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L’Institutrice (2)

  • Ce sujet contient 1 réponse, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par Avatar photoSybilla, le 15-10 23:14.
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    Plume de platine
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    Avatar photoPalmier
    Membre Oasis
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      3

          Les trois premiers élèves arrivèrent le lendemain matin. C’étaient trois garçons, gauches, timides, engoncés dans des blouses grises ou noires, plus ou moins neuves, plus ou moins retaillées à leurs mesures. A leurs pieds, des galoches. En bandoulière, une musette, où leurs mères avaient mis un morceau de pain et du fromage pour les repas de midi, car l’éloignement ne permettait pas aux enfants de rentrer au mas.
          Berthe les accueillit gentiment par quelques paroles chaleureuses en patois.
          Ensuite, elle leur assigna des places sur les bancs, autour de la grande table et se mit à leur lire la première page de son Histoire de France, lecture qu’elle assortit de nombreux commentaires. Ensuite, elle dessina pour eux une carte de France, sur le tableau noir. Elle prit soin de ne pas trop appuyer sur le bâton de craie, pour ne pas le casser, et surtout pour l’économiser. Elle voulait garder cette carte au tableau longtemps pour de futures leçons. Alors elle la dessina sur le côté gauche du tableau, conservant le côté droit pour d’autres usages. Elle dessinait bien. Elle dessina aussi les grands fleuves français. Lorsqu’elle eut terminé, elle se tourna vers les enfants qui la regardaient, bouche bée :
          — Est-ce que vous aimeriez aussi savoir dessiner et lire ? demanda Berthe.
          Les trois gamins hochèrent vigoureusement la tête.
          — Oh ! Oui ! Madame ! balbutia le plus hardi.
          — Bien ! Alors je vais vous apprendre ! Seulement il vous faudra venir régulièrement sinon vous oublierez à mesure où je vous apprendrai !
          Le lendemain, il vint deux garçons de plus, puis trois la semaine suivante. Enfin, plus tard vint une fille et ce fut la seule. Timide, apeurée, presque muette d’inquiétude, Berthe dut l’apprivoiser. Lorsque vint l’hiver, la petite tremblait de froid dans sa robe de futaine. Berthe lui tricota un gros châle de laine.
          Pendant ce temps, elle enseignait avec acharnement et ténacité, ravie de constater les progrès que faisaient ses élèves, en lecture, en écriture, en calcul mental et en arithmétique.
          Lorsque le printemps arriva, elle emmena sa petite troupe dans la nature. Le maire leur avait fourni des ardoises que l’on se pendait au cou avec des ficelles pendant ces pérégrinations champêtres. Berthe leur apprenait le nom des arbres et des arbustes dont ils ne connaissaient la dénomination qu’en langue occitane. Berthe traduisait et faisait écrire le nom français sur l’ardoise.
          Au bout de deux années, sa classe comprenait une quinzaine d’enfants, dont trois filles. Les plus « anciens » commençaient à savoir bien lire et à écrire convenablement, avec évidemment des fautes d’orthographe. Ils se montraient fiers de leur savoir et leurs parents aussi. Mais nul n’en était plus fier que Berthe !
          Aux plus dégourdis, elle apprenait des choses plus compliquées, les bases de la grammaire, et aux meilleurs, les accords des participes, la pierre de touche du français classique.
          Pour mieux leur faire comprendre, elle avait choisi une fois pour toute la méthode d’avoir recours à la vieille langue occitane, que tous pratiquaient depuis leur naissance.
      Es vengu : il est venu, u.
      Es venguda = elle est venue, e.
      Es nascud : il est né.
      Es nascuda : elle est née, e.
      Avec ce système, tous les gamins comprenaient à merveille.
          Ils avaient tous, même les moins doués pour les études, une vraie soif d’apprendre. Conscients de leur ignorance, on les sentait prêts à tout pour la combler.
      Berthe, quant à elle, considérait son enseignement comme un sacerdoce. Elle avait à cœur de mener à bien ce qu’elle tenait pour une mission qu’on lui avait confiée.

      *   *   *

      Un hiver, Berthe redescendit vers le mas des ses parents à l’occasion des Fêtes de Noël. Sa mère et son père étaient toujours ravis de ses visites. Ils étaient contents de voir leur fille arrivée à un niveau social respectable et respecté. Au fil des mois, la réputation de Berthe avait rayonné dans ce canton de montagne où tout le monde parlait d’elle avec un grand respect.
      En parlant d’elle et de son travail, un colporteur qui passait un jour par son mas natal avait déclaré à ses parents :
      —    Lo monde son contèn !
      —    Les gens sont contents !
      Ces paroles, bien plus qu’une médaille, furent pour son père et sa mère son véritable bâton de maréchal.
          L’institutrice d’Ayguelongues avait rapidement acquis une bonne renommée et tout le canton reconnaissait son travail. Ses parents ne regrettaient plus qu’elle ait quitté le mas et les troupeaux, d’autant plus qu’elle était relativement bien rémunérée.
          Berthe revenait régulièrement visiter ses parents. Mais, comme à cette époque, les congés hebdomadaires restaient limités au seul dimanche, cela lui faisait tout de même une bonne trotte.
          Or, cette année-là, pour Noël, il y avait le dimanche et le lundi. La jeune fille en avait profité pour descendre au mas natal chez ses parents.
          Le samedi soir, il avait fait un très beau temps, malgré un froid vif qui pesait sur les serres. La lune éclairait les sentes et la draille. La jeune fille n’avait eu, si l’on peut dire, que la peine de marcher. Mais, à cette époque-là, monsieur, marcher était le mode normal de locomotion.
          Elle était arrivée chez ses parents en pleine nuit et ils l’attendaient, tous les deux assis auprès de l’âtre où crépitaient quelques bûches.
          Elle avait passé, avec eux, deux agréables journées. Mais, le lundi matin, le temps, resté beau jusque-là, s’était subitement gâté. De gros nuages gris remontaient du sud, lourds d’humidité. Dans cet air froid et sec qui écrasait les serres, la neige s’était mise immédiatement à tomber.
          En quelques heures, une chape blanche, épaisse de quelques centimètres recouvrait la montagne.
          — Berthe ! dit sa mère, inquiète, tu ne vas pas repartir maintenant par un temps pareil.
          — Ta mère a raison ! renchérit son père, un peu à contrecœur, car il n’aimait pas l’idée que sa fille puisse manquer à son devoir.
          

      (A suivre)

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      Avec mes amities

      Alain

      Pour voir mon site : Mes vers a moi

      ""L'écrivain se doit à ce qui a disparu... L'écriture étant le seul lieu où donner la parole aux disparus, c'est à dire leur rendre justice"
      (Richard Millet - Ma vie parmi les ombres)

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        Avatar photoSybilla
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          Bonsoir Cher poète Alain,

          Berthe, l’institutrice s’est parfaitement adaptée à sa nouvelle fonction.

          C’est un plaisir de lecture !

          L’enseignement est toujours une véritable vocation, mais aussi un dévouement humaniste.

          J’ai hâte de connaître la suite pour savoir si elle va repartir ou non par ce mauvais temps qui s’annonce !

          Superbe !

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          Belle soirée Cher Ami poète Alain !

          Toutes mes amitiés

          Sybilla

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          Le rêve est le poumon de ma vie (Citation de Sybilla)

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