-
Sujet
-
Poème partagé par islander – création poétique en ligne
Je connais toutes les gares routières d’Amérique,
Même si vous vous en moquez,
J’ai appris l’humanité, la vraie,
Celle qui se « sauve » chaque jour,
Celle qui se sauve sur les routes les plus lointaines,
Celle d’Atlanta, à trois heures du matin,
Celle de Chicago sous les pluies chaudes,
J’ai appris l’humanité, la vraie,
Comme une claque dans la gueule,
J’ai bu plus de cocas que de miles,
O la gare routière de New York, centre du monde,
Tous les bus partent d’ici vers la Californie
Ou le Kansas, ou La nouvelle Orléans,
Je connais toutes les gares routières d’Amérique,
Les petites de Virginie, les grandes du Connecticut,
Je connais les attentes longues, les départs annoncés,
La langue américaine qu’il faut déchiffrer vite,
Je connais les bagages dans les soutes, les bagages
Qui vous suivent jusqu’en Illinois, les bagages perdus
Dans le Maryland,
Je connais toutes les gares d’Amérique,
Toutes les gares se ressemblent un jour, Je connais
Les queues d’attente dans les cafétérias, un coca frites,
Je connais les queues d’embarquement, les voix discrètes,
Attentionnées mais fières,
Et la pudeur des afro-américains, la vraie pudeur,
Le vague à l’âme à chaque terminal, Et la lumière
Au bout de ce tunnel, les vastes plaines de l’Iowa,
Je vous connais, je vous comprends,
On apprend tout dans une gare routière,
On achète tout surtout, parfois du vent, parfois l’oubli,
Et les bagages à nouveau dans les soutes,
Et la fatigue des heures qui n’en finissent pas,
Et la peur démasquée, et l’ulcère qui pleure,
On apprend tout, partout,
Je connais toutes les gares routières d’Amérique,
Les bonnes et les mauvaises, les regards égarés des junkies
De Washington,
Les gares racontent des vies,
Les hommes s’épuisent à penser, au lieu de rêver,
On apprend que la vérité n’existe pas chez les uns
Plus que chez les autres,
On apprend à s’ignorer, je connais toutes les gares,
À se cacher du regard trop ouvert, ou ne pas l’ouvrir
Je connais toutes les gares d’Amérique, toutes les routes
Ont un sens, toutes les attentes, tous les bonbons,
Je connais toutes les gares routières d’Amérique,
Et toute cette fraternité,
Les hommes se ressemblent ou ils sont faux,
Ils grimpent dans les mêmes bus, embarquez,
J’ai connu toutes les gares routières d’Amérique,
J’ai vu la juste distance avec toutes sortes de gens.
J’ai vu, j’ai roulé, j’ai attendu.
- Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.



