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Poème partagé par jaicemail – création poétique en ligne
La ville brûle comme un four,
Et je somnole à ce feu rouge ;
Près de là une troupe bouge,
Et mendie dans le carrefour.De l’eau choit sur mon pare-brise,
Qu’une main bravant le mépris,
Racle d’un geste bien appris :
Celle d’un gosse à mise grise.Et je tressaille en ma torpeur,
Au regard cuivré de ce jeune,
Tanné au soleil et au jeûne,
En mille ans de fuite et de peur.Comme j’allais faire misère,
A ses bravades d’ados fiers,
L’histoire de ce peuple tiers,
M’appelle à grâce et à prière.Chassée de l’Inde vers l’an mil,
Hors caste, hors droits, cette famille
Qu’on abuse et qu’on décanille,
S’enfuit vers l’Ouest, loin du péril.La voilà saltimbanque en Perse,
Chez les Mongols esclave aux fers,
Sales boulots pour quelques ers.
Encore elle fuit, se disperse.Bohémiens chez le Roi Soleil,
Forcée, la famille appareille
Pour les galères, comme peille
Jetée qui a lavé du fiel.Dans le Nord les cousins tsiganes,
Voici tout juste, cinquante ans,
Stérilisés comme rufians,
Subissaient les docteurs insanes.Jugé auteur de mille maux,
Peuple errant vivant de maraudes,
Folâtre encor, faces noiraudes,
Papillons parmi les blaireaux !Voici l’Enfant de la Grand-Route ;
Vitre baissée, bruits de mazout,
Un mot, un sourire et un sou,
Puis il repart gagner sa croûte.
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