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Poème partagé par messager – création poétique en ligne
C’était une belle journée qui se terminait, celle d’une fin d’hiver ensoleillée
Née dans la fraîcheur d’une saison frileuse finissante qui hésitait à s’effacer
Elle céda bientôt la place à celle symbolisant la nature et la vie qui renaît
Le ciel s’enrubannait de rose, ultime hommage à l’astre sur le point de se coucherBien plus bas dans les marécages une barque glissait doucement sur les eaux ambrées
Son pilote contemplait le jour finissant tout en maniant sa perche d’un geste régulier
Quelques mètres encore pour enfin atteindre l’embarcadère ou il pourra s’amarrer
Il ne lui restera alors qu’à gravir le chemin menant à cette modeste chaumière isoléeCe n’était pas la première fois que le passeur était « appelé » pour accomplir sa mission
Mais aider l’être qu’il allait accompagner ce soir, faisait naître en lui une grande émotion
Un ami d’enfance, complice de ses délires d’adolescent et de ses irraisonnables tribulations
Un compagnon de route, dans ces grandes chevauchées aux si nombreuse destinationsLe passeur avait ce don d’accompagner celui qui devait entamer le dernier des voyages
La loterie de la vie, le hasard, avait voulu qu’il hérite de cette grâce issue du fond des âges
A moins que la loi universelle des causes et des effets, de cette vie là en ait fait son apanage
Ce soir,ironie du destin,il reviendra pour la première fois sans son ami de cet ultime voyageLe passeur entra et esquissa un triste sourire à celle qui lui avait si souvent ouvert la porte
Il s’assit à la droite de son ami,allongé dans ce lit,qui attendait que son dernier souffle l’emporte
Nul mot ne fut prononcé juste un regard échangé, témoin de cette fraternité qui nous transporte
Le passeur prit la main de son ami et il ferma les yeux tout en ouvrant de son esprit la porteIl avait déjà tant de fois traversé le miroir de la vie, cet éprouvant recommencement
Sentir son corps se paralyser, les sons se déformer et se fondre en un bourdonnement
Perdre sa mémoire, son identité, ne plus être que conscience perdue dans l’espace et le temps
Lutter un moment, en un ultime réflexe de survie, pour ensuite lâcher prise subitementÉmerger dans un ailleurs sans avoir quitté symboliquement la main de son ami inconscient
Bien rares sont ceux qui traversent le fleuve de l’oubli en toute conscience et sans égarement
Il « parla » à son ami non par des mots mais par la pensée s’exprimant désormais librement
Lui rappelant qui il était, leur long chemin commun ponctué de tant de recommencementsLe film de leurs vies doublé par toutes leurs émotions en un clin d’œil défila intensément
Les choix, les erreurs, les drames, les bonheurs, les lâchetés, les bravoures, les occasions ratés
Les angoisses, les apaisements, les désespoirs, les espérances, les amours, les haines, les amitiés
Ces moments exaltants, ennuyants, l’indifférence, la compassion, la cupidité et la générositéBientôt le point de non retour… mais l’ami ton chemin sera encore long dans ce monde immatériel
Il lui donna alors ses derniers conseils alors qu’ils approchaient la lumière d’un arc en ciel
Aux couleurs symbolisant chacune de ses émotions source d’inquiétantes hallucinations
pures créations de l’esprit confronté aux noirceurs enfouies de son être au plus profondPour passer cette épreuve il devra réaliser que ces visions n’étaient qu’illusions déstabilisantes
Dans ce kaléidoscope de couleurs fuir les teintes ternes, aller vers la lumière la plus éclatante
Rejeter les peurs, avoir confiance, exprimer cet amour universel pour tout ce qui est vivant
Le passeur laissa partir son ami sachant que leurs chemins se croiseraient encore longtemps…Messager
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