-
Sujet
-
Fenêtre sur la ville.
C’est l’heure de l’intime, on réfléchit aux choses. Tu arpentes le salon, la pensée en jachère et insensiblement, comme un appel d’ailleurs, le rideau qui frissonne. Et le chant du dehors, que l’on n’entendait pas, d’un coup on le devine, plus encor on le sent et chez toi il s’invite. Un flot de bruits confus, porteurs de tant d’histoires en écho de ta vie. Vite, il faut aller voir, et c’est nécessité. De la baie tu t’approches et tires le rideau. Au-delà du balcon, dans le cadre étroit de ta rue, c’est la baie de Toulon, et là, en contrebas sur le port de La Seyne, la navette maritime donne un coup de klaxon. Le pont transbordeur des chantiers est relevé. Le temps qui vire à l’est estompe les contours d’une brume légère. On voit comme on devine. Alors tu restes collé au rideau et de ton abri confortable, tes yeux regardent sans voir, en rajoutent une couche, où comme un miroir tu peux vaticiner, rêver d’autres rivages, d’iles et de paysages de l’orient mystérieux. Ce sont des souvenirs effacés par le temps qui peuvent ressurgir. Tu entends les bateaux, et c’est toi qui voyages. Istanbul ou Rio, les Iles sous le vent. Et tu restes au port. C’est toi le matelot, c’est toi le capitaine, le skipper du bateau, aussi le passager du joli paquebot qui t’emmenait naguère dans l’autre hémisphère.
Une averse soudaine éclaircit tout cela. Et la réalité perçue de ta fenêtre suffit à ce que tu crois être : un touriste du temps, échappé de l’enfance qui retrouve plaisir à regarder le port, les gens et le décor de ta vie en partance… Tiens, je n’avais pas vu ces grands cabin-cruisers de la classe de luxe qui pavanent à quai. Mazette les merveilles venues de Saint-Tropez ? Et pour aller vers d’autres paradis en Méditerranée ?
Et le flot des regrets. La vie n’a pas voulu, ou toi tu n’as pas su…
« Marseille, tais-toi Marseille, tu cries trop fort, je n’entends pas claquer les voiles dans le port… »Parceval
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.

