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Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne
La fuite d’un père aux frimas de minuit
racina la violence en chacun de ses vides
puis d’une mère et de frères en allés
aux pointes contraires de la rose des vents
le nom d’Ouragane la rebaptisaBacchante de souffle et de nausée factieuse
elle disséminait les écoles, les métiers, les gîtes
elle se déchaînait sur les rencontres
les brisant de tonnerre et les zébrant d’éclairs
visages stupéfiés dans le grand mouvement qui abhorreSa cape de solitude soudain
encrait la nuit des luminaires
et si mugissante elle drapait les ruelles
énigmatiques comme
si nulle allure humaine n’y eût encore paruAu plus épais de l’orpheline
elle avait le pouvoir des tourbillons de pluie
et les vieilles femmes montées aux cimetières
se courbaient sur les tombes bouleversées
par des manières de résurrections vandalesOuragane aspirant à élucider son nom
s’engouffra dans sa mémoire
mais les pensées, les récits, mais la cohue des poèmes
impatientes tramontanes vers le principe et la blessure
se réduisirent aux feuillets déchirés de son âmeVint le grand bal de l’été qui s’en va
une robe de bruns et d’ors la vêtait
d’élégants cavaliers dansèrent ainsi avec l’automne
mais sentirent en leurs os son sourire muet
se ficher comme un premier dard de fraîcheurElle fuit sans conscience de l’adieu
et la multitude méticuleuse la cherchant ressemblait aux ronds
que ferait un lancer de coeur dans la mare des remords
de complices rafales éparpillaient les feuilles
sur l’aube, le chemin, le square, sur midi du campanileSur le ruisseau
qui réunirait peut-être leurs ors à l’or du soir
au-delà des détresses
où les vents sont les soupirs
des ascètes qui contemplentLes Vents
un vent de gemmes murmurantes
emporte l’écrin
de mes poèmes tusun vent d’ossements nivéens
emporte le reliquaire
de ma statureun vent de craie hors d’haleine
emporte l’enfant
de la marelle heureuseun vent de roses soupirées
emporte le jardin
des songes illimitantsun vent de nostalgie cendrée
emporte l’âtre
de l’aïeule fabuleuseun vent d’infirmité nue
emporte la pourpre et le satin
de mes promessesun vent de saison polychrome
emporte l’arc-en-ciel
de mes enjambéesun vent d’oriflamme crépusculaire
emporte l’ardeur
de mes solennitésun vent de proues sans visages
emporte le doux fanal
de mon avitaillementun vent d’oiseaux couleur de pénombre
emporte le papier ciel
de mes convictionsun vent d’infime cristal
emporte l’aiguière
de mes étanchementsun vent de lumière profane
emporte l’étoile indigène et rouge
de ta tombeTradescantia
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