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Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne

Balançoire
De la croisée le rectangle hanté de pâleurs
s’attache à mes yeux à peine ouverts
suffisant luminaire
pour soleiller le risque
de l’imagerie du revoiraprès si long temps carentiel
je l’entends à nouveau
la voix de la balançoire
son va-et-vient qui presse les rouilles
répète l’esquisse de la mélancolieelle m’est rendue
distincte, derrière les volets clos
l’inflexion riche de tout le temps sableux
et je laisse son frissonnant mystère
emplir le jardin
gagner intact la maison
la chambre
se confondre avec la sentinelle de la mémoirepuisque j’ai appris que les vents
n’ont pas de ces forces-là
que les enfants du village
n’ont pas de ces intrépidités nocturnes
qui font rouler minuit sur la pente de la rébellion
que le confident désoeuvré
n’a pas de ces actes cruels
qui sursoient à l’Hadès une minute immenseque ma douleur ne maléficie pas ainsi mes sens
……………………………………………………………………….j’abandonne la balançoire au passage de ton ombre chère
sa persévérance muée en mélodie
en prélude au prodigeEt nous sommes racontés
par une pellicule pétillante
où fulgure un aède lacunairedans la solitude d’écrire
une après-midi d’automne
l’amour aura sonné
brandi ton visagele monstre se sera angoisseusement interrompu
pour se travestir en hôte
mais ta présence sans après
aura rongé masque et costume
exacerbé les affresmes cahiers implacables auront circonscrit nos jours
j’aurai écrit notre amour cahier après cahier
Et je ne l’aurai pas vécujusqu’aux syllabes
de ses systoles
jusqu’aux voyelles
de ses soupirs
j’aurai détaillé ton personnage
Et je ne t’aurai pas connuede l’emparement seul d’un trophée
la convalescence
la métamorphose
je ne serais aimé qu’en lauréat
du roman de notre amour
et tout autour du livre triomphant
il n’y aurait que le décret d’amertumeTu te seras éloignée
de la chambre
de la maison
pour que derrière la pourpre épaisse des rideaux
croisse le monstre d’écrirej’entendais à la brune ton corps aller
et venirton balancement
aura diminué
par degrésPuis le silence
ô mes mains lunaires de silence
à en dévoiler la plume désincarnée
à en refermer le cahier
le mouvement sans personne qui va ralentissant
Mais quelle créature appelle
se perd
s’évanouit enfin
au-delà des contours du jardin
où l’absence libère ses sfumatos ?On me dira ton escalade
de pierres comme des guisarmiers
de broussailles comme des Erinyes
l’équilibre perdu dans l’abîme non crié
le visage retourné aux possibles du sangô tableaux du passé
vous surgissez sans lien
et chacune de vos ruptures
me détache d’elle
………………………………………………………………Renversé le vieux coffre
épand les cahiers
insondable
devient l’espace silenciéà rouvrir éperdument
le dernier d’entre eux
j’ai l’air de délinéamenter la merveille des ailes secourables
son inachèvement définitif
m’y voilà tout entierLe déclin de la nuit
me rayonne sur la balançoire
je n’interroge pas plus avant
ni la charade d’empreintes intimidant le gazon
ni la rose brisée comme une révérenceje m’attelle à la lecture de notre amour
son écriture débleuie qui court sous la date si lointaineSouvenir
Dis
de ton altitude
où désormais le sang
plaies et pudeurs
tendresses et rochers mêlés
n’est plus qu’un même sourire mystiquedis-moi
te souviens-tu
de nos escapades illimitées
sur la route des lilasle chant de nos coeurs
à leurs effluves s’entrelaçantL’abîme des anges
Dans la presqu’ombre de la chambre
parmi les florilèges partagés
ils parcouraient du regard
le firmament de nos silences
leurs ailes qui s’éployaient
passaient la porcelaine
le distant abat-jour
s’y réfléchissait en brûlements
attachés aux cires de nos confidences
dans les plis de leurs tuniques
reposait l’obscur
et des notes
élixir des amants
perlaient à leurs cithares
sous les doigts diminués sans nulle meurtrissureDe la voie d’un ancien bisse fabulée par les neiges
tu es entrée dans l’abîmeton risque avait suspendu notre complicité
mais tu me reviendrais
avec le poème du preuxqu’elle fut d’outre-sanglot la phrase du téléphone
en laquelle se condensa le héraut funèbrePar-delà coutures et baumes
par-delà portraits au violoncelle
par-delà blanc cercueil et corbillard
cendres et lavandes épousées
mes pas plagiant tes pas
sur l’ancien bisse
tout à la glace étrange de l’été
j’ai grand ouvert le coffret laquéprécipité les anges
descendre encore
et encore
coeur vertigineux
ravin des moelles
profonde la douleur
profonde
jusqu’au mystère
l’essenceEt cet enfantillage entêté
à muer le bibelot
en vol tutélaire
sa flagrance fragile
en essoret s’il advient
qu’une manière de brisement
m’environne avec insistance
je crois à l’intime visiteuse qui
derrière l’ondulante féerie des rideaux
arpente entre roses et lune aqueuse
le gravier du jardinLa Licorne de cire
Pour aucune lueur
même ambulancière à la tempe adverse
pour aucune lueur
ne s’évanouirait le présent que je t’ai faittes ciseaux d’or en avaient retranché le coton
et devant la corne torse du chanfrein
devant le sabot de l’illimité
tu renouvelais infatigable ta fixitéde nos mains qui iraient s’espaçant
s’épanouit ton vagabondageeux
ils me dirent ton corps, ton visage abîmés
ils précisèrent le masque talentueux avant le tissu natalelle
extraite du papier bruissant que tu lui as souhaité
elle paraît sur le plancher des abandonspar le garrot imperceptiblement creusé
elle a renoué avec la mèchepuisque vient la nuit où j’interroge la flamme
les coulées ravisseuses
jusqu’au galop focal de l’aubeLa visite
béance
meurtrissure pierreuse
et noireau saisir du fidèle arrosoir
éprouver à nouveau le poids des enfanceset l’eau va diamantant de sa stérile courbe
le premier solstice de ton absenceArraché l’accueil
des syllabes qui te nommaient
mais le bleu de leur encre
a poudré le frisson de mes lèvressaoule de reflets
la mordorure de la poignée lavique
et la clef fascine
à ouvrir ainsi sur ces volumes sourds
le pas s’étonne
à franchir le seuil saisissant d’usuredans la chambre de nos galaxies
les angles plient la lumière de vanille
où se mue le vivier des ombresévanouis le mutique tendre
du lit pastel
et les armoires de nos affublements
et le chevet des florilèges
avec l’abat-jour propice
au papier étoile du poèmedans l’espace de mes yeux cillant
ces blancheurs d’hôpital
linges et visages
chemises et draps
flocons secrets du sang
qui vont t’ensommeillanttimbres de nos voix
à nos gestes mêlés
poussière de pigments et de micala pulpe de mon doigt sinue
sur les tableaux qu’on a décrochés
pour ce fébrile amoncellementmais en cette jumelle vigueur
se métamorphose ce qui se souvient
et de leur étalement docte
notre jardin vient à refleurirpasserelles de pollens et d’ailes
sur l’abîme de l’azuralbes sentiers
cordonnets des longues robes tissues de verts
que dissout le repos des charmillesles corolles déploient
leurs camaïeux de rose et de mauve
dans le vent de jais qui nous échevelleparmi la roseraie
où la neige et la pourpre s’harmonisent
des effluves de tulle
vêtent encore nos présences mythologiquesoù donc ta porte
ton interstice
monde d’huile et d’aquarelle
polychromies ressuscitantes
des journées qui adieusent leur déclinpure minute
cristallise mon passage
derrière le simulacre d’une démenteoh! mes mains ont glissé
sur l’image des miels
qui repaissent les angles des cadresMa supplique devient la coupe de soir
liqueurs soufrées safranées des fenêtres
l’obscur tempo de l’homme s’y grisela leucémie te silhouette
sa craie va constellant un cielces voix de luminaires
tout voilés d’ailes et de toiles
aux confins de l’instant
j’écoute sans apprendre
les noms des rues qui
du jardin
me distancentson vieux bassin longtemps blanchoie
de sa pendante larme de pierreLumière
Sur le bord d’un chemin où la cité renonce
à travers les roses qu’inépuisablement
l’affliction ou l’espérance ou l’indicible
amoncèlent alentour d’une pietà
une flamme jamais ne s’éteintTantôt palpitante dans les corolles rouges
dans un prégnant effluve tantôt immobile
elle est semblable à ton dernier regard
qui demeure en mon respir
et dont mon sang s’étoilePartage de l’arc-en-ciel
La neige oblique exagérait
reblanchissant toujours
le courbe sillon de vitre
supplié par mon gant
pour revoir le rose et l’or
sous lesquels s’étendait ta dépouille
où le corbillard s’évanouit
convergeait la cité de flocons
soustrait fantomal à la collation des autres
j’ai cherché un chemin insolite
une venelle encline au vague du sang
mes repaires mes axiomes
mes écoles mes étais
la polychromie de la mémoire
dans le creuset de la déréliction,
j’écoutais le soliloque du sombre
Avril sur les éreintements
revint ruisseler
et chaque goutte réfracta la lumière
à l’aune de ma propre dispersion
par cette même effervescence
qui t’avait fait ouvrir ta maison
à l’étranger filouté
et déployer tes nourritures
sur le grand lys de la nappe
et border le lit frais
parmi les candeurs de la chambre cédée
par cette même munificence
l’arc septuple se partageait
violet rendu à la laine de la couverture
minutes merveilleuses des sommeils coïncidés
le signet du florilège retrouve l’indigo
le long duquel un poème mire les amants dans sa licence
le bleu retourne à l’encre des billets
et aimer enlumine le manuscrit des bagatelles sacrées
au seuil de la gare ton bagage fige cette restitution du vert
et par-dessus, l’un pour l’autre, nos tout premiers regards
avec le cerf-volant sur l’allégresse de Zhoushan
renouent les arabesques du jaune
grands rideaux fermés qui vont se rallumant
aubes et midis s’orangent en nos paresses impeccables
le foulard sur ta gorge refait son beau nœud de rouge
cependant qu’à travers décembre se réunissent nos mains
lent effacement de l’arc
prononciation sidérante
de chaque souvenir
Ô jardin !
aux confins de l’éperdument de la vagabonde
on s’y divertit dans un silence essentiel et ravissant
on y tourne un jouet
disque blanc
qui ralentit
jusqu’à la réapparition colorée de sept angles égaux
à l’émerveillement des enfants
au recommencement du geste menant des couleurs
au blanc
du blanc de la neige
à l’ombre du soir qui borne
j’accepte le charme impérieux des métamorphosesTradescantia
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