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Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne
Prologue
Pourtant pas un de mes mots qui n’invoquât ta survenue
et le son mûr recomposa toute une porte à rouvrir
or de ma main vaste par la tienne rejointe
le poème interrompu s’emparerait furieusementquand te diminua le pronom qui te réverbérait dans mes pages
tu t’en allas mêler à ton désarroi les abrupts
et mon poème toujours te méconnaîtrait dans l’abîme de neigemais parmi les cités sans âge que les mers ont ravies
parmi les étranges et belles images de leurs découvreurs
tu reparais et te réconcilies avec le poèmepas un de mes mots qui ne change ta mort en voyage abyssal
I – Heracleion
Comme un grand fanal d’art le port sombré m’oriente
s’est achevé là-haut le pesant de ma discordante chair
et la mer me dévale dans ses aubes virides
qui ravivent l’imminence de ta silhouettede la pierre ouvragée jusqu’à l’image d’un dieu
croît un regard où s’ovalisent les millénaires
ma couleur y vient lente et pure comme la patience à la patienced’une telle destination mille bateaux immobiles
le féerique capharnaüm du bestiaire des proues
mon amour y dissipe toute fièvre naufrageuseet la rue noyée qui n’a plus de nom sera pour ton pas retournant
II – La cité des Lions
Qu’être par-delà le feu si prompt à cendrer tes affres
sinon ce diaphane visiteur des flambeaux submergés ?
tout respir suspendu dans la ténèbre plurielle
se refermait déjà la chambre idolâtre du poème spoliateurmais aux lueurs s’échelonnant est distancée l’impénitence
et prodigue de nautiles fabuleux le pardon
fulgure comme un rugir clair le long du palais fauverenoncer transvide la quête dans les grands lions qui rêvent
ils ont des proies suffisantes toujours
en la fluidité musiquante de leurs ombresoù revient puiser le jais si doux de tes cheveux
III – La pyramide de Yonaguni
Franchis les cimetières apétales de l’oubli déjà s’épand
la mer des ciels fabulant à l’entour de l’étoile séculière
la grâce qu’ils coulent dans leurs déclins ressource mes prunelles
approfondit la présence dans le filigrane des esplanades colossesmille rocades mutiques pour s’étonner de concert
le brûle-pourpoint des marches en manière de faille
où tomber et gravir ne sont qu’une même retrouvailleainsi se pérennise notre sentiment nomade
de faune et d’ineffable l’espace recompose les angles
et sur la pierre infinie des puissantes fois antiquestu m’apprends encore à déceler les fleurs qui vont abrillant nos mains
IV – Pavlopetri
Les vitrines thaumaturges auraient beau multiplier les milices de l’effacement
me portait la grande erre encline au rivage
m’entraînait l’imputrescible musette de pensée
vers les quiétudes des eaux artistespasseur des serments rescapés voilà l’oeuvre des tréfonds
cette promenade de silence entre les colonnes toutes franches
ce mur fol désirant la méticuleuse aire de notre concordepuisque parmi la merveille ruiniforme des quotidiens
parmi les tombeaux que tenturent
des jaillissements d’argonautes il m’est rendude te regarder dormir dans le poumon versicolore de l’éternité
V – Port-Royal
Flibustier de ta candeur mon poème intempérant
aura vécu son séisme et la division de sa pléthore
ainsi l’absence réputerait la mer seule pour image
sa geste originelle qui débâcle les convictionsles manuscrits noyés ressourcent l’encre ogresque
à l’humblesse des degrés un astre vainc par les cornes d’un taureau
mais quel élan pour obvier à mon pas d’altitudes altérél’arcane du profond collige des tablettes
mais quelle voix pour chanter le charme des signes…
or figent parmi l’erratique butin des poissons-gemmesces purs yeux me sachant jusqu’au battement prime
VI – Le Conestoga
Les radians de mon deuil se démesurent dans la mer
j’y respire par les mots qui découvrent les épaves
et les aiment assez pour dire leur beauté neuve
la bouquetière du temps qui les apothéosede la prairiale quille et des passiflores du beaupré
de la trace vocalique où va germinant un nom
s’exhale l’esprit du voyaged’amples inconnus comme l’épiphanie des voiles
des carnations fulgorées comme un équipage à l’improvisé
et cette intègre ardeur à seule fin de lever l’ancrele silence serti du poème qui pointe ton atoll
Épilogue
C’était ta tombe et mille siècles avaient coulé
c’était ta tombe myocarde des mers battu
et radieux de vivants inouïs et de lexèmes recréateurs
c’était la calligraphie d’or où chuchote le recreusement des abîmesla féale entrebâillure de la pierre noire
et la volute céruléenne de ta cendre qui s’enfuit
pour exaucer ma prière atemporellej’accrochai là le vieux gâchis tenace
avec toutes les solitudes et toutes les angoisses…
jusqu’à transfigurer la franchise du poème en mon corps qui s’allongerenouant avec l’exquis de tes épaules sommeilleuses
Tradescantia
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