroit que celui indiqué dans le dossier. Elle me dit qu’elle s’était renseignée car elle pensait que j’aimerais savoir un jour d’où je venais.
      Je me mis à réfléchir sur ce que je devais faire, devais-je voir celle qui m’a mis au monde ou non, afin de ne pas être déçu… ? Je ne savais plus ce que je voulais plus que les jours passaient…
      J’ai pris la décision d’aller à la rencontre de ma mère biologique. Je me suis rendu de Duclair à Canteleu, c’est là où elle vivait. J’étais stressée, très angoissée, je ne savais pas comment allait se passer notre entrevue. Cela faisait deux jours que je ne dormais quasi plus.

      J’arrivais à Canteleu en bus, à l’époque il n’y en avait pas beaucoup entre les deux villes. Donc je ne devais pas trop traîner dans cette ville. Je demandais mon chemin à des passants car je ne connaissais pas du tout cette ville, je devais me rendre au 13 allées des Saules, 1er étage gauche.

      J’arrivais devant l’immeuble où elle, ma mère biologique, vivait depuis des années. Je montais jusqu’au premier étage, je sonne, je me sens mal… Je ne sais pas à quoi m’attendre. La porte s’ouvre, je vois devant moi une petite dame âgée, moche avec des lunettes en cul de bouteille… Je me disais que vu ma taille et ma beauté, il n’y avait pas de lien entre nous. Je pensais m’être trompé mais elle me demande « Tu es laquelle toi ? ». J’ai compris que c’était bien ma mère et que j’avais des frères et sœurs… Je lui déclinai mon identité, en espérant avoir des réponses de sa part…

      Elle m’a fait un café pour que l’on puisse discuter. Elle avait l’habitude, elle me dit que l’une de mes sœurs est venue la semaine dernière dans le même but… Elle m’a appris que j’ai cinq sœurs et un frère, cela m’intriguait et je lui demandais où était notre père… Dans son regard je compris qu’une chose n’allait pas et elle me dit « Je n’en sais rien le gars a fait son affaire et il m’a engrossé comme les autres ». J’étais déstabilisée, je ne comprenais pas… Elle rajouta « Tu n’as toujours pas compris, je suis une pute ! A l’époque il n’y avait pas de préservatif disponible comme pour vous maintenant ! ». J’étais complètement sous le choc, après ça j’ai décidé que je ne l’a reverrai plus et que je n’en parlerai plus jusqu’à aujourd’hui ». Je compris la honte de ma mère, son enfance, son caractère dure avec nous trois en ce jour…

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      • #3314371
        Administratrice
        Avatar photoSybilla
        Maître des clés
          • Sujet: 17805
          • Réponses: 198121

          Bonsoir MrGuyguy,

          Cette femme a eu un passé lourd de conséquence…
          Magnifiquement émouvant !

          Belle soirée !
          Amitiés
          Sybilla

          Le r?ve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)
        • #3316361
          Plume de platine
          ★★★★★☆
          Avatar photoMr_Guyguy
          Membre Oasis
            • Sujet: 1822
            • Réponses: 2194

            Salut Sybilla,

            Oui effectivement, sachant que c’est tiré d’une histoire vraie…

            Je vous remercie pour votre commentaire.

            Amitiés.

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