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Poème partagé par Tradescantia – création poétique en ligne
Ce sont deux petites pièces de monnaie. Un empoussièrement d’or les recouvre.
Combien de fois se seront-elles allumées dans la chambre d’hôpital, à la faveur d’un rayon de lumière matinale ou vespérale, ou de l’une de ces irisations qui la parcourent l’après-midi, et qui s’originent dans une découpe rectangulaire de la grande fenêtre, dont les bords ont été taillés en biseau. Je les prends, les emporte au creux de ma paume, et je me dirige vers l’église où j’ai à coeur de les convertir en une belle flamme immobile aux pieds d’une madone de bois enluminé, ou d’une bergère extasiée.
Mais je ne trouve rien pour exaucer mon voeu, ni tronc mural, ni allumettes, pas même le plus humble cierge. Mon dépit mutique retentit dans le silence. Or, recouvrant un petit piano dont l’oisiveté occupe une partie de la droite du choeur, se dressent de grandes bougies cylindriques, certaines très profondes en raison de leurs longues heures de consumation. Je jette mes deux pièces dans l’une d’elles, en concentrant mes pensées sur tout le soleil dont elles furent gorgées. Il n’est pas impossible qu’elles puissent convaincre la mèche, comme une certaine leucopoésie sait illuminer l’angéiologie de mon corps.
C’est étrange, et c’est merveilleux, puisqu’en contemplant les vitraux, tandis que je traverse la nef centrale, je perçois une musique très douce, une très lente mélodie, les notes d’un nocturne, nettement détachées les unes des autres, qui tombent tout autour de ma propre lenteur, comme des gouttes de cire versicolores, et qui accompagnent mon départ dans ce soir d’été que rosorange, entre le bleu ciel et le sombre, un fugace pastelliste.Extrait du Journal poétique de la Jeune leucémique des lisières
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