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Sujet
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[center]Le grain suspendu
PoèmeSous la tige brisée, je demeure en suspens,
Éclat vert isolé dans la trame des vents,
Rescapé du festin, témoin de la cueillette,
Je garde dans mes chairs une lueur discrète.Je brille dans l’automne, orphelin lumineux,
La solitude en moi devient un feu pieux.
Au milieu des rameaux, je porte ma présence,
Comme un souffle oublié qui défie l’absence.Et si l’on m’arracha du cortège commun,
Je choisis d’exister dans l’éclat d’un matin.
Être seul, c’est peut-être embrasser le mystère,
Et s’offrir à la vie d’une façon plus claire.Charef Berkani[/center]
Prose
Je regarde ce grain de raisin, seul, suspendu à sa tige brune. Il ne tremble pas, il se tient là, tranquille, comme s’il savait qu’il avait échappé au destin commun de ses frères engloutis. Il brille d’un vert presque insolent, comme s’il refusait de se laisser réduire à la banalité d’un fruit consommé. Dans cette solitude, je reconnais un écho de moi-même : survivant d’une cueillette invisible, dernier témoin d’un festin qui ne laisse aucune trace, sinon ce résidu vibrant de vie.
Peut-être est-ce ainsi que je me tiens dans ce monde, accroché aux ramifications fragiles d’une histoire qui s’effiloche, mais qui m’offre encore un support. Comme ce grain, je ne fais pas foule, je ne fais pas abondance. Je suis ce reste qui s’accroche à la mémoire, ce point de couleur dans la trame automnale qui annonce déjà la fin. Et pourtant, c’est de cette solitude que naît ma dignité : dans l’isolement, je deviens visible, presque majestueux.
Être ce grain, n’est-ce pas refuser d’être avalé par le rythme commun, par l’avidité qui dévore sans mémoire ? N’est-ce pas, finalement, trouver dans la marge une forme de liberté — fragile, éphémère, mais éclatante — avant la chute inévitable ?Charef Berkani
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