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Poème partagé par Parceval – création poétique en ligne
LEVANT
Il est des souvenirs un peu comme marées
De la mer océane : souvent étale ou basse.
Enfin vient l’équinoxe et le flot nous submerge
Des tranches de vie émergent des grands fonds
Reviennent sensations, les odeurs, les images,
Les effluves de l’iode, souvenirs du LevantJ’avais tout juste dix-huit ans
Quand je fus employé sur l’Ile
Pensionnaire les jours ouvrés
Pour l’état, arsenaux, la marine
Tester de beaux engins de mort.
Elle était belle et amirale
De l’escadre des Iles d’Or
Vaisseau de méditerranée
La proue à l’est, phare Titan
A l’occident, Héliopolis
Petits paradis naturiste.
Fleurie de lauriers et de cistes
Landes bruyères et arbousiers
Ouvert aux vents, pins torturés
Et à l’abri, riches pinèdes
Eucalyptus très parfumés
Ajoncs sur mares éphémères.
Vals et collines, cotes sauvages
Rares mouillages ; des lieux
Qui m’enchantent encor
Rocs du Titan, plage de l’Ane
La Madone et puis Maupertuis
Le grand et le petit Avis
Le port et la plage des Grottes
Héliopolis et ses terrasses
Face a Port-Cros et Cap BénatC’est aussi les oiseaux marins
L’escale d’ailes migratoires
L’enfer des vents et des tempêtes
Le chaud soleil et les baignades
Les oursins mangés sur la roche
La cueillette des champignons
Asperges sauvages et arbouses
Et la plage des naturistes
Pour nos timides incursions
Culs-blancs chez bronzés partout
Emus par la gent féminine
Offerte au soleil de Juillet
Sur les terrasses à méridienne
C’était la fête dionysiaqueAinsi se passaient les saisons
Le vent est froid sur nos blousons
Et la mer gronde sur les rochers
L’île ruisselle sous les embruns
Le soir nous sortions à dîner
Chez ceux qui restent à l’année
Chaleur, amitiés conviviales
En avons fait belles veillées
Devant bon feu de cheminée
Après pastis daube et dessert
Un vin chaud embue nos verres
Prend du service vieux limonaire
Vieilles chansons, vieilles rengaines
On se racontait des histoiresAutres veillées dans les chambrées
Où l’on grillait les safranés
Sur les gros radiants électriques
Et où l’on buvait du rosé
En taillant tarot et belote
Les belles amitiés viriles
Forgées dans les feux solidaires.
Ca, c’était dans la nuit des temps
En avons-nous bons souvenirs.
Où êtes-vous Olinde, Edmond
Et tous mes autres compagnons ?Pourquoi fut-il ce lieu magique
Je ne l’ai su que bien après
Souillé de l’âpre cruauté
Abri du bagne des enfants
Cimetière pour les innocents
Jusqu’aux portes des dix-neuf cents—————————————————————————-
extrait de mon recueil « Intimerrances » disponible sur lulu.com/fr
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