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Poème partagé par coburit – création poétique en ligne
J’arrivais à Marienbad à la fin de la saison ,
Les curistes quittaient la Karlovy Vary,
S’entassaient dans des vieillots wagons.
Je cherchais dans mon voyage une autre compagnie.La grande allée aux buis taillés en cônes
Etait presque vide, les statues antiques
Prenaient la pose comme si une grande fatigue
S’abattait subitement sur leurs épaules.Les fontaines endormies, nonchalantes
Avaient abandonné leurs douces chansons,
L’eau des bassins étaient tremblantes
Sous une brise d’arrière saison.J’étais venu à Marienbad pour retrouver Clara ,
Revivre dans la morte saison le mystère du rebours,
Retrouver la douceur sensuelle de ses bras,
De ses baisers, de nos tendres amours.Il en est ainsi des villes devenues fantômes ,
Seuls les souvenirs restent dans les hôtels.
Je suivais le chemin des colonnades
Comme d’autres suivent le chemin de Compostelle.
Plus j’approchais du casino, plus j’entrais dans le rêve
Loin des anciens curistes, pauvres malades.Je vis dans les allées un jeune poète prés de son aimée,
Je reconnus le pauvre Goethe prés de Ulrike, sa dulcinée.
Il revivait ainsi le tragique événement, le refus polie
De sa passion, de sa demande en mariage chaque après midi.J’aperçus les grands Mahler, Strauss, Chopin
Chacun accompagné d’une douce nymphe,
Les jeunes filles à leurs bras comme de bien entendues ,
Ils vivaient prés d’elles leurs jeunesses perdues.Des cygnes alanguies glissaient sur les bassins,
Quelques canards quémandaient des croutons de pains,
Sur les bancs de pierre je vis des baisers échangés
Entre des vieillards sans âges et de jeunes beautés.J’approchais du casino, les portes grandes ouvertes
Semblaient m’observer, j’aperçus une foule muette
Dans les grands salons, des joueurs aux tables de roulette
Lançaient leurs derniers jetons, une ultime pirouette.Tous chuchotaient, ce n’était qu’un brouhaha de chuchotis,
Ils mélangeaient leurs noms, se mettaient à rire.
Les femmes à leurs bras portaient des bijoux hors de prix,
Sur des banquettes, on entendait des jeunes filles leurs soupirs.Je m’approche d’une jeune brune, je lui demande :
– » Je cherche Clara, l’avez vous vu ?– » Elle doit être dans le théâtre, elle répète sa scène ,
On joue ce soir le Roi Lear, elle est Cordélia.
Posez lui toutes les questions, elle restera muette. »Je vais de ce pas vers le théâtre, je vais revoir Clara.
Je vais enfin pouvoir tout lui dire, sans aucun embarras.Je la vois sur la scène, en robe blanche, immobile,
Je suis à ses cotés, je me mets à parler,
A lui dire mon amour, de tout me pardonner,
Que je ne suis pas ce personnage à l’air futile.Clara me regarde, semble m’ignorer,
Elle reste muette, semble ne pas m’écouter.
Arrive un bouffon qui se met à parler :– » Mon pauvre mai, inutile de vous fâcher,
Clara joue son rôle de Cordélia ,
Elle ne peut mentir, jouer à des faux sentiments,
Elle restera muette à toutes vos supplique,
A quoi pensiez vous pouvoir jouer ,
Le rebours n’est pas pour tous à Marienbad,
Depuis trop longtemps vous vous perdez dans vos errements,
Elle ne tient pas à rejouer cette amour tragique. »Je quitte la scène, je quitte Marienbad.
Arrivé à la gare , j’entend le rire de Clara,
Je croise sur le quai Kafka
Il m’attrape par le bras :-« Inutile de vous enfuir, j’ai essayé tant de fois
Mais toujours je reviens à Marienbad,
Nous sommes le rebours, revenez sur vos pas
C’est notre destin, notre seule foi !
Marienbad est un piège sans fin, un disque rayé
Qui rejoue sans cesse la même mélopée.
Montez dans ce train , vous reviendrez ici ,
Nous sommes le rebours, mon ami. »Je reviens à Marienbad, je vais retrouver Clara
Lui dire tout mon amour, tous mes regrets.
Je t’en prie ne rejoue pas Cordélia,
Que cesse enfin ce chemin éternel.
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